Une telle situation est révélatrice d’une fragilité structurelle dans l’écosystème de cybersécurité mondial. "Cette situation montre à quel point l’écosystème mondial repose sur des structures centralisées, dépendantes de décisions politiques nationales. Le cas du CVE est un signal d’alarme sur la nécessité d’une gouvernance plus résiliente et internationale pour les outils critiques de cybersécurité", conclut-il.
Publicité
Incertitudes sur le financement du programme CVE : quelles conséquences pour la cybersécurité mondiale et marocaine ?
Dans une lettre devenue virale sur les réseaux sociaux, Yosry Barsoum, vice-président de MITRE, a alerté que le financement gouvernemental américain destiné aux programmes CVE (Common Vulnerabilities and Exposures) et CWE (Common Weakness Enumeration) expire le mercredi 16 avril 2025. Cette situation pourrait entraîner une perturbation majeure de l’ensemble du secteur mondial de la cybersécurité. Détails.
Par
Badr Elhamzaoui
Le 18 avril 2025 à 12h15
|
Modifié 18 avril 2025 à
12h35
Parmi les deux programmes (CVE et CWE), le CVE est considéré comme le plus important. Il est géré par MITRE, avec un financement assuré par la Division nationale de cybersécurité relevant du Département de la Sécurité intérieure des États-Unis. Ce programme occupe une place centrale en garantissant une approche normalisée, précise et claire dans la classification et l’échange d’informations sur les vulnérabilités de sécurité.
Dans le même sens, Médias24 a sollicité Badr Bellaj, expert en sécurité des systèmes distribués, pour apporter des clarifications sur l’impact potentiel d’une telle rupture sur la cybersécurité internationale et aussi marocaine.
Selon Bellaj, le CVE est un système d’identifiants standardisés pour les failles de sécurité. "Il permet aux chercheurs, éditeurs et défenseurs de cybersécurité de parler un langage commun. Il joue un rôle clé pour détecter, documenter et corriger efficacement les vulnérabilités dans les téléphones, ordinateurs et services en ligne", indique-t-il.
Ainsi, il y a lieu de s’interroger sur les risques que les entreprises, administrations et citoyens encourraient si la base CVE cessait de fonctionner. Pour Badr Bellaj, un tel arrêt aurait des conséquences néfastes.
"Un arrêt de la base entraînerait une perte de coordination entre chercheurs, fournisseurs et gouvernements, des délais dans la correction des failles, une augmentation du risque de cyberattaques, ainsi qu’une vulnérabilité accrue des infrastructures critiques (santé, transport, énergie)", précise notre interlocuteur.
Ainsi, on peut se demander si un antivirus ou une mise à jour de sécurité peut réellement protéger en l’absence du système CVE. Badr Bellaj indique que cela serait inefficace.
"Pas efficacement. Les antivirus et systèmes de patching utilisent les identifiants CVE pour reconnaître et corriger les failles. Sans ce socle commun, la détection serait moins fiable, les correctifs plus lents, et la protection des utilisateurs affaiblie", précise-t-il.
Qu'en est-il du Maroc ?
Selon notre interlocuteur, le Maroc dépend fortement des alertes du programme CVE. "Le Maroc, confronté à une augmentation significative des cyberattaques, dépend fortement des alertes internationales sur les vulnérabilités pour protéger ses infrastructures critiques. Dans ce contexte, le maCERT, en tant que centre national de veille, de détection et de réponse aux incidents informatiques, joue un rôle central dans la cybersécurité du pays. Cependant, l’incertitude entourant le financement du programme CVE pourrait compromettre la capacité du Maroc à détecter et à répondre rapidement aux menaces émergentes. Le maCERT pourrait ainsi être confronté à des défis accrus pour maintenir une veille efficace et coordonner les réponses aux incidents", explique-t-il.
"Bien que le pays ait récemment renforcé sa posture avec la Stratégie nationale de cybersécurité 2030, l’efficacité de cette politique repose en partie sur un accès continu à des données fiables sur les vulnérabilités, telles que celles fournies par le système CVE. Il est donc essentiel de renforcer les capacités du maCERT et de diversifier les sources d'information pour garantir la résilience de la cybersécurité nationale", poursuit Badr Bellaj.
Alors, si tel est le cas et que le programme CVE venait à cesser ses fonctions, existerait-il un plan B ? Dans ce sens, Badr Bellaj souligne que l'absence de solution alternative fiable à court terme renforcerait l’incertitude et l’exposition aux menaces pour l’ensemble de l’écosystème numérique mondial.
"Face au risque de coupure de financement, une CVE Foundation indépendante est en cours de création. Elle pourrait à terme assurer la continuité du service avec le soutien de grands acteurs comme Apple, mais son financement et sa gouvernance restent flous. Pour l’instant, le gouvernement américain a prolongé le financement de 11 mois, ce qui donne un sursis… mais pas de garantie durable", clarifie M. Bellaj.
Si vous voulez que l'information se rapproche de vous
Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Badr Elhamzaoui
Le 18 avril 2025 à 12h15
à lire aussi
Quoi de neuf
Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.
TOURISME
Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.
Quoi de neuf
Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.
La séance du jour
Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.
Mines
Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.
Quoi de neuf
Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.
