Quand l’aide disparaît, les droits reculent : les féministes face au désengagement international
EFFET TRUMP. Depuis la suppression brutale de l’aide américaine à l’étranger sous l’administration Trump, les associations féminines au Maroc se battent pour leur survie. Centres d’écoute fermés, projets humanitaires annulés, mobilisation en berne : l’impact est profond, disproportionné, et surtout durable.
Depuis la suppression brutale de l’aide américaine à l’étranger décidée par l’administration Trump, le paysage associatif et du militantisme au féminin au Maroc, et ailleurs, a été profondément bouleversé.
Loin d’un simple gel temporaire ou d’une suspension conditionnelle, cette décision s’est traduite par "une élimination totale de toute l’assistance à l’étranger du gouvernement américain", comme l’explique à Médias24 Stéphanie Bordat, militante féministe de longue date au sein de l’association MRA au Maroc et ex-avocate aux États-Unis. "Tous les contrats ont été annulés, tous les financements interrompus, sans mécanisme d’évaluation ni plan de remplacement", poursuit-elle.
Mais alors, comment fonctionnent ces associations qui bénéficiaient, il y a à peine quelques mois, des aides américaines pour faire avancer leurs projets ?
Un effet domino à l’international
"Cela dépend des cas", résume Stéphanie Bordat. "Certaines structures ont pu s’adapter, d’autres ont tout simplement disparu. Les petites associations ou coopératives qui venaient d’être créées ou qui n’avaient que cela comme source de financement ont vu leurs projets fermés, clôturés et éliminés". Elle cite notamment la fermeture de centres d’écoute pour femmes rurales dans la région de Marrakech-El Haouz, précisément là où les besoins sont les plus pressants.
"Pour les organisations mieux établies, dotées d’un financement plus diversifié, la perte du soutien américain a déclenché une course effrénée à la recherche de nouveaux bailleurs. Mais ces efforts se sont heurtés à une réalité financière intransigeante. Résultat : pas de nouveaux bailleurs de fonds venus combler le vide, parce que ce sont d'énormes sommes d’argent. Pire encore, cette politique a eu un effet domino à l’échelle internationale", explique Stéphanie Bordat.
Et d’ajouter : "Les agissements illégaux de l’administration Trump ont servi de modèle pour donner la permission à d’autres gouvernements de commencer à couper leurs budgets pour des aides à l’étranger aussi. C’est le cas pour les Pays-Bas, le Royaume-Uni et puis plusieurs pays européens qui ont suivi le mouvement".
Le tableau est sombre. Selon Stéphanie Bordat, ces associations "étaient déjà sous-financées, et maintenant, le résultat de tout cela, c’est des ressources encore amoindries. Mais aussi, encore plus de compétition entre les associations pour les fonds. Ce n’est pas comme cela qu’on aura un mouvement sain", déplore-t-elle.
À cette crise budgétaire s’ajoute un recul du féminisme dans l’espace public, constate Stéphanie Bordat, qui rappelle que le 8 mars dernier en est une triste illustration.
Un 8 mars passé sous silence
"Cela fait 25 ans qu’on travaille ici. Cette année (2025), c’est celle où on a vu le moins d’activités pour le 8 mars, voire presque rien. À l’époque de la refonte du Code de la famille, en 2000, une marche mondiale marquait le début d’une ère de mobilisation. Aujourd’hui, deux ou trois posts Facebook, un ftour, et pas grand-chose d’autre ont semblé suffire", regrette notre interlocutrice.
Pour Stéphanie Bordat, cette invisibilisation n’est pas anodine. "Elle découle d’un contexte politique où la remise en cause des droits des femmes devient non seulement permise, mais légitimée. L’administration Trump est complètement contre le droit des femmes, ouvertement. Et cela donne le même droit aux autres. Donc il y a un risque de régression".
"La suppression des aides a également un impact structurel profondément genré. Beaucoup de projets financés et relevant principalement de l’aide humanitaire étaient dans le cadre d’actions qui rentrent dans le domaine du travail de soin (care work). En annulant ces programmes, on a implicitement transféré ce travail sur les femmes, sans compensation. C’est considéré comme quelque chose que les femmes peuvent faire gratuitement", estime cette militante féministe.
Elle cite notamment la suppression des aides à la lutte contre le VIH-SIDA. Maintenant, il n’y a plus de projets, donc les femmes de la communauté ont le fardeau de remplir le vide. C’est un effet disproportionné du gel des aides américaines qui retombe sur les femmes et qui se traduit par une charge mentale, émotionnelle et économique accrue, dans un silence politique inquiétant".
Enfin, Stéphanie Bordat souligne un aspect souvent négligé : la légalité même de ces décisions. "Tout ce qu’ils sont en train de faire est illégal. C’est contraire à la Constitution et à la législation. Il y a des dossiers en cours devant les tribunaux, mais, en attendant, tout ceci envoie un message négatif en matière d’impunité et d’État de droit, qui est fondamental pour protéger le droit des femmes".
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