Londres parie sur le Maroc, hub africain des grands projets
ENTRETIEN EXCLUSIF. Tim Reid, directeur général de l’Agence de crédit à l’exportation du Royaume-Uni (UKEF), partage avec Médias24 sa vision des projets en cours au Maroc et des perspectives de coopération économique entre le Royaume-Uni et le Maroc. Il évoque les initiatives ambitieuses du royaume, les opportunités pour les entreprises britanniques et marocaines, ainsi que les enjeux liés à l’infrastructure et à la transition énergétique.
De l’énergie verte aux infrastructures d’envergure, le Royaume redessine son avenir avec une série de projets stratégiques. Ces dynamiques, qui captent déjà l’attention des investisseurs internationaux, trouvent un nouvel écho dans le partenariat avec UK Export Finance (UKEF), l’agence de crédit à l’exportation du Royaume-Uni.
Fin 2022, l’UKEF a annoncé une enveloppe de 4 milliards de livres sterling (environ 51 MMDH) pour soutenir des projets portés ou coportés par le Maroc, à condition qu’ils intègrent un minimum de contenu britannique. Il ne s’agit pas d’un financement direct, mais d’une garantie souveraine du Royaume-Uni, permettant aux projets éligibles de lever des fonds bancaires à des conditions similaires à celles appliquées à l'Etat britannique.
Les discussions progressent à un rythme soutenu, ce qui témoigne de l’enthousiasme et des opportunités qui se dessinent. C’est dans cette optique que le directeur général de l’UKEF, Tim Reid, vient d'effectuer une visite au Maroc. Cette mission lui permet de rencontrer de nouvelles parties prenantes tout en poursuivant le travail déjà entamé avec celles qui ont été engagées, sous la coordination de la directrice pays, Meriem Bennani.
Dans cet échange exlusif avec Médias24, Tim Reid partage sa vision sur l’avenir économique du Maroc, les projets en cours et les opportunités à saisir pour les entreprises britanniques et marocaines.

Le Maroc est évidemment une porte d’entrée vers le continent africain
Médias24 : Bienvenue au Maroc, M. Reid. C’est un plaisir de vous accueillir ici. Est-ce votre première visite dans le pays en tant que directeur général de UKEF ?
Tim Reid : Tout d’abord, je tiens à vous remercier pour cet accueil. C’est un plaisir d’être ici, j’ai été très bien accueilli, donc c’est formidable d’être de retour au Maroc. J’étais déjà venu au Maroc avec UKEF, c’est ma deuxième visite, donc c’est agréable de retrouver des personnes que j’avais rencontrées auparavant et de faire la connaissance de nouvelles entreprises et parties prenantes. Je suis très enthousiaste d’être de retour, c’est vraiment intéressant de voir ce qui se passe ici.
-Dans le cadre de votre visite au Maroc, vous avez rencontré plusieurs responsables marocains. Pourriez-vous nous en dire plus sur les objectifs de votre déplacement ?
-J’ai rencontré de nombreux responsables, des banques, ainsi que des entreprises, afin d’explorer différentes opportunités. Nous avons actuellement un pipeline très actif de discussions. Je dirais que notre visite s’articule autour de deux axes principaux : d’une part, le Maroc connaît un développement important, notamment en préparation de la Coupe du monde avec des projets d’infrastructures. Cela représente une occasion pour nous d’introduire l’expertise britannique et de contribuer à la réussite de ces projets. Nous échangeons donc avec des entreprises et des responsables sur ces initiatives locales.
D’autre part, nous discutons aussi, avec des entreprises marocaines, d’opportunités ailleurs, en Afrique. Le Maroc est évidemment une porte d’entrée vers le continent africain et peut jouer un rôle clé dans le développement régional à travers des projets d’infrastructures critiques. Nous pouvons aider les entreprises marocaines à collaborer avec des entreprises britanniques pour réaliser certains de ces projets.
Donc, notre visite se concentre sur deux volets : des projets au Maroc et des projets à travers l’Afrique auxquels les entreprises marocaines souhaitent participer.
-À la fin de l’année 2022, UKEF a annoncé une enveloppe de financement de 4 milliards de livres sterling pour soutenir des projets marocains intégrant des biens et services britanniques. Comment évaluez-vous les résultats de cette initiative ? Envisagez-vous d’augmenter ce montant ?
-Nous n’avons pas besoin d’augmenter ce montant pour le moment. Il n’a pas encore été entièrement utilisé. Nous disposons d’une large capacité, donc ce n’est pas un problème pour nous. Nous sommes tout à fait à l’aise avec ce niveau de capacité et notre aptitude à soutenir les transactions que nous identifions.
Concernant les avancées à ce jour : nous avons réalisé de bons progrès dans la constitution d’un pipeline de projets, avec d’excellentes discussions en cours, notamment avec des entreprises marocaines, tant pour des projets au Maroc qu’en Afrique. Nous n’avons pas encore de transaction à célébrer, mais je pense que nous nous en rapprochons. Les échanges sont très prometteurs, et c’est un plaisir d’être ici pour assurer leur suivi et faire avancer les choses dans la bonne direction aussi rapidement que possible.
