Fact checking. Le vrai du faux sur les récentes annonces de découvertes minières au Maroc
Des annonces spectaculaires relayées sur les réseaux sociaux font état de la découverte d’un mégagisement de chromite près d’Ouarzazate, avec des revenus d’environ 60 milliards de dollars. Elles ne reflètent souvent qu’une partie de la réalité, puisqu'il s'agit de promesses ou d'estimations toujours au stade de développement préliminaire. Retour sur ce que disent réellement les données, les enjeux de communication des sociétés minières et les perspectives pour le Maroc.
« Découverte de l’or aux environs du Tichka », « Trouvaille d’or bleu près d’Ouarzazate », « Une nouvelle mine d’or au Maroc », « Découverte du siècle dans le Royaume »… Les titres accrocheurs se multiplient sur les réseaux sociaux, cherchant plus à susciter des clics qu’à représenter fidèlement la réalité. La publication la plus partagée récemment est celle de la découverte d’un énorme gisement de chromite et de cobalt près de Siroua par une société canadienne. Des images et vidéos générées par l'IA ont été partagées, représentant notamment des stocks de minerais fictifs, ce qui a entraîné des confusions dans le public non averti.
Le projet Amasine, un projet prometteur mais à un stade de développement précoce
Les résultats d'exploration du projet Amasine, publiés précédemment par Médias24, font état "d'un potentiel important". Le terme "mine" ne peut pas encore être évoqué à ce stade.
Comme nous le rapportions, il s'agit de résultats d'exploration par tranchées, indiquant une estimation préliminaire de 609 millions de tonnes de serpentinite, alors que l'entreprise entreprend un programme de forage de 4.000 mètres dont les résultats ne sont pas encore annoncés.
Sur cette base, une valeur préliminaire de 60 milliards de dollars a été avancée par la compagnie canadienne détentrice du projet.
Tous ces chiffres ne sont que des estimations et un potentiel non encore confirmé.
Il s'agit d'un potentiel très important pour un métal actuellement inexploité au Maroc, utile dans l'industrie sidérurgique et la fabrication de produits chimiques. Cependant, la découverte est dans un stade de développement préliminaire nécessitant des travaux d’exploration pour passer d’une estimation des ressources préliminaire à des réserves prouvées économiquement exploitables.
Ceci veut dire que le chiffre de 609 millions de tonnes présente un degré de confiance d’estimation plus faible, car il est déduit d’un calcul préliminaire qui suppose la continuité des couches géologiques et des teneurs, alors que la réalité de terrain est totalement différente.
En exploration minière, cette première estimation doit être accompagnée d'une campagne d'exploration plus poussée pour valider les hypothèses retenues et exclure les ressources non économiquement exploitables.
À l'instar de l'exploration pétrolière, l'exploration minière utilise également une terminologie technique qui peut induire en erreur le grand public.
Les ressources sont classées selon des degrés de confiance et d'avancement des travaux. On distingue :
- Les ressources présumées (ou inférées) constituent la catégorie la moins fiable, étant estimées à partir de données géologiques préliminaires selon des modèles théoriques de continuité ou de teneur, avec un faible degré de confiance.
- Les ressources indiquées offrent une certitude géologique modérée quant à la taille et la teneur du gisement, s'appuyant sur des données plus complètes que les précédentes.
- Les ressources mesurées représentent le niveau de connaissance le plus avancé, fondé sur des informations d'exploration détaillées et fiables. Cette catégorie, qui présente le degré de confiance le plus élevé, peut potentiellement être convertie en réserves prouvées après prise en compte des divers facteurs modificateurs d'ordre technique (méthodes d'extraction, traitement), économique (coûts opérationnels, prix de marché), environnemental (impacts et réglementations) ou d'infrastructure (accessibilité, logistique).

Pourquoi une telle annonce ?
Les explorations minières nécessitent des financements de l’ordre de millions de dollars pour mener des travaux de forages et d'autres analyses plus serrées.
Ces résultats ainsi communiqués permettent d’attirer des investisseurs. La majorité des entreprises doivent promouvoir leurs travaux pour obtenir les fonds nécessaires au développement de leurs gisements, de l’exploration préliminaire à la certification des réserves, puis jusqu’à la construction de la mine.
Pour rappel, il ne s'agit pas ici de remettre en cause les informations communiquées par l'entreprise Catalyst, mais plutôt de souligner que, malgré le potentiel intéressant évoqué, le projet en est encore à un stade de développement précoce.
Des travaux supplémentaires seront nécessaires pour délimiter avec plus de précision les réserves exploitables de ce gîte prometteur.
Cependant, l'avancement des travaux d'exploration suit une logique différente : plus les forages se multiplient, plus l'empreinte minière se précise, tandis que les ressources exploitables diminuent progressivement.
Cette diminution des ressources pourrait entraîner une réduction des revenus potentiels, initialement estimés à 60 milliards de dollars, car principalement les teneurs économiquement exploitables pourraient évoluer et la continuité des couches minéralisées n'est pas toujours garantie.
L'exemple de Aya Gold & Silver
Prenons l'exemple d'Aya Gold & Silver : la société a mené en 2024 une campagne de forage intensive totalisant près de 100.000 mètres dans son projet de Boumadine situé aux environs de Tinejdad.
