Hezbollah, camps de Tindouf, terrorisme : Samira Sitaïl démonte la propagande du polisario
VERBATIM. Dans un entretien le lundi 19 mai avec Alfred Mignot pour l'émission Africactu, l’ambassadrice du Maroc en France est revenue sur les grands enjeux de la politique étrangère marocaine, notamment la question du Sahara marocain, les suspicions de terrorisme à l’encontre du polisario et les projets de coopération régionale.
"Le polisario est une milice, malheureusement aux mains de l’Algérie, qui agit en marionnettiste depuis cinquante ans et a instrumentalisé cette milice", a rappelé la diplomate. Selon elle, ce groupe ne peut être considéré comme un mouvement indépendantiste, car "il n’en a pas les attributs".
Samira Sitaïl a dans ce sens évoqué des éléments qu’elle considère comme révélateurs de la véritable nature du polisario. "La présence de djihadistes originaires de ces régions dans les prisons syriennes indique en effet que cette milice, loin d’avoir les attributs d’un mouvement indépendantiste, est plutôt caractérisée par des critères la qualifiant de mouvement terroriste", a-t-elle souligné.
Elle a par ailleurs dénoncé une coopération présumée entre le polisario et des groupes classés comme terroristes. "Cette milice du polisario a d’ailleurs accepté que le Hezbollah entraîne des personnes dans les camps de Tindouf en Algérie, un fait que je ne saurais trop souligner", a-t-elle déclaré, insistant sur la gravité de cette allégation.
Cette milice, loin d’avoir les attributs d’un mouvement indépendantiste, est plutôt caractérisée par des critères la qualifiant de mouvement terroriste
Pour l’ambassadrice marocaine, ces faits viennent confirmer "la nature du polisario : une milice aux mains de l’Algérie, qui l’instrumentalise, et non un mouvement indépendantiste".
Évoquant l’implication internationale du Royaume, Samira Sitaïl a tenu à rappeler ses engagements concrets. "Plus que de la diplomatie, le Maroc est un acteur, comme en témoignent ses forces de maintien de la paix sur le continent africain ou les premières aides humanitaires acheminées par voie terrestre à Gaza, le Maroc ayant été le premier pays à le faire", a-t-elle déclaré.
"La cause palestinienne est une cause de l’humanité, pas spécifiquement marocaine ou française, mais une cause que l’humanité entière porte à bras-le-corps".
La question du Sahara marocain
Abordant la question du Sahara, Samira Sitaïl a rappelé la position constante du Royaume du Maroc et la portée de l’initiative d’autonomie proposée en 2007. "Cette proposition, soutenue par plus d'une centaine de pays, représente une avancée irréversible". Pour elle, la diversité et l’unité du peuple marocain autour de cette cause ne laissent aucune place au doute : "Quelle que soit l’issue des discussions, qu’elles soient onusiennes ou bilatérales, les Marocains, dans toute leur diversité – du sud au nord, toutes classes sociales et colorations politiques confondues – ne renonceront jamais à ce Sahara qui est marocain".
Soulignant que l’enjeu dépasse le cadre diplomatique pour embrasser celui de la stabilité régionale, l’objectif aujourd’hui est, selon elle, la recherche de la paix, de la pacification et de la sécurité régionales. Le Maroc, a-t-elle rappelé, considère que ce territoire, "pris pendant 92 ans par l’Espagne – avec le soutien de la France, les deux ex-puissances colonisatrices qui se le sont partagé – lui a été restitué". Il ne s’agit donc pas de la création d’un nouvel État, mais d’une restitution".
"La vérité sur l’appartenance de ce territoire ayant été établie", a poursuivi la diplomate, "la proposition d’autonomie de 2007 est une démarche pacificatrice".
Une situation humanitaire préoccupante dans les camps de Tindouf
La diplomate a également attiré l’attention sur la situation humanitaire des populations installées dans les camps de Tindouf, en territoire algérien. "La seconde motivation est la situation des dizaines de milliers de nos compatriotes dans ces camps", a-t-elle affirmé. "Le Maroc souhaite qu’ils puissent rapidement quitter ces camps où ils sont retenus, sans liberté de circulation, et sans jamais avoir été recensés".
Elle a tenu à rappeler que, selon le droit international, "pour bénéficier du statut de réfugié, la question de savoir où ils souhaitent aller devrait leur être posée, ce qui n’a jamais été fait". "Ils ne sont donc pas des réfugiés selon ces critères du droit international, qui ne sauraient être à géométrie variable", a-t-elle insisté. "Nous ne saurions laisser perdurer plus longtemps les conditions indignes de l’humain dans lesquelles nos compatriotes sont retenus", a martelé l’ambassadrice.
Les initiatives stratégiques du Maroc
Samira Sitaïl a par ailleurs mis en avant l'Initiative Atlantique portée par le Royaume. "L’Initiative Atlantique de Sa Majesté vise à désenclaver les pays du Sahel via des corridors logistiques aboutissant au Maroc", a-t-elle expliqué. Cette initiative, qui concerne 23 pays, a pour ambition de "dynamiser leurs exportations et importations, créant richesse et croissance", selon ses termes. "Grâce à un accès sécurisé à la façade atlantique, ces pays pourraient voir leurs exportations augmenter significativement, de 30% à 40%", a indiqué la diplomate.
