Le pouvoir d'achat et le chômage pèsent sur le moral des ménages
ENQUÊTE HCP. Les perceptions du niveau de vie, de l’inflation alimentaire, du chômage et d’autres indicateurs dessinent les contours d’un pessimisme bien ancré dans les anticipations des ménages. L’analyse de l’indice de confiance et de ses principales composantes révèle une inquiétude persistante quant à l’avenir. Entre 2018 et le début de l’année 2025, la quasi-totalité des indicateurs affiche un net déclin.
Au premier trimestre de l’année 2025, les résultats de l’enquête permanente de conjoncture menée par le haut-commissariat au Plan laissent entrevoir une lueur timide dans un ciel encore chargé d’incertitudes.
Dans la même logique, Médias24 présente une lecture étendue dans le temps de l’indice de confiance des ménages, en s’attardant sur ses principales composantes : les perceptions du niveau de vie, de l’inflation alimentaire et du chômage. L’accent est mis davantage sur les anticipations futures, car ce sont elles qui façonnent les comportements des ménages et influencent, en profondeur, la dynamique de consommation et la trajectoire de croissance économique.
La confiance des ménages en recul structurel
L’indice de confiance des ménages (ICM), indicateur composite du moral socioéconomique des foyers marocains, s’est établi à 46,6 points au T1 2025. Il enregistre ainsi une progression marginale par rapport au trimestre précédent (46,5 points), et reste légèrement supérieur au niveau observé au premier trimestre de l’année 2024, où il s’établissait à 45,3 points. Il faut toutefois replacer ce chiffre dans une trajectoire de long terme pour en comprendre la portée véritable. Depuis 2018, l’ICM a connu une érosion quasi continue. De 87,3 points début 2018, il a plongé progressivement, passant sous la barre des 70 dès 2020, puis sous les 50 en 2022, pour se stabiliser autour de 46 depuis début 2024. Cette baisse traduit une perte progressive de l’optimisme des ménages quant à leur environnement économique, leur avenir financier et les conditions de vie en général.
Il est à noter que l'indice de confiance des ménages a perdu, entre T1 2018 et T1 2025, plus de 40 points.
Niveau de vie des ménages : un pessimisme installé
Ce recul de la confiance n’est pas anodin. Il s’ancre dans une perception persistante de détérioration du niveau de vie. Au premier trimestre 2025, plus de huit ménages sur dix (80,9%) estiment que leur niveau de vie s’est dégradé au cours des douze derniers mois. Et ils sont encore 53% à anticiper une poursuite de cette dégradation dans l’année à venir, contre à peine 6,7% qui entrevoient une amélioration. Ce déséquilibre se traduit par un solde d’opinion négatif de -46,3 points, un niveau quasi identique à celui du trimestre précédent (-46,1), mais légèrement meilleur qu’un an auparavant (-47,3).
Le solde d’opinion est ici la différence entre ceux qui pensent que leur situation va s’améliorer et ceux qui craignent une dégradation. Une courbe en forte baisse traduit des attentes de détérioration du pouvoir d’achat. Il est bien connu que, lorsque les ménages projettent une baisse de leur niveau de vie, ils adaptent en conséquence leur consommation, en réduisant les dépenses non essentielles et en privilégiant l’épargne de précaution.Au premier trimestre 2025, 80,1% des ménages jugent l’achat de biens durables inopportunCe climat de doute se manifeste notamment dans l’attitude à l’égard des achats de biens durables. Ils sont aujourd’hui 80,1% à juger le moment inopportun pour de tels investissements. Cela montre à quel point la confiance reste trop faible pour soutenir la consommation privée, qui représente la principale composante de la demande intérieure. Cette dernière joue un rôle central dans la dynamique de croissance économique au Maroc.
Anticipations inflationnistes : 81,6% des ménages s’attendent à de nouvelles hausses des prix
À cela s’ajoute une perception quasi unanime d’une inflation persistante, nourrie par la flambée des prix des produits alimentaires. Au T1 2025, 97,6% des ménages déclarent avoir constaté une hausse des prix alimentaires au cours des douze derniers mois. Cette perception se prolonge dans le futur : 81,6% s’attendent à une poursuite de cette augmentation, tandis que seulement 1,6% entrevoient une baisse. Le solde d’opinion s’établit ainsi à -80,0 points, traduisant un ancrage profond des anticipations inflationnistes dans l’imaginaire collectif des ménages.
Le solde d’opinion reste très négatif, traduisant une forte crainte de nouvelles hausses. Même si la courbe remonte légèrement, cela reste une hausse dans le rouge, pas un signe d’optimisme. Les données empiriques confirment cette situation : la composante alimentaire est, de loin, le principal moteur de l’inflation au Maroc, en raison de sa pondération dans le panier de consommation des ménages, notamment dans les zones rurales et au sein des catégories les plus modestes. L’alimentation devient ainsi le vecteur principal de transmission de l’inflation ressentie, bien plus que les autres postes de dépense.
La perception du chômage demeure profondément enracinée
La perception du chômage reste fortement dégradée, malgré un très léger répit statistique. Au T1 2025, 80,6 % des ménages s’attendent à une hausse du chômage au cours des douze prochains mois, contre seulement 7,2% qui anticipent une baisse. Le solde d’opinion s’élève ainsi à -73,4 points, en amélioration marginale par rapport au trimestre précédent (-77,2), mais toujours à un niveau structurellement négatif. Ce chiffre atteste d’un ancrage profond du pessimisme social, et d’une perception largement partagée d’un marché du travail sous tension.
Le solde reste négatif, preuve d’un pessimisme encore bien installé. Une remontée légère de la courbe veut simplement dire que moins de gens qu’auparavant anticipent une hausse du chômage, mais ils restent très majoritaires.
Cette anticipation négative, comme dans le cas de l’inflation, ne se limite pas à une opinion isolée. Elle est le reflet d’une réalité économique tangible, marquée par une croissance modérée et par un rythme de création d’emplois insuffisant pour absorber l’accroissement naturel de la population active, en particulier chez les jeunes diplômés et dans les zones périurbaines.
Malgré les efforts déployés en matière de formation professionnelle et d’encouragement à l’entrepreneuriat, la structure productive nationale peine à générer des emplois formels à la hauteur des besoins démographiques.
Pourquoi est-il important de surveiller les anticipations des ménages
Parce que ce sont elles qui orientent les décisions économiques quotidiennes des ménages : consommer, épargner, s’endetter ou investir. Lorsqu’un ménage anticipe une hausse des prix, une baisse de revenu ou une montée du chômage, il réduit sa consommation, retarde les achats importants et privilégie l’épargne de précaution. Ces comportements, agrégés à l’échelle nationale, influencent directement le niveau de la demande intérieure.
Or, au Maroc, la croissance repose en grande partie sur cette demande intérieure. Bien que la balance commerciale soit structurellement déficitaire et continue de soustraire de la valeur au PIB, il arrive que son évolution contribue positivement à la croissance, lorsque les exportations progressent plus vite que les importations.
Cette contribution reste toutefois ponctuelle et ne compense pas la faiblesse structurelle des autres leviers. L'investissement privé, en deçà de 40% de l’investissement total, peine à jouer son rôle de levier économique. La dépense publique, quant à elle, est contrainte par les équilibres budgétaires et repose sur l’endettement, sans toujours garantir un rendement économique satisfaisant. Plusieurs études ont d’ailleurs mis en évidence des limites en matière d’efficience de l’investissement public au Maroc.
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