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ECONOMIE

Aïd al-Adha sans sacrifice : interdiction ou encadrement strict ?

Cette année, Aïd al-Adha se déroulera exceptionnellement sans sacrifice, en raison de la dégradation significative du cheptel national. L'appel du Roi à s'abstenir du sacrifice vise notamment à préserver les brebis reproductrices, indispensables à l’avenir du secteur. Détails.

Aid al-Adha coincide cette année avec l'appel royal à l'abstention du sacrifice. L'abattage sera-t-il interdit ou simplement encadré?
Aid al-Adha
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Le 27 mai 2025 à 17h15 | Modifié 27 mai 2025 à 18h43

Dans un souk rural de bétail, un agent de l'autorité s'adresse à la population par mégaphone, sur un ton destiné à sensibiliser : "Abstenez-vous du sacrifice ; l'abstention est nécessaire pour le cheptel et pour les prochaines années ; vous savez que les prix risquent de monter et que beaucoup de familles n'ont pas les moyens de suivre..." Cette scène et d'autres du même genre sont relayées sur les réseaux sociaux.

Outre cette sensibilisation sur les lieux de vente, il n'y aura pas d'interdiction d'abattage, car le Roi a été clair. Il a lancé un appel, pas une interdiction. Il y aura donc simplement un encadrement strict des pratiques entourant le sacrifice traditionnel : par exemple, la vente de foin ou de bétail dans des garages non autorisés, voire au coin de la rue...

Une nécessité économique vitale

Car cette année, l’Aïd devra se dérouler sans sacrifice. Il s’agit d’un impératif économique, dicté par la situation préoccupante du cheptel national, en déclin continu depuis 2016. Sans l'appel royal à s'abstenir du sacrifice, les brebis reproductrices, en particulier, auraient été massivement abattues pour répondre à la demande.

Sur les réseaux sociaux, l'on assiste à de nombreuses dérives, plusieurs personnes tentant de contourner l’appel royal à l’abstention du sacrifice. À quelques jours de cette fête, nombreux sont ceux qui se précipitent pour acheter un mouton à un prix encore accessible. Certains envisagent même d’abattre leur mouton avant ou après l’Aïd. Mauvais calcul, car les dégâts sur le cheptel sont les mêmes.

D'autres optent plutôt pour l’achat des abats, notamment le foie, les tripes, ou encore la douara. La demande pour cette dernière connaît d’ailleurs une nette hausse, encourageant, indirectement, une multiplication des abattages.

Or, il ne faut pas perdre de vue que la décision royale n’est pas d’ordre religieux. Elle repose essentiellement sur une réalité économique préoccupante, avec pour objectif prioritaire la préservation du cheptel national, et particulièrement les brebis. Procéder à l'abattage, c'est contribuer à aggraver la situation du cheptel ou à freiner sa reconstitution.

38% du cheptel perdus depuis 2016, et flambée des prix de la viande rouge

La crise du Covid-19, suivie de plusieurs années de sécheresse, a fortement impacté le cheptel national, en particulier les ovins, dont les effectifs ont chuté de 38% par rapport à 2016.

Le cheptel a donc connu un déclin alarmant enclenché par la pandémie, rendant sa reconstitution difficile depuis cette date. Dans les années normales, 230.000 têtes étaient abattues par an, contre 130.000 têtes actuellement.

Pire encore, le nombre de femelles reproductrices a chuté à 8,7 millions de têtes en 2024, contre 11 millions en 2016, mettant en péril le renouvellement des effectifs.

Combinée à l’inflation, la raréfaction du bétail a fait grimper les prix de la viande rouge à des niveaux très élevés, rendant le sacrifice difficilement accessible pour de nombreux ménages.

