Pour la première fois au Maroc, l’or 18 carats se négocie à plus de 770 DH le gramme
EFFET TRUMP. La flambée des prix de l’or à l’échelle internationale ne laisse aucun répit au marché marocain. Porté par la guerre économique sino-américaine et les incertitudes provoquées par la suspension partielle mais confuse des tarifs douaniers américains, l’or s’impose à nouveau comme une valeur refuge. Ainsi, le métal jaune atteint des sommets historiques.
Ce choc, largement exogène, se transmet directement au marché local, où les bijoutiers comme les consommateurs se retrouvent désemparés face à une envolée qu’ils ne contrôlent pas.
Les prix atteignent des niveaux qui auraient semblé inimaginables un an auparavant. Actuellement, les cours au spot dépassent les 3.200 dollars l’once.
Interrogé par Médias24 à ce sujet, un bijoutier de la place confie que les prix affichés cette semaine sont inédits. "C’est la première fois de ma carrière que je vois cela. L’or 18 carats pur a atteint 770 dirhams le gramme à la bourse. Je n’ai jamais vu ce niveau, même pendant les périodes de tensions ou de crises. Et attention, on parle bien du prix brut, sans travail ni ajout !", affirme-t-il.
Ce prix de 770 dirhams le gramme pour l’or 18 carats correspond au prix auquel les professionnels s’approvisionnent.
"Ce sont les prix auxquels, nous, bijoutiers, on achète. Et derrière, il faut encore ajouter les pertes à la fonte, les frais de façonnage, les taxes, les marges… On arrive à des montants qui font peur, même pour les habitués", explique notre source.
La demande sur le marché local en net recul
Face à cette pression sur les prix, la demande locale s’effondre. La bijouterie, qui reste un canal important d’épargne, de cadeau ou de dot familiale au Maroc, connaît un net ralentissement.
Les clients demandent le prix, l’écoutent… puis repartent sans même négocier"La vérité, c’est que les clients se font de plus en plus rares. Même ceux qui venaient acheter une petite paire de boucles ou un bracelet léger se montrent beaucoup plus hésitants. Ils posent la question, écoutent le prix et s’en vont. Ils n’osent même plus négocier", souligne notre interlocuteur.
Contrairement à d’autres hausses passées, aucun mouvement de boycott ne semble se dessiner cette fois-ci. La conscience que cette hausse est imposée de l’extérieur semble partagée.
"Tout le monde sait que cela vient de l’extérieur. Ce sont les marchés mondiaux qui dictent le prix. Nous aussi, on subit. Il n’y a pas de marge pour résister, ni pour faire baisser les prix", conclut-il.
Une conjoncture internationale tendue, entre tensions commerciales et incertitude prolongée
À l’international, la flambée de l’or s’explique par un faisceau de facteurs économiques et géopolitiques. D’abord, la suspension des tarifs pour une période de 90 jours, loin d’apaiser les marchés, a semé davantage de confusion. Si cette décision visait à donner un signal d’ouverture ou à créer un espace de négociation, elle a été perçue au contraire comme une source d’incertitude supplémentaire.
Et lorsque l’incertitude domine, les capitaux se redéploient vers les actifs refuges. L’or en est le principal bénéficiaire. Ce mécanisme classique d’arbitrage entre risque et sécurité s’est renforcé ces dernières semaines, d’autant plus que les perspectives sur d’autres classes d’actifs restent fragiles, voire dégradées dans certains cas.Des anticipations haussières portées par le marché des "futures"Les données issues des marchés à terme confirment cette tendance haussière. Les contrats futures sur l’or, notamment ceux échangés sur le COMEX (Commodity Exchange), affichent des niveaux record pour les échéances à six et douze mois. Cela témoigne d’une anticipation largement partagée par les opérateurs : la dynamique haussière de l’or devrait se poursuivre, même s’intensifier, si les tensions commerciales persistent ou si de nouveaux éléments d’instabilité apparaissent (ralentissement économique, tensions géopolitiques au Moyen-Orient, etc.).
Les grandes institutions financières abondent dans ce sens. Ainsi, plusieurs banques d’investissement ont révisé à la hausse leurs prévisions pour le métal jaune. Goldman Sachs rehausse ses perspectives pour l’or et anticipe désormais un prix pouvant atteindre 3.700 dollars d’ici la fin de l’année si le climat d’incertitude persiste et si les taux réels restent faibles.
Par ailleurs, il est à noter qu’entre le 15 avril 2024 et le 15 avril 2025, le prix de l’or est passé de 2.370 à 3.220 dollars l’once. Il s’agit d’un rendement de 35,9% en un an, un gain quasi impossible à obtenir sur des actions, des obligations ou tout autre actif, sans accepter un niveau de risque élevé en proportion des gains potentiels.
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