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AGRICULTURE

Congrès national des agrumes. Un virage scientifique stratégique pour la filière

Le 1ᵉʳ Congrès national des agrumes, organisé à Marrakech du mardi 13 au jeudi 15 mai, braque les projecteurs sur les difficultés rencontrées par la filière agrumicole, mais aussi sur les solutions scientifiques afin d’y remédier.

Congrès national des agrumes. Un virage scientifique stratégique pour la filière
(C) Dr. Rachid Bouharroud.
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Le 13 mai 2025 à 11h26 | Modifié 13 mai 2025 à 11h41

À l’instar de plusieurs filières, les vergers agrumicoles sont particulièrement éprouvés par la sécheresse et les conditions climatiques défavorables qu’a connues le pays lors des dernières années. Au point que la superficie agrumicole a perdu près de 40.000 hectares en dix ans pour s’établir actuellement à environ 90.000 hectares.

Dès lors, l’organisation du 1er congrès Congrès national des agrumes à Marrakech, du mardi 13 au jeudi 15 mai, tombe à point nommé. “Au départ, ce congrès devait être purement scientifique, mais le bureau de Maroc Citrus a voulu en faire une plateforme d’échange”, indique Kacem Bennani Smires.

Avec une expérience de 40 ans dans le secteur, le président de Maroc Citrus se félicite d’un programme riche. Et pour cause : “Nous vivons une période critique, marquée par la sécheresse qui a coûté cher : perte de superficies, producteurs contraints d’abandonner ou d’arracher leurs vergers”.

Pourtant, “le secteur des agrumes occupe une place de choix parmi les filières de production au Maroc. C’est une filière historique, qui reflète les transformations de notre économie agricole ainsi que les changements survenus à l’échelle internationale, notamment dans nos marchés traditionnels”, assure Redouane Arrach, secrétaire général du ministère de l’Agriculture.

“Les agrumes, ce n’est pas seulement des fruits et des jus”, reprend-il, “c’est 34 millions de journées de travail, entre 150.000 et 200.000 emplois, et un chiffre d’affaires de 10 milliards de dirhams, dont 5 milliards à l’exportation”. Mais pour ce responsable, tout n’est pas rose.

“Il faut rééquilibrer la filière, qui comptait autrefois trois temps en termes de production : les agrumes précoces, de mi-saison et de fin de saison. Aujourd’hui, le pic de production est concentré sur la période précoce, ce qui nuit à la diversité temporelle et pose des défis aux stations de conditionnement”, précise M. Arrach.

De plus, sur le plan du marché intérieur, la structuration reste insuffisante, avec une distribution qui demeure essentiellement traditionnelle. À l’export, “des efforts sont faits pour renforcer la compétitivité, face à de nouveaux concurrents qui ne sont pas historiquement des exportateurs d’agrumes mais qui menacent notre positionnement”, souligne ce dernier.

En outre, le secrétaire général du ministère de l’Agriculture regrette le manque de soutien de l’État à la filière. “Quand on analyse la structure du soutien public à la filière, on constate que le Maroc est l’un des pays du bassin méditerranéen qui accorde le moins d’aides. Il est donc impératif que l’État soutienne davantage ce secteur stratégique”, avoue-t-il.

À cela s’ajoute une problématique majeure, à savoir une superficie actuelle en baisse, “mais cela n’est pas forcément un problème. Si nous restons autour de 90.000 hectares avec une productivité renforcée, c’est jouable. Il faut toutefois accompagner les producteurs, car les contraintes sont nombreuses”.

“Actuellement, 60 % des exploitations dépassent les 30 à 40 hectares. Mais la structure par âge des vergers est préoccupante. Le rendement moyen, de 20 à 21 tonnes par hectare, reste trop faible. Il faudrait atteindre au moins 30 tonnes à l’hectare”. Mais pour cela, il faut s’assurer d’un approvisionnement en eau régulier. Ce qui est plus facile à dire qu’à faire.

Par exemple, dans le Gharb, une filière agrumicole en puissance, “on attendait 400 Mm³, mais là on en est uniquement à 40 Mm³ de dotation agricole. Donc il n’y a pas de visibilité au niveau de la question de l’eau. Les responsables de l’eau ne répondent pas à nos appels. On n’a pas de lâchers, on n’a pas d’autorisation de puits”, regrette Rachid Benali, président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (COMADER).

“À ce rythme, il n’y aura ni pommes de terre ni tomates l’année prochaine. Les agriculteurs cultivent de moins en moins de superficie. En même temps, il y a une grande pression sur l’agriculteur qui doit produire la quantité nécessaire à un prix raisonnable, mais avec des conditions climatiques défavorables”, souligne-t-il.

“Mais nous gardons espoir. Le Maroc s’inscrit aujourd’hui dans une dynamique positive grâce, entre autres, à la politique de dessalement”, affirme Kacem Bennani Smires, président de Maroc Citrus. À cela s’ajoutent des résultats encourageants en termes de recherche scientifique.

“La vision est commune avec le président de Maroc Citrus, avec lequel je dis qu’on réitère un engagement plus important, d’abord sur l’innovation génétique avec une diversification des variétés, des porte-greffes plus résistants et économes en eau, idem pour l’innovation technologique en eau et une lutte intégrée, et l’innovation en termes de transformation et de valorisation”, explique le Pr. Lamiae Ghaouti, directrice de l’Institut national de recherche agronomique (INRA).

“Le centre de Kénitra a déjà travaillé plusieurs décennies sur les agrumes et, aujourd’hui, il y a sur le marché des variétés. Nous avons la variété Chemsya en orange et Gharbaoui et Mahdya en mandarine qui sont actuellement transférées chez les pépiniéristes”, conclut-elle.

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