Nous n’avons pas encore de transaction à célébrer, mais je pense que nous nous en rapprochons
-Il semble que ce budget vise principalement à promouvoir les exportateurs britanniques. Mais concrètement, quelle différence cela fait-il pour les entreprises marocaines ?
-Cela joue évidemment un rôle. Notre mission en tant qu’agence de crédit à l’exportation du Royaume-Uni est de soutenir les exportations britanniques. Mais la façon dont nous structurons notre financement est que nous exigeons uniquement un minimum de 20 % de contenu britannique, ce qui signifie que nous soutenons également le contenu local et la création d’emplois ici au Maroc pour la réalisation de certains de ces projets.
Ainsi, l’avantage pour une entreprise marocaine engagée dans l’un de ces projets est qu’elle bénéficie de l’expertise britannique. Nous avons une véritable expertise dans de nombreux domaines dont nous parlons ici : infrastructures critiques, santé, infrastructures modernes, etc. Nous pouvons donc mettre à contribution l’expertise britannique et, ce faisant, fournir un financement à des taux compétitifs grâce à la garantie du gouvernement britannique.
Nous soutenons également le contenu local et la création d’emplois ici au Maroc
-Pourriez-vous nous donner des exemples de projets spécifiques actuellement en préparation au Maroc ?
-Malheureusement, je ne peux pas entrer dans trop de détails, comme vous pouvez l’imaginer, étant donné que nous sommes en plein milieu de ces projets, ils sont sensibles sur le plan commercial et nous devons respecter cela. Mais je pense qu’en termes de secteurs sur lesquels nous nous concentrons, il s’agit de l’énergie renouvelable, des infrastructures hydrauliques et d’autres secteurs où je pense que nous pouvons jouer un rôle, car il y a une véritable expertise britannique. Ce sont donc les types de projets sur lesquels nous sommes actuellement en discussions actives.
-Peut-on s’attendre à des annonces concrètes à la suite de votre visite au Maroc ?
-La réponse honnête est qu’il n’y aura pas d’annonces fermes, mais ce que je peux vous dire, c’est que nous faisons de réels progrès ici et nous sommes très enthousiastes à propos de certaines des opportunités dans lesquelles nous sommes impliqués. Et nous sommes ici pour nous assurer que tout le monde comprend la déclaration d’intention, en travaillant très étroitement avec l’ambassadeur et son équipe sur le terrain, ainsi qu’avec notre responsable pays, Meriem (Bennani, directrice pas UKEF ndlr), pour nous assurer que nous faisons avancer les affaires. C’est une démonstration de notre engagement pour nous assurer que nous pouvons permettre la réalisation de transactions ici au Maroc, et j’espère que très bientôt, nous serons en mesure d’annoncer des transactions réussies.
-Comment voyez-vous la relation économique actuelle entre le Maroc et le Royaume-Uni ?
-Je suis ravi de constater la croissance continue et soutenue de la relation commerciale entre le Royaume-Uni et le Maroc. Le commerce bilatéral atteint son plus haut niveau, avec 3,8 milliards de livres (46 milliards de MAD), tandis que l’intérêt commercial du Royaume-Uni pour le Maroc continue de croître, notamment en prévision de la Coupe du Monde de la FIFA 2030. Le Maroc devient un fournisseur alimentaire de plus en plus important pour le Royaume-Uni et, à mesure que nos économies se rapprochent, j’espère que nous verrons des relations financières plus profondes, soutenues par UK Export Finance.
Le Maroc est un marché en pleine croissance, stratégiquement important, avec des plans de développement d’infrastructure ambitieux
-UKEF est souvent décrit comme un “outil stratégique” de la diplomatie économique britannique. Que signifie cela concrètement sur des marchés comme le Maroc ?
-Le gouvernement britannique se concentre clairement sur la croissance économique, et la sécurisation de partenariats commerciaux internationaux solides est une composante clé de cette mission. Le Maroc est un marché en pleine croissance, stratégiquement important, avec des plans de développement d’infrastructure ambitieux. C’est pourquoi je suis ici, pour aider à promouvoir des partenariats économiques qui apportent des bénéfices mutuels tant pour le Royaume-Uni que pour le Maroc.
-La transition énergétique est l’une des priorités stratégiques de l’UKEF. Comment évaluez-vous les ambitions du Maroc dans ce domaine ? Croyez-vous que le pays puisse réellement devenir un centre de l’hydrogène vert, comme certains le prévoient ?