Ces travaux ont permis d'estimer des ressources indiquées (deuxième niveau de confiance) à 5,2 millions de tonnes d'équivalent argent. Malgré ces résultats, l'entreprise prévoit de maintenir le même rythme de forage cette année afin d'évaluer les ressources économiquement exploitables, étape préalable à une décision finale d'investissement.
Les publications de désinformations ont touché également l'or, où des vidéos et des images de découvertes de gisements d'or circulent régulièrement, en raison de l'importance stratégique de l'or et de son rôle de réserve de valeur pour les banques centrales.
Malgré le fait que le Maroc dispose de plusieurs indices aurifères répartis sur l'ensemble du territoire, ces indices nécessitent des travaux d'exploration approfondis et des investissements conséquents pour atteindre une teneur économiquement exploitable, avec une grande probabilité de ne rien trouver.
Les indices aurifères de Tichka sont à confirmer
Concernant les indices aurifères de Tichka, point focal des désinformations dans les réseaux sociaux, les analyses menées par la société titulaire du permis de recherche indiquent des teneurs aurifères variant entre 0,88 g/t et 5,81 g/t.
Bien que ces teneurs suggèrent un potentiel important, il est prématuré de tirer des conclusions définitives. Une estimation précise des ressources minérales, renforcée par des forages serrés et d’autres techniques d’exploration, doit préalablement être réalisée avant d'envisager leur conversion en réserves exploitables. Ceci est d'autant plus vrai que l'exploration aurifère présente une complexité par rapport à d’autres minerais.
Pour rappel, la production aurifère marocaine provient actuellement d'une seule mine en activité, qui a produit seulement 104 kilogrammes d'or en 2023. Cette production contraste avec les déclarations parfois exagérées circulant sur les réseaux sociaux.
Ce que gagne le Maroc des investissements miniers
Le nombre d’entreprises minières exploitant le sous-sol marocain a augmenté récemment en raison des efforts engagés par les autorités marocaines dans la promotion de licences minières et dans leur veille à présenter un cadre d’investissement minier attrayant pour les entreprises minières.
Une question revient fréquemment : quel bénéfice concret le Maroc tire-t-il réellement de ces projets miniers, notamment lorsqu'ils impliquent des investisseurs étrangers ?
En réalité, le Maroc ne dispose pas, à lui seul, des moyens financiers suffisants pour prospecter l'intégralité de son territoire. Cette limitation l'oblige à une double stratégie : attirer des investisseurs spécialisés pour évaluer son potentiel minier et s'appuyer sur les technologies et expertises étrangères.
Grâce à cette collaboration, le pays peut exploiter des ressources autrement inaccessibles, tout en créant des emplois qualifiés dans les régions minières, favorisant ainsi un développement rural durable.
Avant l’obtention de chaque permis de recherche ou de licence d’exploitation, l’État signe avec l’investisseur potentiel une convention qui précise les droits et obligations de l’investisseur, notamment en matière des travaux engagés, des investissements prévus, du respect de l’environnement et des normes de sécurité et de travail, des cautions…
En parallèle, l’exploitation minière présente plusieurs retombées socio-économiques sur la région d’exploitation. Premièrement, une taxe minière pour chaque tonne extraite est payée pour la commune et la région où se situe la mine, en plus de l'impôt sur le revenu et de l'impôt sur les sociétés.
Deuxièmement, la mine ne fonctionne pas seule : elle peut recruter des opérateurs localement (selon la coutume minière), en adaptant ses besoins aux profils disponibles.
Elle se trouve alors face à un choix : se restreindre à recruter des profils aux tâches ne requérant aucune expertise technique, ou investir dans la formation des opérateurs embauchés. Troisièmement, l’activité minière dynamise le commerce dans les villages environnants, une autre pièce de revers qui est souvent marginalisée.
Cependant, l’empreinte laissée par chaque mine diffère d’une entreprise à une autre en fonction de sa capacité, mais également de son engagement pour le développement socio-économique local.
Ce que promet la nouvelle réforme du code minier marocain
Une nouvelle réforme du code minier est dans le circuit législatif. Elle vise à modifier les dispositions de la loi 33-13 et les moderniser en instaurant un cadre plus favorable au développement socio-économique tout en renforçant la transparence et la gouvernance du secteur.
Parmi les principaux changements, la réforme accorde une place centrale à la valorisation des ressources humaines locales en imposant le recours prioritaire à une main-d'œuvre locale, à condition qu’elle soit qualifiée, en plus d'un dispositif renforcé de formation professionnelle continue.
Cette réforme comprend une mesure qui vise à renforcer les dispositifs de souveraineté industrielle, permettant ainsi à l'administration de dédier une portion de la production minière stratégique aux exigences des filières nationales prioritaires. Ceci est particulièrement pertinent dans le secteur des technologies vertes, y compris la production de batteries électriques pour laquelle le Maroc est en train d'établir un écosystème intégré dédié à cette industrie avancée.
Parallèlement, la nouvelle réforme prévoit l'introduction d'une carte professionnelle minière, délivrée par le ministère et qui permettra de formaliser les droits et obligations des travailleurs du secteur tout en élevant les standards de professionnalisation.
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