À Bruxelles, Abdelmalek Alaoui met à nu le double langage de l'Europe dans ses relations avec l'Afrique
Lors du conclave d'EuropaNova, tenu le 17 janvier 2025, le président de l'Institut marocain d'intelligence stratégique (IMIS) n'a pas manqué de critiquer l'asymétrie des relations entre l'Afrique et l'Europe. Abdelmalek Alaoui estime que l'Europe n'est, aujourd'hui, ni un partenaire de confiance ni un concurrent.
"Pour répondre à votre question de savoir si l'Union européenne est un partenaire de confiance ou un concurrent, je dirais ni l'un ni l'autre. Nous sommes dans une relation à distance avec l'Europe. Cette relation est asymétrique. Une des parties nous donne constamment des conseils non sollicités sur une large gamme de sujets, de l'énergie à la technologie, de la démocratie à la justice… Mais à mesure que nous grandissons, nous voulons connaître d'autres partenaires, comme les partenaires asiatiques, et devenir mondiaux", souligne Abdelmalek Alaoui lors de son intervention au conclave d'EuropaNova 2025 à Bruxelles sur l'avenir des relations entre l'UE et l'Afrique.
"La raison de ce changement entre le sud de l'Afrique, le sud de la Méditerranée et l'Europe, c'est que nous nous remettons d'un syndrome post-colonial sévère. Nous sommes désormais capables de penser par nous-mêmes. Prenons un exemple concret. Les Européens ne peuvent pas développer l'hydrogène vert en Europe pour de nombreuses raisons (manque de terrains, politiques restrictives…), alors ils sollicitent les Arabes en Méditerranée pour 150.000 hectares en échange de 2% de la production".
Aujourd'hui, l'Afrique a compris le jeu. Elle doit désormais engager une conversation très sérieuse
"Aujourd'hui, l'Afrique a compris le jeu. Cela dit, elle doit désormais engager une conversation très sérieuse. La réflexion préalable et la réflexion elle-même doivent être mises sur la table. Vous pouvez appliquer cela à chaque politique. Prenons la politique fiscale en Europe, car c'est une bureaucratie énorme à l'origine même du terme 'liste grise' qui désavantage les pays africains".
"Nous devons mettre des problèmes réels sur la table. La migration en fait partie. Vous venez vers nous avec des gens très intelligents en nous disant que vous voulez que nous soyons les gardiens de la migration. Mais, en même temps, vous nous prenez nos ingénieurs parce que vous manquez d'ingénieurs et de programmeurs. Nous vous demandons d'investir dans nos pays, car nous avons besoin de devenir un marché si vous ne voulez pas avoir beaucoup de migrants. Vous répondez : 'Non, c'est très compliqué parce que nous voulons réallouer et réindustrialiser l'Europe'", poursuit le président de l'IMIS.
"Nous voyons les Européens comme des enfants gâtés. En 2015, l'Europe a frôlé la guerre civile à cause d'un million de réfugiés [syriens]. En Afrique, nous gérons 18 millions de réfugiés et de migrants chaque année, bien que nous n'ayons qu'un quart des revenus de l'Europe. Il faut allier le pessimisme de l'intelligence à l'optimisme de la volonté, comme dirait Antonio Gramsci", conclut Abdelmalek Alaoui.
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