-Les énergies renouvelables représentent une grande opportunité pour le Maroc. C’est une ambition à laquelle je peux m’identifier, car elle s’aligne avec l’objectif du Royaume-Uni d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. L’augmentation rapide de la capacité installée du Maroc en matière de renouvelables est impressionnante. Et dans le cadre de cette success-story marocaine, les entreprises britanniques peuvent être des alliées précieuses, que ce soit dans l’hydrogène vert ou dans les efforts pour améliorer la sécurité de l’eau grâce à un recours accru à la désalinisation et à l’eau recyclée.
Nous et d’autres agences de crédit à l’exportation (ECAs) sommes prêts à évaluer les opportunités liées à l’hydrogène vert, et je pense que cela témoigne d’un réel intérêt international pour les propositions du Maroc en matière d’énergie renouvelable.
-En ce qui concerne les infrastructures, de nombreux projets d’envergure sont attendus au Maroc (train à grande vitesse vers Agadir, extensions de ports, autoroutes etc.) UKEF est-il déjà impliqué dans certaines de ces discussions ?
-En un mot, oui, nous sommes impliqués dans certaines de ces discussions. C’est une période passionnante pour développer les infrastructures civiles et énergétiques au Maroc. Nous avons pleinement l’intention d’explorer des opportunités qui pourraient bénéficier à nos deux pays.
C’est un moment excitant pour explorer le marché marocain
- Quel est votre message aux entreprises marocaines qui hésitent encore à s’adresser à UKEF ?
-Nous n’avons pas besoin que vous veniez avec une proposition parfaite, juste un projet viable et la volonté de discuter de la manière dont les fournisseurs britanniques pourraient apporter leur soutien. Nous travaillons en développant des partenariats à long terme avec les acheteurs et les entrepreneurs. En cas de doute, contactez notre représentante Meriem Bennani à Casablanca.
-Et pour les entreprises britanniques, pourquoi devraient-elles parier sur le Maroc ?
-C’est un moment excitant pour explorer le marché marocain. Le Maroc a de grandes ambitions en matière de développement d’infrastructure et un besoin correspondant en innovation et en ressources, il existe une opportunité pour les entreprises britanniques de soutenir cela avec leur expertise.
Il y a une richesse d’opportunités pour deux raisons principales : la Coupe du Monde 2030 et l’appel d’offres récent du gouvernement marocain pour sélectionner des développeurs de projets d’hydrogène vert.
Pour donner un exemple : la Coupe du Monde de football 2030 déclenche un programme d’investissements vaste et massif d’une valeur de 23 milliards de dollars. Il y aura une opportunité pour les fournisseurs britanniques de s’impliquer.
Enfin, le Maroc bénéficie de l’avantage d’un secteur bancaire local solide avec un haut niveau de liquidités, ainsi qu’une abondance de contractants forts et établis.
À découvrir
à lire aussi
Article : Pneumatiques : l’usine marocaine de Sentury Tire monte en cadence, avec des commandes supérieures à l’offre
Le fabricant chinois Qingdao Sentury Tire indique que son site marocain poursuit sa montée en charge, avec un taux d’utilisation en progression et une demande actuellement supérieure à ses capacités. L’usine, entrée en production fin 2024 près de Tanger, doit devenir l’un des moteurs de croissance du groupe à l’international.
Article : CFCIM : François Marchal élu à la tête de la Commission économique et financière
Le directeur général de Saham Bank succède à la présidence de cette commission interne de la Chambre française de commerce et d’industrie du Maroc. Yannick Giaconia, directeur général de Maroc Transmission, en prend la vice-présidence.
Article : À Tanger, le futur Waldorf Astoria entre dans sa dernière ligne droite
Le groupe Hilton confirme l’achèvement du gros œuvre de son établissement près du Cap Spartel, dont l’ouverture est désormais envisagée à la mi-2027, après plusieurs reports liés aux standards de la marque ultra-luxe. Détails exclusifs.
Article : Justice : nouveau renvoi dans l’affaire du décès de l’ex-mari de Rym Fikri
La chambre criminelle de Casablanca a fixé la prochaine audience au 2 juin 2026, tout en ordonnant la convocation du témoin Youssef El Bouhadi et la projection des vidéos versées au dossier, où figure notamment parmi les mis en cause Reda Abakrim, alias “Turbo”.
Article : Hantavirus : évacuation sous haute surveillance du MV Hondius à Tenerife
Les passagers du navire de croisière touché par un foyer d’hantavirus ont commencé à être débarqués dimanche 10 mai 2026 aux Canaries, avant leur rapatriement vers leurs pays d’origine. L’OMS recense six cas confirmés parmi huit cas suspects, dont trois décès, mais juge faible le risque pour la population locale.
Article : Mondial 2026 : la FIFA porte à près de 33.000 dollars ses meilleurs billets pour la finale
L’instance internationale a mis en vente des places à 32.970 dollars pour la finale du 19 juillet 2026 au MetLife Stadium, dans le New Jersey, soit trois fois plus que le précédent prix maximal affiché pour la catégorie 1. Une nouvelle flambée qui relance les critiques sur la billetterie du Mondial 2026.