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Xlinks dans l’impasse : les lenteurs britanniques menacent le mégaprojet

Dans une interview au Telegraph, Dave Lewis, président de Xlinks, a exprimé son mécontentement face aux retards accumulés par le gouvernement britannique pour autoriser son mégaprojet. Bien que classé comme 'projet d'infrastructure d'importance nationale', le dossier n'a toujours pas obtenu les autorisations nécessaires pour entamer la construction. Pourquoi un tel retard ?

Xlinks dans l’impasse : les lenteurs britanniques menacent le mégaprojet
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Le 3 avril 2025 à 18h59 | Modifié 3 avril 2025 à 19h25

"Cela fait quatre ans. Nous avons tout fait comme demandé, mais ce processus prend énormément de temps". Pour la première fois depuis le lancement du projet, Dave Lewis, président de Xlinks, est sorti de sa réserve. Dans une interview accordée au Telegraph, il a exprimé ouvertement sa frustration face aux retards accumulés en raison des lenteurs administratives pour l'obtention de l'autorisation au Royaume Uni.

Après des années d'attente, la direction de Xlinks craint désormais la défection de ses bailleurs internationaux, excédés par les interminables délais administratifs. Face à cette situation, l'entreprise étudie déjà des plans B, avec l’Allemagne et un autre pays non annoncé en tête de liste, au cas où les démarches administratives n'aboutiraient pas dans les prochains mois.

Xlinks dans l’impasse : les lenteurs britanniques menacent le mégaprojet
Carte synthétisant le projet Xlinks.

Cette menace de délocalisation ne concerne pas à l’heure actuelle le Maroc, mais plutôt l’Écosse, où l’usine de fabrication des câbles sous-marins sera délocalisée vers un autre pays si le projet n’aboutit pas au Royaume-Uni.

Rappelons que Xlinks affiche déjà un carnet d'investisseurs impressionnant : 100 millions de livres sterling levés précédemment auprès de majors énergétiques (TotalEnergies, TAQA) et d'institutions financières internationales. Ce soutien des grandes entreprises énergétiques confère au projet une crédibilité importante et facilite la finalisation du financement requis. D'ailleurs, la société a récemment testé l'appétit des marchés de la dette pour lever les fonds restants, et l'opération a été largement sursouscrite, selon les dirigeants de xlinks.

Sans notice de consentement de développement, le projet reste dans l'impasse

Classé en septembre 2023 comme projet d'infrastructure d'importance nationale, Xlinks doit obtenir une notice de consentement de développement (DCO) pour être approuvé. Ce dispositif, qui équivaut à une étude d'impact environnemental, permet aux projets considérés comme stratégiques par le gouvernement britannique de bénéficier d'une procédure d'autorisation centralisée au niveau ministériel.

Le projet est actuellement dans la phase de préexamen, qui dure généralement trois mois. Durant cette période, l'autorité en charge de l'examen est nommée, et les parties intéressées peuvent s'inscrire pour participer à la consultation.

Xlinks dans l’impasse : les lenteurs britanniques menacent le mégaprojet
Représentation 3D de la plateforme de conversion qui sera située à Devon si le projet se concrétise.

S'ensuivra la phase d'examen proprement dite, pouvant s'étendre jusqu'à neuf mois, au cours de laquelle l'autorité examinatrice posera des questions sur le projet. Xlinks, ainsi que toutes les parties prenantes inscrites, auront alors l'opportunité de soumettre leurs observations dans le respect des délais impartis.

À l'issue de cette phase, l'autorité d'examen rédigera un rapport de recommandation qui sera transmis au ministère concerné. Ce dernier disposera alors de trois mois pour rendre sa décision finale. Compte tenu de ce calendrier réglementaire qui dure, dans l’optimum, 18 mois, l'obtention de l'autorisation ne pourrait intervenir, dans le meilleur des cas, avant l'année 2026.

Nécessitant un délai de cinq années pour sa construction, même en cas d'approbation en 2026, Xlinks ne pourrait être opérationnel avant 2031 (scénario le plus optimiste). Un délai particulièrement long qui inquiète les investisseurs, déjà mobilisés sur ce projet depuis plusieurs années.

