Dans une circulaire adressée par le Chef du gouvernement aux ministres, ministres délégués, secrétaires d’État et autres responsables publics, ce dernier a dévoilé une feuille de route ambitieuse pour l’emploi, visant à stimuler la création d’emplois, améliorer l’insertion professionnelle et renforcer la résilience du marché du travail.
Cette circulaire, consultée par Médias24, appelle également le Ministre de l’Intérieur à la diffuser auprès des walis, des gouverneurs et des collectivités territoriales, afin de renforcer la convergence des efforts nationaux en faveur de l’emploi.
Objectif : ramener le taux de chômage à 9 % d’ici 2030 et générer 1,45 million de nouveaux emplois dans les six prochaines années, dans l’hypothèse d’un retour des précipitations à leur niveau normal.
Un taux de chômage de 9 % d’ici 2030 et 1,45 million d’emplois créés en six ans
Pour y parvenir, l’État mise sur un ensemble de réformes structurantes, associant soutien à l’investissement, refonte des dispositifs d’insertion et amélioration de l’adéquation entre formation et emploi.
Dans ce cadre, une enveloppe budgétaire d’environ 15 milliards de dirhams a été mobilisée dans la loi de finances 2025. Elle se répartit de la façon suivante :
- 12 MMDH pour stimuler l’investissement, conformément aux dispositions du nouveau Pacte d’investissement, lequel accorde une place prioritaire à la création d’emplois ;
- 1 MMDH pour préserver les postes existants en milieu rural ;
- 2 MMDH pour rendre plus efficaces les programmes d’insertion et d’animation du marché de l’emploi.
Un cadre d’action autour de huit initiatives majeures
Le gouvernement déploie une stratégie articulée autour de huit initiatives ciblées, combinant réformes à effet immédiat et actions de transformation à moyen terme.
→La première initiative
Met l’accent sur la revitalisation de l’investissement dans les très petites, petites et moyennes entreprises. Elle repose sur deux volets complémentaires. D’abord, il s’agit de mettre en œuvre les dispositions de la Charte de l’investissement pour les projets dont le montant est compris entre 1 et 50 millions de dirhams, tout en clarifiant la gouvernance et les modalités de déploiement de ce nouveau dispositif de soutien.
En parallèle, les pouvoirs publics entendent renforcer la capacité de ces entreprises à accéder aux aides existantes en simplifiant les procédures administratives et en généralisant la dématérialisation. Le principe "le silence de l’administration vaut accord" se trouve ainsi étendu pour accélérer les délais. Il est également prévu que les ministères concernés, notamment ceux de l’Intérieur, de l’Économie et des Finances, de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, de l’Industrie et du Commerce, ainsi que l’Agence nationale pour la promotion des PME, élaborent un guide d’application précisant les rôles de chaque acteur et identifiant les secteurs et métiers prioritaires à l’échelle de chaque région pour adapter les aides à venir.
Afin de soutenir plus efficacement les petites entreprises, toutes les administrations publiques sont appelées à appliquer le décret n° 2.22.431 relatif aux marchés publics, qui réserve une part de ces marchés à ce type de structures. Les centres régionaux d’investissement sont, de leur côté, invités à accompagner les porteurs de projets pour leur permettre de mener à bien les formalités et d’obtenir les autorisations indispensables à la création et au développement de leurs activités.
→La deuxième initiative
Porte sur le renforcement des politiques actives de l’emploi et la généralisation du système de tadrij, un tutorat professionnel qui doit s’appliquer à tous les secteurs. L’objectif annoncé est de favoriser l’employabilité des personnes non diplômées et des jeunes primo-demandeurs d’emploi, de manière à créer 422.500 postes à l’horizon 2025.
Pour y parvenir, la circulaire prévoit d’augmenter la capacité des programmes existants : 160.000 bénéficiaires pour « Idmaj », 22.500 pour « Tahfiz » et 30.000 pour « Taehil ». Elle indique également la réduction de la durée des contrats d’insertion de 24 à 12 mois afin d’accélérer l’intégration des stagiaires dans l’entreprise.
Parallèlement, il s’agit de porter à 100.000 le nombre de participants au système de tadrij et de revaloriser l’indemnité accordée aux entreprises formatrices, en la faisant passer de 4.000 à 5.000 DH par stagiaire. Une prime à l’emploi devrait en outre permettre la création de 110.000 postes supplémentaires en faveur des très petites et petites structures.
