Ramadan : la filière laitière marocaine augmente sa production pour répondre à la forte demande
Le mois sacré est une période de forte consommation pour plusieurs produits alimentaires, notamment les produits laitiers. Les professionnels du secteur se sont ainsi organisés à l'avance pour augmenter la production et assurer un approvisionnement suffisant. Détails.
Durant le mois de Ramadan, la demande en lait, yaourts, beurre et autres produits dérivés connaît une augmentation significative, pouvant même doubler par rapport à la consommation d’un mois ordinaire.
Face à cette dynamique, les acteurs de la filière laitière se sont organisés en amont, en augmentant la production durant le mois de Chaâbane (soit pratiquement durant tout le mois de février) d'au moins 5%, afin d’assurer un approvisionnement stable et suffisant pour les consommateurs marocains.
Une augmentation de la production entre 5 et 8%
Contacté par Médias24, Rachid Khattate, président de la Fédération interprofessionnelle Maroc Lait, nous confie qu'"en général, la consommation du lait et des produits laitiers pendant le mois sacré du Ramadan croît fortement par rapport au reste de l'année. Ces produits font partie intégrante du ftour dans notre pays".
"En termes de chiffres, la consommation peut quasiment atteindre le double de celle d'un mois normal. C'est donc la haute saison pour le secteur".
Anticipant cette hausse saisonnière, les opérateurs ont pris des mesures spécifiques pour accroître leur production. "À l'instar de tout le secteur de l'alimentaire, les opérateurs du secteur laitier se sont bien préparés pour subvenir à la demande spéciale du mois sacré du Ramadan", nous explique le président de Maroc Lait.
"Comme nous l'avons signalé aux autorités de tutelle, notamment le ministère de l'Agriculture, durant le mois de Chaâbane, les opérateurs ont planifié d'augmenter leur production entre 5% et 8% par rapport à l'année précédente".
La collecte du lait a également été intensifiée dès le mois de Chaâbane. "Que ce soit pour le lait frais pasteurisé, le lait UHT, le beurre ainsi que les autres produits laitiers, tous les opérateurs maximisent la collecte du lait depuis le mois de Chaâbane pour mettre à disposition des citoyens des produits laitiers en quantité et en qualité adéquates", ajoute notre interlocuteur.
"Afin d'encourager la consommation, le mois de Ramadan représente aussi une opportunité pour lancer de nouveaux produits innovants dans toutes les catégories. Cela vise à diversifier l'offre et à permettre aux consommateurs de choisir les produits les plus adaptés à leur régime nutritionnel. Ce mois sacré connaît donc une très bonne dynamique à tous les niveaux de la filière laitière".
Stabilité des prix
Quid des prix ? Malgré l’augmentation de la demande, aucune hausse des prix n’a été constatée, d'après notre source. "Nous n’avons pas observé d’augmentation des prix. Au contraire, durant le mois de Ramadan, les opérateurs industriels lancent diverses promotions en termes de qualité et de quantité dans leurs offres commerciales, ce qui entraîne des réductions de prix".
"Les premiers jours de ce mois sacré ont d'ailleurs montré une disponibilité satisfaisante des produits dans tous les points de vente, ainsi qu'une stabilité des prix accompagnée d'une activité promotionnelle notable", poursuit notre interlocuteur.
Le niveau de consommation est la locomotive du secteur laitier
Et M. Khattate de souligner : "la filière des produits laitiers regroupe des acteurs industriels expérimentés et professionnels. Tous les opérateurs ont ainsi développé une grande expertise dans la maîtrise de la chaîne de valeur spécifique à ces produits", ce qui permet d'éviter la spéculation et de garantir l'accessibilité des produits à toutes les catégories de consommateurs.
"Il existe à la fois des acteurs nationaux et régionaux, tous experts en logistique et pratiques commerciales. Tout cela permet d’assurer la disponibilité des produits laitiers pour le consommateur à son point habituel d'approvisionnement. Il ne faut pas oublier non plus la saine concurrence dans ce secteur qui permet d'offrir des produits variés à des prix justes".
La saisonnalité de la consommation et la dégradation du cheptel, principaux maux du secteur
Si le Ramadan est une période de forte activité pour le secteur, la consommation annuelle des produits laitiers au Maroc reste relativement faible et marquée par une saisonnalité importante. En effet, selon nos informations, la filière est confrontée à un déséquilibre entre l'offre et la demande, en particulier pour le lait frais.
"L'un des principaux défis de la filière laitière dans notre pays est une consommation annuelle relativement faible et saisonnière", nous confie Rachid Khattate. "Ce sont des produits de grande qualité nutritionnelle et il faut encourager leur consommation de manière plus fréquente. Le niveau de consommation est la locomotive du secteur".
L'autre défi auquel fait face le secteur laitier au Maroc est en relation avec la dégradation du cheptel. De manière générale, le cheptel marocain a perdu 38% de son effectif, selon une déclaration du ministre de l'Agriculture, le 13 février dernier, à l'issue d'un Conseil de gouvernement.
"Concernant la production laitière, nous luttons toujours contre une conjoncture défavorable caractérisée par la succession de sept années de sécheresse", nous explique M. Khattate. "Nous continuons à maintenir tous les efforts pour recapitaliser le cheptel national de bovins laitiers. Tout le programme agréé avec le ministère de l'Agriculture dans le cadre de la stratégie Génération Green est suivi de manière active et régulière, en concertation avec toutes les parties prenantes".
"Nous étions d'ailleurs récemment avec notre ministre de l’Agriculture au Salon de l'agriculture de Paris, où nous avons pu faire des réunions de très haut niveau avec les opérateurs du secteur de l’élevage laitier pour un échange d'expériences, et pour établir les nouvelles voies de collaboration, que ce soit dans l'importation de génisses laitières, d'amélioration génétique ou d’insémination artificielle", conclut notre source.
Rappelons que, depuis 2022, la Fédération a déjà importé plus de 24.000 génisses. En ce qui concerne l'insémination artificielle, la Fédération, qui gère depuis le 4 octobre dernier le Centre régional d'insémination de Aïn Jemaâ, prévoit la production annuelle de 400.000 doses de semences bovines laitières congelées, pour répondre à 50% des besoins nationaux. Elle prévoit aussi d'importer annuellement 400.000 doses des principales races laitières, notamment les races Holstein, Montbéliarde et Jersey, de haute valeur génétique.
> Lire aussi :
Effectifs en chute, production en baisse : les solutions pour sauver la filière laitière
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