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ECONOMIE

Droits de douane américains. Un impact limité pour le Maroc et des opportunités à saisir

Alors que les États-Unis durcissent leur politique commerciale en instaurant de nouveaux droits de douane, le Maroc, relativement épargné, affiche un impact limité sur ses exportations nationales. Derrière ce constat se dessinent des opportunités potentielles dans un contexte de reconfiguration des chaînes de valeur mondiales et de montée du “friendshoring”.

Droits de douane américains. Un impact limité pour le Maroc et des opportunités à saisir
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Le 3 avril 2025 à 18h55 | Modifié 5 avril 2025 à 12h10

Le Maroc est relativement épargné par la nouvelle tarification douanière de Donald Trump. L'impact sera limité, selon les chiffres que nous avons compilés et les sources que nous avons sollicitées.

Le 2 avril 2025, fidèle à ses promesses, l’Oncle Sam a dévoilé sa nouvelle grille de droits de douane appliqués à chaque pays.

Les taux ainsi calculés par la Maison-Blanche ne se limitent pas aux seuls droits de douane : ils amalgament plusieurs taxes, incluant les barrières douanières, la TVA et des taux quantifiés pour représenter, selon Washington, les manipulations monétaires, la Chine étant particulièrement pointée du doigt.

Excédent commercial américain avec le Maroc

L'objectif initial de Trump, à travers ces mesures tarifaires, était de réduire le déficit commercial avec les grandes puissances telles que la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Inde et l’Union européenne. Cependant, pour une économie comme celle du Maroc, les données de l’Office des changes indiquent que, depuis 1998, les États-Unis enregistrent un excédent dans le commerce bilatéral avec le Royaume.

Depuis 2010, le déficit commercial annuel du Maroc vis-à-vis des États-Unis s’établit à un minimum de 10 MMDH. Il a atteint un pic historique de 40,4 MMDH en 2022, puis 47,6 MMDH en 2023, avant de se replier à 31,4 MMDH en 2024*

Droits de douane américains. Un impact limité pour le Maroc et des opportunités à saisir
Par ailleurs, les exportations marocaines vers les États-Unis, après une période de stagnation, ont amorcé une dynamique haussière notable, en particulier à la suite de la signature de l’accord de libre-échange en 2005, entré en vigueur le 1er janvier 2006. Entre cette date et la fin de l’année 2024*, la valeur des exportations marocaines vers le marché américain est passée de 2,5 MMDH à 18,9 MMDH, enregistrant ainsi une progression de plus de 656%.

Droits de douane américains. Un impact limité pour le Maroc et des opportunités à saisir

Aucun impact significatif sur le Maroc

Face à cette situation, l’impact direct des tarifs sur l’économie marocaine mérite d’être analysé sous plusieurs angles. Pour le Maroc, le taux affiché est de 10% sur les exportations vers les États-Unis. Toutefois, cet impact doit être mesuré à l’aune de plusieurs ratios, notamment celui représentant la part des exportations marocaines destinées aux États-Unis par rapport au total national.En 2024, les exportations marocaines vers les États-Unis ne représentent que 4,2% du total des exportations du MarocEntre 2022 et 2024, les exportations marocaines vers les États-Unis se sont élevées à 14,4 MMDH, 12,7 MMDH et 18,9 MMDH respectivement. Sur cette période, elles ont représenté 3,4% en 2022, 3% en 2023, puis une hausse à 4,2% en 2024*.

Ainsi, l’application d’un droit de douane de 10% sur 3% à 4% des exportations totales ne peut pas être considérée comme significative. L’impact aurait été plus marqué si le marché américain absorbait, par exemple, 20% à 25% des exportations marocaines.

Un expert en commerce international, consulté à ce sujet, confirme ce constat : "À ce stade, aucun impact significatif n’est à prévoir sur les exportations marocaines. Pour une économie comme celle du Maroc, qui ne dépend pas du marché américain pour écouler ses produits à l’international, l’effet restera relativement limité. Le pays serait soumis à un droit de douane de 10%, soit le taux le plus bas prévu dans cette nouvelle grille tarifaire", explique-t-il.

Secteur automobile : des incertitudes persistantes

Certaines zones d’ombre subsistent, notamment dans le secteur de l’automobile, où les principales interrogations portent sur les investissements d’origine chinoise. Le secteur sera-t-il soumis au taux de 10%, ou risque-t-il plutôt d’être concerné par un relèvement tarifaire, au motif que les investissements en jeu sont d’origine chinoise  ? Ce pays est en effet actuellement soumis à un droit de douane de 34% selon la nouvelle grille américaine.