Récemment, le ministère britannique du Logement a publié un document de travail mettant en lumière la dégradation progressive de ce système d’autorisation. Les chiffres révèlent une nette augmentation des délais d'approbation. Alors qu'en 2012, un projet obtenait son consentement de développement en moyenne en 2,6 ans, ce délai s'est allongé à 4,2 ans en 2021, soit une augmentation du délai de 61%.

D’autres complications se font jour

Dans une lettre datée du 25 mars 2025, les autorités françaises ont exprimé de vives critiques quant à l'acceptabilité environnementale du projet de câble sous-marin reliant le Maroc au Royaume-Uni, qui doit traverser les eaux territoriales françaises.

Premièrement, le tracé proposé, qui longe les côtes françaises au niveau des départements de la Gironde et des Landes, est jugé insatisfaisant sur le plan environnemental. Le prétexte avancé par Xlinks concernant les difficultés techniques liées à la pose du câble au-delà de 1.000 mètres de profondeur n'a pas été suffisamment étayé par des justifications techniques convaincantes.

Deuxièmement, le franchissement du Gouf de Capbreton, une zone classée en protection forte par la France, constitue un problème environnemental majeur. Cette zone écologiquement sensible abrite des habitats marins uniques et des espèces protégées, ce qui la rend incompatible avec le projet. Par ailleurs, les opérations de maintenance répétées risquent d'y causer des impacts environnementaux cumulatifs difficiles à évaluer.

Troisièmement, le passage du câble à travers deux sites Natura 2000 en Bretagne, habitats d'espèces protégées comme le grand dauphin et le marsouin commun, nécessitera une stricte conformité aux prescriptions des gestionnaires de ces sites protégés.

En somme, les autorités françaises estiment que Xlinks n'a pas fourni suffisamment d'éléments pour démontrer la compatibilité environnementale du projet avec la préservation de l'environnement marin.

Pour la suite du processus, elles exigent une analyse comparative des scénarios de tracé possibles, détaillant les mesures d'évitement des zones sensibles, et évaluant précisément les impacts cumulatifs du projet. Les méthodes de pose et de maintenance des câbles devront être optimisées pour limiter les nuisances, notamment sonores, et des compensations environnementales crédibles devront être proposées.

À l'instar de la France, d'autres échanges devront être menés avec les pays que traversera le câble sous-marin, notamment l'Espagne et le Portugal, pour lesquels une autorisation de conformité environnementale devra être consentie.

2025, l’année du dernier espoir  

Outre la conformité environnementale, Xlinks sollicite un engagement contractuel à long terme du gouvernement britannique, indexé sur l'inflation, afin de garantir un prix de vente fixe pour son électricité. Le tarif proposé par Xlinks, d'environ 70 £/MWh, se révèle compétitif et inférieur aux coûts de production de l'énergie nucléaire, de la biomasse et de l'énergie hydroélectrique.

Le contexte géopolitique actuel, marqué par l'incertitude (guerre en Ukraine et crise au Moyen-Orient), plaide pour la production locale d'énergies renouvelables au Royaume-Uni au lieu de dépendre d'un autre pays, notamment via des parcs éoliens offshore dont les coûts s'avèrent compétitifs. Malgré un prix de l'électricité parmi les plus élevés du continent, le gouvernement britannique semble privilégier les sources d'énergie produites localement (nucléaire, hydroélectrique, éolienne…).

Bien que le Maroc offre un potentiel considérable en énergies renouvelables, grâce à un ensoleillement plus long et des vents plus constants, les dirigeants de Xlinks craignent que leur projet ne soit compromis par cette priorité donnée à la production nationale ; c'est la raison pour laquelle Xlinks envisage activement des alternatives en dehors du Royaume-Uni.

Pour rappel, Xlinks vise à relier le Maroc au Royaume-Uni par quatre câbles sous-marins à haute tension, chacun transportant 1,8 GW. Ce mégaprojet, couvrant une superficie de 1.500 km² et combinant énergie solaire et éolienne (7 GW solaire, 4,5 GW éolien et 5 GW de batteries), pourrait fournir 8% de l'électricité du Royaume-Uni dans les cinq ans suivant le début de sa construction.

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Le 3 avril 2025 à 18h59

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