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SIAM 2025

Fruits rouges : “Les agriculteurs veulent plus de volume d'eau dessalée et ils sont prêts à investir“ (Amine Bennani)

Lors de la 17ème édition du SIAM, Médias24 a interviewé Amine Bennani, président de l'association marocaine des producteurs de fruits rouges et vice-président de la fédération des fruits rouges, pour faire un état des lieux de la filière, de la campagne agricole en cours et des contraintes du secteur.

Fruits rouges : “Les agriculteurs veulent plus de volume d'eau dessalée et ils sont prêts à investir“ (Amine Bennani)
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Le 24 avril 2025 à 19h24 | Modifié 25 avril 2025 à 8h21
  • Médias24. Pour commencer, dressons un état des lieux. Quels sont les chiffres clés de la filière des fruits rouges pour la campagne agricole 2024-2025 ?

Amine Bennani. Pour cette campagne agricole, la filière des fruits rouges marocaine représente plus de 14.000 hectares, répartis plus ou moins sur tout le territoire marocain. Il existe des plantations de fruits rouges à Dakhla, à Agadir, à Larache, à Berkane, de même que dans la région de Meknès. En chiffres, les myrtilles représentent 7.000 hectares, les framboises 4600 hectares et, pour les fraises, ce sont 2800 hectares. Nous avons également environ 200 hectares de mûres, principalement dans la zone d’Agadir.

La production de fruits rouges est principalement concentrée entre deux grands pôles. Dans la région de Larache, nous avons presque 100% de la production de fraises et 40% de la production de framboises et de myrtilles. Quant à la région Souss Massa, c’est 40% de framboises et 40% de myrtilles.

Le reliquat est dispatché entre les nouvelles zones de production qui sont Drâa, l'Oriental et l'Atlas de Meknès.

  • Quelles sont les principales contraintes qui rendent leur conduite technique si exigeante ?

- Les fruits rouges sont délicats pour la manipulation de l'homme. Principalement, la framboise qui a une durée de vie très courte. Il faut arriver à desservir nos clients européens, principalement en frais, dans les 4 à 5 jours. La manipulation exige beaucoup de main-d’œuvre.

La culture de la myrtille, contrairement aux autres cultures normales, demande un sol acide, des exigences édaphiques et fertilisantes très spécifiques. Les événements climatiques extrêmes ont perturbé les calendriers agricoles.

  • Depuis quand observez-vous ces dérèglements ? Et comment se traduisent-ils concrètement et touchent-ils les différentes variétés de fruits rouges ?

- Nous faisons face aux dérèglements climatiques, qui est un phénomène international. Il y a un an et demi, nous avons eu une journée avec plus de 54 degrés dans le périmètre de Souss Massa, qui a brulé des parcelles et généré des pertes très importantes dans la myrtille.

Dans la région de Larache, l’année dernière, nous avons eu des vents de plus de 100km/h. Cela a généré la destruction de centaines d'hectares de parcelles.

Cette année, nous avons eu des mois d'octobre, de septembre, de novembre, de décembre avec des températures légèrement élevées et pas de pluviométrie.

En janvier, février, nous avons eu des températures basses qui ont complètement déréglé les cultures. Cela a généré un décalage des fenêtres de production et a perturbé la production de la myrtille et l’export.

  • Justement le marché international, en particulier européen, impose des fenêtres de commercialisation strictes. Dans un contexte d'instabilité de cycle, comment les producteurs marocains parviennent-ils à s'adapter à ces exigences ?

- En 2024, nous avons exporté plus de 200.000 tonnes de fruits rouges vers plus de 54 destinations mondiales. L’origine Maroc est reconnue par sa qualité et par le respect des engagements. Tous les opérateurs marocains respectent les engagements envers leurs clients autant qu'ils le peuvent. Nous sommes connus pour fournir un produit de qualité qui respecte toutes les normes internationales de production. Nous faisons tout notre possible pour limiter et diminuer notre impact sur l'environnement.

Le changement climatique n'affecte pas le Maroc seulement, mais affecte aussi nos principaux concurrents. Pour la myrtille, c'est l'Amérique du Sud et l'Espagne ; pour la fraise, c'est l'Égypte.

Même nos fournisseurs prennent ce qui vient, comme tous les calendriers de production sont chamboulés. Cela influence les prix. Les Marocains le sentent sur la tomate parce que c'est un fruit qui est toujours souvent consommé. Ces changements et ces variations de prix et d'offres, nous les subissons. Ce sont des choses que nous ne pouvons pas contrôler. Ce que nous pouvons faire, c'est tenir et gérer nos parcelles du mieux que nous pouvons et répondre le plus tôt en cas d'accident climatique.

  • Face à la pénurie hydrique, justement, l'utilisation d'eau dessalée pourrait-elle représenter une alternative viable pour la filière ?

- Nos agriculteurs vivent l'expérience de l'eau dessalée sur le périmètre de Souss Massa. La seule problématique, c'est que la myrtille est une culture à part. Elle a besoin d’un sol acide avec une sensibilité au bord. Lors de la conception et de la création de la station de dessalement d'Agadir, le secteur des fruits rouges n'existait pas encore avec l'envergure actuelle. Donc, les eaux qui sont traitées dans la station de dessalement d'Agadir obligent les agriculteurs à retraiter cette eau avant de l'utiliser sur leurs parcelles.

Les agriculteurs veulent plus de volume et plus de quantité d'eau et ils sont prêts à investir encore plus parce qu'il y a un marché potentiel. Il y a une reconnaissance internationale du savoir-faire et de la qualité du travail marocain. Nous aimerions avoir d'autres stations et que lors de la conception, ils prennent en considération les exigences de la qualité de l'eau nécessaire pour les fruits rouges.

  • Au-delà des aléas climatiques, quels sont les autres défis majeurs auxquels la filière doit faire face?

- Le principal frein au développement de la filière, c'est la main-d'œuvre. Dans ces mois de mars, d'avril, nous sommes en pleine campagne et nous n’arrivons pas à trouver assez de personnes pour cueillir les fruits. Nous payons environ 250 dirhams la journée et nous ne trouvons pas assez de personnes. Dans le Nord, des ouvrières arrivent à avoir des journées à 400 dirhams, 500 dirhams. Elles travaillent avec un rendement kilo par jour et elles finissent leur objectif à 10 heures du matin. Donc, il y a celles qui doublent, il y a celles qui triplent la journée. C’est un savoir-faire, une technique de récolte et un intéressement. Elles font des efforts et beaucoup d'entre elles dépassent les 400 dirhams de recettes par jour.

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Le 24 avril 2025 à 19h24

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