Selon nos informations, poursuivre l'abattage cette année risque d’accentuer la pénurie du bétail, avec des conséquences sur les prix de la viande, qui pourraient atteindre jusqu’à 200 DH/kg. Une telle flambée aurait des répercussions majeures sur le pouvoir d’achat et aggraverait la situation des petits éleveurs, endettés et déjà fortement affectés par la situation actuelle. S'abstenir est donc vital pour reconstituer le cheptel et revenir à un équilibre du marché de la viande rouge.

L'abstention du sacrifice devrait préserver 5 millions de têtes

Il faut savoir qu'en temps normal, les abattoirs contrôlés par les services sanitaires du ministère de l’Agriculture traitent environ 3,5 millions de têtes d’ovins et de caprins par an. En parallèle, près d’un million de bêtes sont abattues en dehors des circuits officiels lors d’événements tels que les baptêmes, le retour du Hajj, les mariages et autres célébrations.

Cependant, la période de Aïd al-Adha constitue un pic de consommation exceptionnel, avec une demande minimale estimée entre 5,5 et 6 millions de têtes. En additionnant cette demande aux besoins annuels habituels, ce sont près de 10 millions de têtes qui auraient été nécessaires pour satisfaire la demande nationale.

Or le cheptel actuel est loin de pouvoir répondre à une telle demande. Pour l’Aïd de cette année, seuls 3 millions de têtes étaient éligibles à l’abattage.

Si la demande devait être satisfaite à tout prix, les autorités chargées du secteur de l’agriculture auraient été contraintes d’abattre des femelles, essentielles à la reproduction et à l’accroissement du cheptel.

L’appel du Roi devrait ainsi permettre de préserver 5 millions de têtes, offrant une marge de manœuvre aux éleveurs pour reconstituer plus vite leurs troupeaux et s'extirper de ce cercle vicieux.

L'interdiction d'abattage des brebis identifiées pour reconstituer le cheptel

Pour permettre une reconstitution du cheptel dans de bonnes conditions, un nouveau programme a d'ailleurs été élaboré par le ministère de l’Agriculture, dont la mise en œuvre a été rendue possible grâce à l’amélioration des conditions climatiques. Ce programme viendra remplacer le dispositif de sauvegarde mis en place jusqu’à présent.

Présenté récemment par le ministre de l’Agriculture, ce programme, lancé sur instructions royales, s’articule autour de cinq axes majeurs, avec un budget global de 3 milliards de DH d’ici la fin de l'année. Il comprend plusieurs mesures d’allégement de dettes, une campagne de vaccination et des aides directes aux éleveurs.

Par ailleurs, 3,2 MMDH sont prévus en 2026 au profit des éleveurs inscrits dans la campagne de préservation des femelles reproductrices. Le ministère a ainsi interdit l’abattage des femelles ovines identifiées à des fins de reproduction jusqu’à mai 2026, afin d’en préserver plus de 8 millions d’ici là.

Pas d'interdiction formelle du sacrifice, mais un encadrement strict

Selon nos informations, si aucune interdiction formelle ne sera imposée aux citoyens, les pratiques habituelles accompagnant l’Aïd, et qui étaient tolérées, seront encadrées cette année.

Certaines pratiques, telles que la vente de foin ou de charbon au coin des rues, la vente de bétail dans des garages à l’intérieur de la ville ou encore le "choua" des têtes de moutons sur les trottoirs, ne seront pas tolérées, afin de maintenir l’ordre public et de faire respecter l’esprit de l’appel royal, lequel, rappelons-le, est loin de toute considération religieuse.

Cette décision repose sur une réalité économique nationale qui impose de repenser temporairement les modalités de cette célébration.

Ce qu'il faut donc retenir :

- Le Roi a appelé à s'abstenir du sacrifice cette année.

- L'appel royal a été lancé en raison de la situation du cheptel. C'est donc pour des raisons économiques et sociales.

- Nous ne constatons pas d'interdiction de l'abattage, mais de la sensibilisation et, selon nos sources, il est prévu une stricte application de la loi concernant les différentes pratiques informelles liées au sacrifice.

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Tags : Aid Al Adha
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Le 27 mai 2025 à 17h15

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