Dans le même ordre d’idées, une source proche du dossier confirme que les autorités marocaines ont sollicité des éclaircissements auprès des responsables américains concernant le secteur automobile : "Une demande a été formulée pour évaluer l’impact potentiel sur les exportations du secteur automobile, mais nous sommes toujours en attente d’un retour", précise-t-elle.

Selon la même source, les autorités américaines restent prudentes : "Washington considère qu’il est encore trop tôt pour se prononcer sur les conséquences pour le secteur automobile au Maroc".L’impact sur les exportations totales, comme sur l’industrie automobile, demeure négligeable, même en cas de relèvement des droits de douane

Il est important de distinguer deux niveaux d’analyse pour évaluer l’impact potentiel d’une hausse des droits de douane sur le secteur automobile, sous prétexte qu’il s’agirait d’investissements d’origine chinoise : d’une part, l’effet sur les exportations marocaines dans leur globalité, et d’autre part, celui sur le secteur automobile à titre spécifique.

Du point de vue agrégé, bien que les exportations automobiles occupent une place significative dans les échanges bilatéraux avec les États-Unis, se classant au troisième rang après les engrais et les appareils et matériels électriques, leur poids relatif reste limité. D’après les données de l’Office des changes, la part des exportations automobiles dans le total des exportations marocaines à destination des États-Unis s’élevait à 12,7% en 2022, à 13,2% en 2023, puis à 11% en 2024*.

Dès lors, même en cas de relèvement des droits de douane sur ce segment, l’impact global sur la structure des exportations nationales resterait négligeable. En effet, les exportations vers les États-Unis ne représentent que 4,2% des exportations marocaines totales, et l’automobile ne constitue que 11% de ce sous-ensemble.

La combinaison de ces deux ratios donne un poids relatif d’environ 0,46%, soit moins d’un demi-point de pourcentage du total des exportations nationales potentiellement exposées à ce risque tarifaire.

→ Poids relatif = 0,042 × 0,11 = 0,0025 = 0,46%

À un niveau plus sectoriel, s’agissant spécifiquement des exportations automobiles, les chiffres de l’Office des changes montrent un total de 157,7 MMDH en 2024 (hors quatrième trimestre), dont 1,2 MMDH seulement sont destinés au marché américain. Cela représente à peine 0,76% des exportations du secteur, un niveau trop marginal pour susciter des perturbations notables ou fragiliser la dynamique de l’industrie automobile nationale.

→ Poids des USA dans les exportations auto = 1,2 / 157,0,0076 = 0,76%

Une fenêtre d’opportunités pour le Maroc ?

Comme l’indiquent les données et l’analyse présentées, les effets négatifs d’une hausse des droits de douane sur les exportations marocaines vers les États-Unis restent limités. Il convient alors de s’interroger sur les éventuelles opportunités que pourrait générer ce contexte de recomposition commerciale.

Lorsque les États-Unis augmentent les tarifs sur les produits chinois, ces derniers deviennent plus chers et donc moins compétitifs. Pour les entreprises américaines ou internationales qui produisent en Chine, le coût d’importation grimpe. Elles se retrouvent donc face à un choix : continuer à payer plus cher, ou bien trouver un autre pays où produire à moindre coût et sans barrières tarifaires.

C’est là que le Maroc entre en jeu. Il offre un accès préférentiel aux marchés américain et européen, grâce à ses accords de libre-échange. Il est proche géographiquement des grands centres de consommation, propose une main-d’œuvre qualifiée et dispose de zones industrielles bien connectées.

Dans cette logique, les entreprises cherchent à délocaliser une partie de leur production vers des pays fiables, politiquement stables et intégrés au commerce mondial. Le Maroc peut être l’un de ces pays.

Prenons l’automobile et l’aéronautique. Le Maroc produit déjà des faisceaux de câblage et des composants pour les grandes marques mondiales. Si une entreprise souhaite éviter les surtaxes appliquées aux pièces produites en Chine ou dans d’autres pays soumis à des taux douaniers élevés, elle peut choisir de relocaliser une partie de sa production au Maroc. Elle bénéficiera ainsi de droits de douane réduits et de délais de livraison plus courts vers l’Europe ou l’Amérique.

Ce mouvement s’inscrit dans une tendance plus large appelée "friendshoring" : produire chez des partenaires considérés comme sûrs et proches.

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