Ramener le chômage à 9% en 2029 nécessitera une croissance moyenne de 7,9% par an (Etude PCNS)
Alors que le gouvernement ambitionne, à travers la nouvelle feuille de route pour l’emploi, de ramener le chômage à 9 % d’ici 2030, une étude du Policy Center for the New South en interroge la faisabilité. Elle passe en revue quatre scénarios contrastés, reflétant les trajectoires possibles du marché du travail entre volontarisme politique et réalités économiques.
La Feuille de route pour l’emploi, dévoilée par le gouvernement, se veut une réponse stratégique aux déséquilibres profonds du marché du travail national. Elle intervient dans un contexte de stagnation du taux d’activité, de chômage élevé chez les jeunes, de faible participation féminine et de prévalence du secteur informel, notamment en milieu urbain.
Portée par un budget de 15 milliards de dirhams, cette feuille de route repose sur huit axes prioritaires, allant du soutien aux TPME à la modernisation de la formation professionnelle, en passant par la lutte contre le décrochage scolaire et l’amélioration de l’accès des femmes à l’emploi.
Objectif : ramener le taux de chômage à 9 % d’ici 2030 et générer 1,45 million de nouveaux emplois dans les six prochaines années, dans l’hypothèse d’un retour des précipitations à leur niveau normal.
Toutefois, une telle stratégie, aussi structurée soit-elle, ne peut réussir que si elle s’inscrit dans une trajectoire macroéconomique soutenable. La création massive d’emplois attendue suppose en effet un alignement étroit entre les politiques publiques d’emploi et les dynamiques de croissance économique.
C’est à ce niveau qu’intervient la réflexion portée par un Policy Paper du Policy Center for the New South, signé par le Professeur Aomar Ibourk et Tayeb Ghazi. Ce travail cherche à confronter les ambitions politiques aux contraintes économiques réelles, en s’appuyant sur une modélisation de la relation entre croissance économique et emploi.
Avant de passer à l’analyse des scénarios, les auteurs proposent une approche méthodique, fondée sur l’estimation de l’élasticité emploi-croissance. Cet indicateur permet de mesurer dans quelle mesure une augmentation du PIB réel est susceptible de générer des emplois (toutes choses étant égales par ailleurs). Il constitue ainsi un outil de projection essentiel pour évaluer différentes trajectoires possibles du marché du travail à l’horizon 2029.
Sur cette base, quatre scénarios sont formulés, chacun traduisant un niveau d’ambition et un degré de contrainte économique différent. Ces scénarios ne visent pas seulement à illustrer des perspectives contrastées, mais aussi à éclairer les choix stratégiques auxquels le pays devra faire face pour traduire les promesses de la feuille de route en résultats concrets.
Voici les scénarios :
Scénario 1 : Réduction du chômage à 9 % en 2029 – une ambition hors de portée ?
Le premier scénario, directement aligné sur les objectifs de la feuille de route, suppose une baisse du taux de chômage de 13,3 % en 2024 à 9 % en 2029, soit une réduction de 4,3 points de pourcentage en cinq ans. Pour atteindre ce résultat, la croissance de l’emploi devrait s’élever à 9,2 % sur la période, soit 1,8 % en rythme annuel. Compte tenu de l’élasticité estimée à 0,23, cela implique une croissance annuelle réelle du PIB de 7,9 % – un niveau très éloigné des tendances récentes, puisque la croissance moyenne sur 2004 n’a été que de 4,3 %, et les projections pour 2025-2029 ne dépassent pas 3,5 %.
Ce scénario met en évidence un écart structurel entre les objectifs politiques et la réalité économique. En l’état, une telle croissance du PIB ne peut être atteinte sans une transformation structurelle profonde du modèle productif, impliquant une reconfiguration du tissu économique, une forte montée en gamme industrielle, un afflux massif d’investissements et une amélioration de la productivité globale.
Scénario 2 : Stabilisation du chômage – une trajectoire modérément soutenable
Dans ce second scénario, les auteurs examinent l’hypothèse d’une simple absorption des 500.000 nouveaux entrants prévus sur le marché du travail entre 2024 et 2029, sans résorption du chômage actuel. Pour cela, une croissance de l’emploi de 4,6 % est nécessaire sur cinq ans, soit environ 0,9 % par an. Avec une élasticité de 0,23, cela suppose un taux de croissance du PIB de 4 % par an – légèrement au-dessus des prévisions actuelles, mais plausible si certaines mesures de soutien à l’emploi et à l’investissement sont efficacement déployées.
Il est à noter que ce scénario constitue une trajectoire de stabilisation : il ne permet pas d’améliorer significativement le taux de chômage, mais évite une détérioration. Il est donc plus réaliste à court terme, mais insuffisant pour répondre aux défis structurels du marché du travail.
Scénario 3 : Division du chômage par deux – un horizon théorique
Le troisième scénario pousse plus loin l’ambition en visant une réduction du chômage à 6,65 %. Cela impliquerait une création nette de 2,4 % d’emplois par an, soit un total de 12,3 % sur cinq ans. Dans ce cas, l’économie marocaine devrait croître à un rythme annuel de 10,4 %, ce qui relève d’un objectif quasi utopique dans l’environnement régional et international actuel.
Ce scénario, s’il permet de fixer un cap ambitieux, reste hors de portée dans les conditions actuelles, sans inflexion majeure des politiques publiques ni transformation du tissu économique. Il a surtout une valeur indicative, en ce qu’il met en évidence l’ampleur des efforts à consentir pour enclencher une dynamique de croissance réellement inclusive.
Scénario 4 : Prolongement des tendances actuelles – le scénario par défaut
Le dernier scénario est celui de l’inertie : il repose sur l’hypothèse que l’économie marocaine poursuivra, sans inflexion majeure, sa trajectoire actuelle. Il prolonge ainsi les tendances observées en matière de croissance et de création d’emplois. Concrètement, il s’appuie sur une croissance annuelle moyenne du PIB de 3,5 % sur la période 2025-2029, en ligne avec les prévisions officielles, et sur une élasticité emploi-croissance maintenue à son niveau actuel de 0,23. Avec ces paramètres, la croissance annuelle de l’emploi serait limitée à 0,8 %.
Résultat : le taux de chômage ne baisserait que faiblement, passant de 13,3 % à 11,9 % en 2029, selon les projections. Ce scénario met en évidence un risque clair : en l’absence de réformes structurelles, les dynamiques démographiques et les frictions du marché du travail continueront de neutraliser les efforts budgétaires et politiques. Autrement dit, l’ambition affichée par la feuille de route resterait largement hors de portée si elle n’est pas accompagnée d’un choc réformateur à la hauteur des enjeux.
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Il est essentiel de bien saisir l’un des enseignements majeurs de cette étude : avec un niveau d’élasticité emploi-croissance de 0,23, il est clair que la croissance économique, à elle seule, ne suffit pas à générer des emplois en quantité suffisante. Dès lors, relever ce niveau d’élasticité apparaît comme une condition indispensable pour rendre la croissance plus inclusive et plus porteuse d’opportunités.
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