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Sahara. Conseil de sécurité: vers des négociations dans le cadre du plan d’autonomie marocain

Le poids des États-Unis et la réaffirmation récente de leur soutien à la marocanité du Sahara et au plan d'autonomie, font désormais leur effet au sein du Conseil de sécurité. Dans son briefing, De Mistura a proposé d'avancer vers une reprise des discussions entre les différentes parties concernées au cours des trois prochains mois, dans le cadre du plan d'autonomie marocain.

Sahara. Conseil de sécurité: vers des négociations dans le cadre du plan d’autonomie marocain
R. Berrada
Le 15 avril 2025 à 11h42 | Modifié 15 avril 2025 à 12h22

La réunion a eu lieu lundi 14 avril 2025, dans un contexte d’attente palpable, nourri par les récentes déclarations américaines sur la marocanité du Sahara.

Ce lundi donc, à 10H00, heure de New York, les 15 membres du Conseil ont écouté deux briefings : un de l'envoyé spécial et chef de la Minurso; l'autre de l'envoyé personnel du secrétaire général Staffan de Mistura.

Comme les précédentes, la réunion s’est tenue à huis clos, sans communiqué, ni retransmission sur la web TV de l’ONU.

Comme l'a souligné Omar Hilale, représentant permanent du Maroc à l'ONU, dans une intervention en direct lundi soir sur Médi1 TV, ce fut "une réunion ordinaire de consultations à huis clos".

Un ton nouveau, porté par le contexte américain

De cette réunion du conseil de sécurité, l'AFP rapporte en quelques mots: l'envoyé Staffan de Mistura a déclaré que les trois prochains mois seraient l'occasion de "produire une désescalade régionale et, séparément, une feuille de route redynamisée vers la résolution du conflit du Sahara occidental". Le reste de la dépêche est un rappel du contexte international du moment.

Or, cette déclaration prend tout son sens à la lumière d’un événement-clé : les entretiens du 8 avril à Washington entre Marco Rubio, secrétaire d’État, et Nasser Bourita.

A l'issue des entretiens de Marco Rubio, secrétaire d'Etat, avec Nasser Bourita, le 8 avril à Washington, le département d'Etat avait publié un communiqué qui comportait une phrase clé: "Le Secrétaire d’État a réaffirmé l’appel du président Trump à ce que les parties s’engagent sans délai dans des discussions, en utilisant la proposition marocaine d’autonomie comme unique cadre, afin de négocier une solution mutuellement acceptable. Le Secrétaire a indiqué que les États-Unis faciliteraient les avancées vers cet objectif".

Le reste du communiqué américain est une réaffirmation de la marocanité du Sahara et du fait que le plan d'autonomie sous souveraineté marocaine est la seule issue.

Les Etats-Unis ont donc indiqué une direction. Ont-ils pesé directement sur l'envoyé personnel? Probablement puisque ce dernier a eu l'occasion d'échanger avec Lisa Kenna, sous-secrétaire d'Etat US, le 10 avril.

Le bras droit de Marco Rubio avait deux messages à transmettre au diplomate onusien : l'informer du renouvellement de la position de l'administration Trump au sujet du Sahara. "Une véritable autonomie sous souveraineté marocaine est la seule solution envisageable", a déclaré la responsable américaine sur son compte X.

Quant au deuxième message, non moins clair, Lisa Kenna a déclaré à De Mistura que "les parties doivent s'asseoir à la table des négociations pour parvenir à un résultat mutuellement acceptable".

C'est certainement pour cela que dans son briefing, De Mistura semblait pour la première fois pressé d'agir. Et cette fois-ci, n'a cité ni référendum ni partition. Seulement la reprise des discussions et le plan d'autonomie.

Pour lui, les déclarations américaines après la visite de Bourita sont importantes. Mais il n'en retient que ce qu'il veut: il faut une "véritable autonomie", insiste-t-il. Et la solution doit être "mutuellement acceptable", écrit-il en rappelant le communiqué américain. Or,c'est l'ONU qui répète depuis longtemps que la solution doit être politique et mutuellement acceptable.

La nouvelle position américaine était donc omniprésente dans le briefing de l'envoyé personnel du Secrétaire général de l'ONU.

De Mistura insiste également sur la position française, s'agissant "du deuxième membre permanent du Conseil de sécurité". "L'engagement diplomatique de deux membres permanents du Conseil dans la région témoigne d'une attention renouvelée aux opportunités, mais aussi aux risques existants. En réalité, nous n'avons constaté aucune amélioration dans les relations algéro-marocaines, bien au contraire. Une telle amélioration serait indispensable pour éviter les risques de conflit régional, compte tenu des tensions constantes, de l'absence de contacts diplomatiques, de la fermeture des frontières et de l'augmentation récente et substantielle des acquisitions d'équipements militaires de pointe et des dépenses connexes". De Mistura tire une conclusion implicite : sans amélioration entre Rabat et Alger, les risques de conflit régional demeurent élevés.

De Mistura considère donc que la solution doit être politique et mutuellement acceptable, que l'autonomie doit être crédible et constate que les Etats-Unis ont l'intention de s'engager directement pour aboutir à une solution. Il précise que "de véritables négociations sont nécessaires entre les parties concernées pour parvenir à une solution". Sous la forme de tables rondes  ? Il ne dit rien à ce propos.

Après une longue digression dans laquelle il ne parle que des camps de Tindouf et de ceux qu'il appelle les réfugiés ainsi que des sentiments que cette situation lui inspire, il conclut que "2025 marquera cette année le cinquantième anniversaire de l'inscription de la question du Sahara occidental à l'ordre du jour des Nations Unies. Les trois prochains mois seront, à mon avis, l'occasion de vérifier comment un nouvel élan, fondé sur un engagement renouvelé et actif de certains membres de ce Conseil, y compris les membres permanents, peut conduire à une désescalade régionale et, séparément, à une feuille de route redynamisée vers la résolution du conflit du Sahara occidental. Dans ce cas, nous pourrons apporter un soutien efficace, et la session d'octobre 2025 pourrait devenir un événement très important pour ce Conseil. Ma détermination, approuvée par le Secrétaire général, à faciliter une telle issue, demeure intacte".

En définitive, et malgré sa forme "normale", la réunion du Conseil de sécurité est peut-être un événement. Nous avons vu un briefing fortement imprégné du poids de l'engagement américain et de sa position. On verra si les trois mois seront propices à des échanges dans le cadre de l'initiative marocaine d'autonomie. Quant à l'envoyé personnel, il a clairement changé de posture mais n'a pas hésité à jouer sur la corde émotionnelle en évoquant la population de Tindouf, jamais identifiée ni recensée, et en lui consacrant une partie non négligeable de son propos. Posture nouvelle, imposée par le nouveau contexte international  ; mais le fond a-t-il changé? Toute décision dépendra des 15 membres du Conseil desécurité avec un poids particulier pour les membres permanents.

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R. Berrada
Le 15 avril 2025 à 11h42

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