→La troisième initiative
Vise à atténuer la perte d’emplois dans le secteur agricole, en élevant les superficies de culture céréalière à 4 millions d’hectares. Le texte précise que le Ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts est invité à proposer un programme d’action ciblé pour les régions les plus durement touchées par la sécheresse et à déployer une plateforme numérique afin de mieux mettre en relation l’offre et la demande de main-d’œuvre agricole.
L’objectif est de soutenir le monde rural en préservant les emplois menacés et en encourageant de nouveaux projets générateurs d’activités.
→La quatrième initiative
Porte sur la création d’un programme unifié pour l’insertion afin de consolider les dispositifs existants en un seul cadre et d’atteindre entre 400.000 et 500.000 bénéficiaires chaque année. L’idée est de regrouper les budgets, jusqu’ici éparpillés, au sein d’un fonds unique, assurant ainsi une meilleure efficience dans l’utilisation des ressources publiques.
Le Ministère de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, accompagné de l’Agence nationale de l’emploi, est chargé de définir la nouvelle politique active qui intégrera les différents programmes actuels, tout en établissant des règles d’éligibilité claires et une gouvernance partagée.
→La cinquième initiative
Met l’accent sur le renforcement du rôle de l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi (ANAPEC) et la création d’un parcours intégré de médiation pour l’emploi, commençant dès la scolarité.
Le Ministère de l’Éducation supérieure, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, ainsi que le Ministère de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, sont appelés à déployer des centres de carrière (career centers) dans tout le pays et à élaborer un cadre réglementaire régissant leur fonctionnement.
Par ailleurs, l’ANAPEC doit mettre en place de nouveaux services de suivi et d’accompagnement pour les chercheurs d’emploi, incluant des solutions numériques, une évaluation approfondie des compétences et des programmes de formation continue ou de reconversion, en lien avec les entreprises et les besoins réels du marché.
→La sixième initiative
S’attaque aux freins limitant l’accès des femmes au marché du travail, sachant qu’environ 700.000 Marocaines souhaiteraient y entrer si les conditions étaient plus favorables. Le gouvernement prévoit d’améliorer les infrastructures de transport et d’étendre le réseau d’éclairage public dans les zones semi-urbaines pour garantir davantage de sécurité et de mobilité.
Cette démarche s’accompagne d’une collaboration renforcée avec le tissu associatif pour multiplier les structures d’accueil des enfants, notamment les garderies et les établissements d’éducation précoce. À terme, il est question de revoir le cadre réglementaire afin de promouvoir des modèles de crèches adaptés aux besoins des mères actives.
→La septième initiative
Est dédiée à la lutte contre le décrochage scolaire, avec pour ambition de faire passer le nombre d’élèves quittant prématurément l’école de 295.000 en 2024 à 200.000 en 2026.
Plusieurs pistes sont envisagées, notamment le lancement d’un programme intensif de rattrapage d’une durée de six à huit semaines pour réduire les lacunes accumulées, la mise en place d’un suivi individuel via la création de cellules de veille et la diversification des activités parascolaires pour encourager la confiance en soi et l’apprentissage. Il est aussi prévu d’élargir le concept des Écoles de la deuxième chance aux collégiens, afin de doubler le nombre de bénéficiaires pour atteindre 80.000 à l’horizon 2030, avec la création de 400 centres dédiés.
Le cadre légal devrait être révisé afin d’introduire un numéro d’identification unique pour chaque élève, et la généralisation de l’enseignement préscolaire se verra renforcée par l’amélioration des aides sociales, telles que les allocations familiales conditionnées, le transport scolaire ou l’extension du réseau des internats.
→La huitième et dernière initiative
Cible la modernisation de la formation en tenant compte des exigences du marché de l’emploi. Il est notamment question de convertir les filières techniques de deux ans en licences professionnelles de trois ans, de favoriser les passerelles entre l’enseignement général et la formation professionnelle, et de recentrer les cursus sur les filières les plus porteuses.
Cette démarche comprend la mise en place d’une stratégie de coordination entre l'OFPPT, l’ANAPEC, les différents départements ministériels et les entreprises, afin de faire de la formation un levier majeur de création d’emplois.
Par ailleurs, il est prévu d’augmenter le nombre de places en formation professionnelle pour accueillir les jeunes de 15 à 18 ans sortis prématurément du système scolaire et d’étudier l’élargissement de l’accès à ces formations pour d’autres publics. La révision du cadre de gouvernance et de financement de la formation continue, la délégation de sa gestion, ainsi que la clarification des mécanismes de financement et l’implication accrue des entreprises visent à optimiser la qualité de l’offre et à lutter plus efficacement contre le chômage.