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Sardines à 5 DH : ce que l'engouement pour le geste de Abdelilah dit de nous

Le geste audacieux de Abdelilah cristallise une contestation généralisée contre les marges abusives pratiquées par les intermédiaires. Il a réveillé une prise de conscience collective sur la justice économique. Alors que nous sommes dans une année préélectorale, ce phénomène soulève des questions essentielles sur la régulation des prix et la protection des consommateurs, révélant ainsi les tensions socio-économiques d'une société en quête d'équité.

Sardines à 5 DH : ce que l'engouement pour le geste de Abdelilah dit de nous
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Le 27 février 2025 à 16h42 | Modifié 27 février 2025 à 17h14

Mercredi 26 février 2025, dans le tumulte coloré du quartier Al Massira à Marrakech, une scène inattendue se joue sous le regard curieux et solidaire d'une foule rassemblée. Au cœur du marché animé, parmi les étals débordants et les charrettes chargées de fruits et légumes, Abdelilah (alias Japony), jeune poissonnier fils de poissonnier, l'homme qui défie le marché, est le héros du jour.

À quelques jours du Ramadan, ce poissonnier avait fait l'événement en vendant le kilo de sardines à 5 DH, soit 60% à 75% moins cher que les prix moyens relevés dans les grandes villes.

Devant son commerce fermé (un garage dans la maison des parents qu'il nomme "Port de Marrakech"), des dizaines et des dizaines de personnes attendent. Qui par curiosité, qui pour acheter la sardine. Des tickets numérotés ont été distribués à la foule pour organiser le processus de vente.

À 16h30, au bout donc d'une longue attente pour la foule rassemblée et occupant une grande partie de la chaussée, "il" apparaît. La suite est impressionnante. Debout sur le marche-pied d'un camion blanc, il porte un drapeau marocain autour du cou. Bruyamment salué, applaudi, il arbore un large sourire assuré, tandis que fusent des youyous [Voir vidéo à la fin de l'article].

Abdelilah est à tout moment entouré d'une garde rapprochée, dont un homme barbu, habillé en treillis et keffieh qui déclare à l'assemblée qu'il est venu du Gharb pour le soutenir.

Ses accompagnateurs annoncent que la cargaison de poisson que le camion a ramenée de Boujdour ne sera pas mise en vente ce jour-là, mais le lendemain.

Devant les caméras, il raconte qu'il a été reçu par le wali Farid Chourak, qui lui a dit qu'il pouvait "ouvrir sa poissonnerie et vendre son poisson à bas prix au peuple". Les autorités, selon cette même version, lui ont donné des conseils en matière d'équipement et d'hygiène, pour que le poisson reste sain et bien conservé.

Répétant de nombreuses fois "Aach Al Malik" (Vive le Roi), il annonce que la cargaison du jour lui a été expédiée par un notable de Boujdour, possédant des bateaux de pêche. Cette cargaison sera vendue à 0,50 DH le kilo, promet-il. Un prix exceptionnel, facilité par le fait que le poisson et son transport ont été payés par le donateur.

Abdelilah, rock star du jour, savoure son succès et sa notoriété. Mais cet épisode inédit, que dit-il de nous, de notre société, de notre situation ?

Il est certain que les nombreux supporters de Abdelilah s'identifient à lui. Il les représente en quelque sorte, lui qui est un enfant du peuple (weld chaâb) qui les comprend, les défend et qui est honnête. Le phénomène entourant ce jeune poissonnier vendant des sardines à prix réduit révèle plusieurs dimensions sociologiques et économiques au Maroc.

Cette initiative peut être perçue comme une contestation spontanée contre les intermédiaires et les pratiques spéculatives qui contribuent à l'augmentation des prix des denrées de base. En proposant des prix défiant toute concurrence, le jeune homme met en lumière les marges élevées pratiquées par certains acteurs du marché et souligne les dysfonctionnements dans la chaîne de distribution. Son succès sur les réseaux sociaux témoigne d'un ras-le-bol général face à la cherté de la vie et à l'injustice perçue dans la formation des prix.

L'engouement autour de cette initiative révèle une solidarité communautaire forte et un désir de transparence dans les transactions commerciales. Il met en évidence les défis persistants liés à l'économie informelle et à la spéculation, tout en soulignant l'importance croissante des réseaux sociaux comme catalyseurs de changement et de mobilisation citoyenne.

Ce phénomène est révélateur des tensions socio-économiques actuelles et souligne la nécessité d'une réflexion approfondie sur les pratiques commerciales et la protection des consommateurs au Maroc.

Il illustre une défiance croissante envers les structures commerciales installées et les intermédiaires perçus comme abusifs. Il reflète également une prise de conscience collective et une volonté d'agir pour une justice économique. Politiquement, cette situation devrait inciter les décideurs à revoir les mécanismes de régulation des prix et à renforcer les contrôles contre les abus.

En cette période de pré-campagne électorale, les politiques doivent savoir que le prochain scrutin législatif en 2026 se jouera certainement sur le terrain du pouvoir d'achat et également de l'intégrité. L'offre politique devra s'adapter.

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Le 27 février 2025 à 16h42

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