Favoriser le développement et la fixation des populations est une ambition majeure du Maroc, pour ses partenaires et pour sa propre sécurité
Ce projet répond à une double finalité : "Améliorer les conditions de développement des populations de ces pays, souvent parmi les plus pauvres, et sécuriser la région face aux mouvements terroristes qui y circulent sans contrôle". Dans cette optique, "favoriser le développement et la fixation des populations est une ambition majeure du Maroc, pour ses partenaires et pour sa propre sécurité".
Samira Sitaïl a également évoqué un projet majeur en matière énergétique : le gazoduc Nigeria-Maroc. Conclu en 2016, ce projet, qui traverse 13 pays et pourrait être prolongé vers l’Europe, "est aujourd’hui au stade des montages financiers, bien au-delà de la simple vision".
En comparaison, elle a rappelé l’existence d’un autre projet de gazoduc porté par l’Algérie, datant des années 1970, impliquant également le Nigeria et le Niger. "Mais la dépréciation des relations entre l’Algérie et le Niger ces dernières années rend sa perspective incertaine".
"La démarche est totalement mue par une vision de développement partagé et appropriable par tous les pays du continent. Il ne s’agit pas d’aider, car l’Afrique ne demande pas à être aidée", a-t-elle affirmé. "Le Maroc propose, pour l’Afrique, par l’Afrique et avec ses partenaires africains, des partenariats destinés à améliorer le bien-être des populations et à projeter le continent vers l’avenir". Et d'ajouter : "Les choses se jouent aujourd’hui. L’Afrique, c’est maintenant".
Le Maroc, un pays profondément africain
Dans une réflexion sur l’identité et le rôle du Maroc sur la scène internationale, Samira Sitaïl a souligné la place unique que le Maroc occupe entre deux continents. "La proximité géographique et la situation du Maroc inspirent la métaphore d’un pays plongeant ses racines en Afrique et dont les feuillages s’épanouissent en Europe", explique-t-elle, reprenant de célèbres propos de feu le Roi Hassan II.
Pour l’ambassadrice, le Maroc est d’abord un pays africain et maghrébin. Cette réalité est solidement ancrée dans sa Constitution, qui "consacre cette diversité, cet ancrage et cette profondeur africaine, tout comme ses influences arabes, arabo-berbères, berbères, hassanies, sahariennes et hébraïques". Cette mosaïque culturelle, loin d’être une simple coexistence, constitue selon elle" la force du Maroc".
"Notre pays n’est pas africain seulement en paroles ; cela se concrétise au quotidien par des engagements", affirme-t-elle, en citant l'exemple des grandes entreprises marocaines présentes sur le continent, notamment dans des secteurs clés comme la banque, les télécommunications, l’immobilier, la gestion de l’eau ou encore la production d’engrais. Ces sociétés "de dimension continentale", investissent massivement "partout où des besoins sont exprimés", parfois même dans des zones où "de grandes entreprises européennes n’existent plus ou sont parties".
Les relations franco-marocaines
Après avoir souligné le positionnement africain fort du Maroc, Samira Sitaïl aborde également la dynamique renouvelée des relations entre le Maroc et la France. "Les relations franco-marocaines se sont récemment réchauffées", affirme-t-elle, évoquant une véritable "déclaration d’amour" qui se traduit désormais "par des avancées concrètes". Pour l’ambassadrice, cette renaissance diplomatique s’explique par une période de distance nécessaire : "Nous nous sommes tourné le dos pour mieux nous retrouver".
Aujourd’hui, selon elle, "la relation est basée sur la confiance, reconstruite à tous les niveaux grâce à de nombreux acteurs". Ce renouveau se manifeste notamment à travers le "partenariat d’exception rénové", officialisé lors de la visite du président Emmanuel Macron au Maroc fin octobre dernier. La lettre envoyée par le président français au Roi Mohammed VI le 30 juillet, qui "reconnaît la souveraineté marocaine sur ses provinces du Sud", marque un "moment clé" dans cette relation.
La visite d’État a également donné lieu à la signature de "42 accords touchant tous les domaines (transport, ferroviaire, dessalement, immigration)", dont "35 sont déjà bien avancés". L’ambassadrice évoque par ailleurs la prochaine réunion, à l’automne à Rabat, de la haute commission mixte, "une première depuis 2019", soulignant que "cela avance très vite et de manière très opérationnelle".
Au-delà des institutions, Samira Sitail insiste sur l’importance des "liens entre les peuples marocain et français", qui sont "fondamentaux". Elle rappelle la présence de "près de 2 millions de Marocains en France (immatriculés dans les consulats, beaucoup plus si l’on compte les binationaux)" ainsi que des "dizaines de milliers de Français au Maroc". Ces communautés, souligne-t-elle, sont "des sociétés civiles imbriquées" qui œuvrent "quotidiennement à renforcer les liens de fraternité et d’amitié, à lever les malentendus et à se projeter ensemble vers l’avenir". "Cela nous permet de consolider chaque jour davantage nos relations", conclut-elle.
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