Alliances productives : des revenus améliorés et une chaîne d’approvisionnement optimisée
Les alliances productives dans le secteur agricole et agroalimentaire ont démontré leur efficacité. Après le succès d’une phase pilote, l’Agence pour le développement agricole (ADA) ambitionne d’élargir progressivement ce modèle à plus grande échelle. Cette nouvelle approche reposera sur des bases renforcées, notamment en matière de gestion du financement. Détails.
Amélioration de la productivité et des revenus des groupements de producteurs, réduction du nombre d’intermédiaires, amélioration de la qualité des produits agricoles et réduction de la perte de valeur, sont autant d’avantages offerts par les alliances productives.
Après le succès d’une phase pilote impliquant six régions du pays, l’Agence pour le développement agricole (ADA) ambitionne d’étendre progressivement cette approche. Mais qu’est-ce qu’une alliance productive ? Comment est-elle constituée ? Quelles sont les parties prenantes et quelles sont leurs missions respectives ? Et surtout, quels sont les résultats concrets de ce programme pilote ?
Contactée par Médias24, Saïda Ouarzane, directrice de l'agrégation et du partenariat à l’ADA, nous éclaire sur ces questions.
Qu’est-ce qu’une alliance productive ?
Le concept des alliances productives repose sur une relation tripartite entre un ou plusieurs groupements de producteurs, un allié commercial, communément appelé acheteur, et l’État, représenté par le ministère de l'Agriculture.
Porté par l’ADA, ce projet pilote a été entrepris dans le cadre du programme de renforcement des chaînes de valeur agroalimentaires, financé par la Banque mondiale. Son objectif : permettre aux petits agriculteurs d’accéder au marché tout en respectant les exigences des acheteurs.
Ce concept se trouve à mi-chemin entre l’agrégation et l’agriculture solidaire
Contrairement au modèle d’agrégation, qui concerne généralement des producteurs avec un niveau de maturité assez avancé, les alliances productives ciblent spécifiquement les petits agriculteurs ayant atteint une certaine maturité organisationnelle, mais qui rencontrent des difficultés de commercialisation.
Parallèlement au développement de l’agrégation agricole, ce projet s'inscrit dans le cadre du renforcement de la nouvelle génération d’organisations agricoles, à travers l’enrichissement des modèles d'organisation des agriculteurs, couvrant à la fois les volets économiques et sociaux. Il s'agit de l'un des axes principaux de la stratégie "Génération Green 2020-2030".
"Ce concept se trouve à mi-chemin entre l’agrégation et l’agriculture solidaire", nous explique Saïda Ouarzane. "Le modèle d’alliance productive permet notamment de consolider les efforts de l’État, entrepris dans le cadre de l’agriculture solidaire pour appuyer les groupements de producteurs à accéder à des marchés plus rémunérateurs".
Le modèle est originaire des pays de l’Amérique latine, où il a concerné plusieurs produits et où il a démontré son efficacité. "Ces pays ont lancé plus de 3.500 alliances dans différentes filières, et les résultats étaient intéressants, puisqu’en moyenne, elles ont permis d’améliorer le volume des ventes des coopératives concernées de 20% à 60%, ainsi que leurs revenus de 30%", souligne notre source. "Ce même modèle a donc été adapté au contexte marocain."
Comment ces alliances sont-elles constituées ?
L’alliance productive est concrétisée par l’accord commercial entre le groupement et l’acheteur, qui prévoit notamment la qualité du produit à livrer (telle que la variété, les caractéristiques du produit, le calibre, le produit certifié, etc), les quantités à fournir à l’acheteur, le conditionnement du produit, les modalités et délais de livraison, les critères de fixation des prix et les modalités de paiement ainsi que la contribution de l’acheteur.
Précisant que l’acheteur peut être transformateur, acteur de la moyenne et grande distribution ou exportateur. En ce qui concerne le choix des groupements de producteurs, il se fait sur la base d’une grille d’évaluation avec des critères bien établis, notamment en matière de gouvernance et de potentiel de production.
Pour concrétiser cette relation, l’État accompagne donc les producteurs en leur fournissant une assistance technique pour la mise en œuvre du plan d’affaires élaboré. Cet accompagnement, qui dure deux campagnes agricoles consécutives, varie en fonction des besoins et peut inclure une formation spécifique, l’obtention d’une certification, l’acquisition d’un équipement, ou encore l’extension de leur unité de valorisation. Les producteurs peuvent donc investir dans l’amélioration de leur production en quantité et qualité, puisqu’ils ont la garantie d’un marché bien identifié et sûr, s’ils mettent leur production à niveau pour répondre aux exigences de l’acheteur.
Un projet pilote aux résultats prometteurs
Achevé en février 2025, le projet pilote a permis la création de dix alliances productives entreprises entre acheteurs et coopératives œuvrant dans différentes filières, à savoir le maraîchage, l’arboriculture (pommier et noyer), les cultures biologiques, les légumineuses, le cumin, l’argan, le miel et le lait (fromage).
Six régions sont concernées : Rabat-Salé-Kénitra, Béni Mellal-Khénifra, Marrakech-Safi, Fès-Meknès, Casablanca-Settat et l’Oriental. Grâce à cette approche, plus de 700 producteurs, dont 40% de femmes, ont bénéficié d’un encadrement renforcé.
Les ventes ont augmenté de 77% pour les lentilles, de 39% pour le cumin, de 17% pour les noix et de 22% pour les amandes.
"Les résultats du projet pilote ont été très intéressants : la valeur des ventes des produits concernés a augmenté d’une manière significative. À titre d’exemple, les ventes ont augmenté de 77% pour les lentilles, de 39% pour le cumin, de 17% pour les noix et de 22% pour les amandes", souligne Saïda Ouarzane.
Ces alliances ont ainsi permis d’améliorer la productivité et les revenus des groupements de producteurs, qui peuvent aussi s’ouvrir à d’autres marchés à l’échelle nationale et internationale. Pour les acheteurs, ces alliances diminuent le nombre d’intermédiaires – et donc les prix des produits concernés –, réduisent la perte de valeur et améliorent la qualité des produits.
Un élargissement ambitieux et des exigences accrues
Fort de cette réussite, l’ADA s’apprête à élargir le projet dans le cadre d’un nouveau programme financé par la Banque mondiale pour l’appui à la transformation des systèmes alimentaires. L’objectif est d’asseoir le modèle sur la base d’un manuel opérationnel bien structuré qui fournira des directives claires à chaque étape du cycle de vie du projet d’alliances productives, avec une plus forte implication des institutions financières pour accompagner le montage financier du projet en matière d’accès des groupements de producteurs aux fonds de roulement.
Cet élargissement ne se fera pas sans condition. Désormais, la sélection des bénéficiaires se fera sur des critères stricts : les coopératives devront démontrer une capacité de production et de valorisation et un engagement ferme dans l’amélioration de leur compétitivité. Par ailleurs, une campagne de sensibilisation sera menée pour attirer de nouveaux acheteurs, et des appels à projets seront lancés au profit des groupements de producteurs et des acheteurs pour assurer une certaine diversification.
En structurant davantage le modèle des alliances productives et en y intégrant un volet financier plus robuste, le ministère de l’Agriculture, en collaboration avec ses différents partenaires, entend faire de ce modèle un véritable levier de transformation pour les petits agriculteurs marocains, et ce, en parallèle avec l’agrégation agricole.
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