Affaire Jerando : voici ce qu’il faut savoir
ROUND UP. Un ressortissant marocain résidant au Canada, Hicham Jerando, est accusé d’avoir orchestré un réseau de chantage et de diffamation via sa chaîne YouTube. Plusieurs membres de sa famille sont impliqués, et l’enquête est toujours en cours au Maroc. Détails.
Sans citer son nom, le parquet mentionne un ressortissant marocain “en fuite à l’étranger”, présenté comme le “principal suspect” d’un “réseau” de diffamation et de chantage ayant entraîné l’arrestation de plusieurs individus. Au cœur de cette affaire se trouvent Hicham Jerando et sa famille. Qui est-il ? De quoi est-il accusé ? Et comment cette affaire a-t-elle éclaté ?
Hicham Jerando, ressortissant marocain installé au Canada, possède une boutique de vêtements pour hommes et anime une chaîne YouTube intitulée “Tahadi”. Il se présente comme un militant anticorruption et dénonce ce qu’il considère comme le cœur de la corruption au sein de la justice et de l’administration marocaines. Toutefois, de nombreuses personnes l’accusent d’exploiter sa popularité sur les réseaux sociaux pour diffuser des accusations infondées.
Selon l’enquête de la police judiciaire marocaine, Hicham Jerando est "un maître chanteur" qui bénéficie de l’aide de membres de sa famille.
Pour sa part, il affirme que sa famille a été arrêtée uniquement pour faire pression sur lui et prétend même que sa nièce, mineure, a été placée en détention à Oukacha. Or, cette information est inexacte. Le ministère public assure qu’elle a été placée dans un centre de protection de l’enfance sur décision du juge des mineurs, et ce, dans un but de protection. Mais comment cette famille en est-elle arrivée là ?
De conseiller à justicier
En trois ans, sa chaîne YouTube “Tahadi” a réuni 727.000 abonnés. À ses débuts, elle abordait des sujets variés liés à l’entrepreneuriat, au conseil financier et au financement, dans l'esprit de relever les défis et challenges de la vie, d’où le nom “Tahadi”.
Mais au bout d’un an, Hicham Jerando change de cap et publie des vidéos aux thématiques plus sensibles. Progressivement, il se met à dénoncer plus fréquemment la corruption au sein de la justice et de l’administration marocaines. Se forgeant une image de justicier anticorruption, il gagne en visibilité et dope son audience.
Prenons l’exemple de deux vidéos publiées à peu de temps d’intervalle il y a deux ans. L’une, intitulée “Le savoir comme base de la réussite”, n’a recueilli que 2.400 vues, tandis que l’autre, “La monarchie parlementaire est la solution du Maroc”, a atteint 69.000 vues.
Depuis un an, il se concentre presque exclusivement sur les grandes figures, publiant principalement des vidéos pour les attaquer. Cependant, certaines de ces vidéos ont disparu, car les personnes visées ont porté plainte, notamment au Canada où il réside. Ces plaintes ont abouti à des injonctions interlocutoires à son encontre, le contraignant à payer des amendes pouvant atteindre des milliers de dollars canadiens pour exécuter les jugements visant à la suppression des vidéos diffamatoires. En outre, d’autres procédures judiciaires à son égard sont en cours.
D’après les informations obtenues par Médias24, plusieurs victimes de ses vidéos, parmi lesquelles des personnalités de haut rang, ont sollicité les services d’avocats réputés pour défendre leurs intérêts au Canada, et ce, depuis plus d’un an.
Une plainte contre X au Maroc
Concernant l’affaire en cours au Maroc, le point de départ en est une plainte déposée par une femme contre X, après la réception de messages qualifiés de “dangereux”.
À la suite de cette plainte, et comme l’a expliqué le représentant du parquet lors d’un point de presse tenu le mardi 4 mars au tribunal correctionnel de Aïn Sebaâ, une enquête a permis de découvrir plusieurs éléments corroborés par des “preuves matérielles et techniques”, confirmant que cette “bande” agit pour diffamer et menacer des personnes.
À ce jour, le parquet a mentionné cinq individus poursuivis depuis le samedi 1er mars 2025, ainsi qu’un autre individu poursuivi depuis le mardi 4 mars.
Parmi ces suspects figurent la sœur de Hicham Jerando, son mari, leurs enfants, dont une mineure de 15 ans, ainsi qu’un monteur de vidéos et de photos publiées sur la chaîne “Tahadi”.
Selon le parquet, ces personnes aidaient Hicham Jerando à faire du chantage et à diffamer des individus de la manière suivante :
• en lui fournissant des numéros de téléphone marocains utilisés pour créer des comptes sur les réseaux sociaux en vue de menacer des gens ;
• en l’assistant dans la modification et le montage de plusieurs vidéos, ainsi que la diffusion de fausses informations ;
• en recevant l’argent envoyé par les victimes de chantage ;
• en recevant ou prospectant des affaires dont Hicham Jerando allait parler.
Par exemple, le parquet évoque le cas de l’employeur du beau-frère de Hicham Jerando. Selon Jamal Lahrour, substitut du procureur du Roi près le tribunal correctionnel de Aïn Sebaâ, le beau-frère de Hicham Jerando a demandé à ce dernier de réaliser une vidéo dans laquelle il prend le parti de son patron, en conflit avec sa femme.
Toujours selon le parquet, les membres de cette “bande” recevaient une contrepartie financière pour leurs actions. C’est pourquoi ils ont été placés en détention provisoire, à l’exception de la mineure, placée dans un centre de protection de l’enfance sur décision du juge des mineurs.
Il est important de noter que, selon le parquet, l’enquête est toujours en cours. Mais pour l'heure, les individus arrêtés sont poursuivis pour "complicité d'outrage à une institution constitutionnelle", "complicité d'outrage à une organisation publique", "complicité de diffamation", "complicité de menace" et "outrage à un avocat dans l'exercice de ses fonctions".
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Affaire Jerando : les précisions du parquet dans une déclaration à la presse
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