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ECONOMIE

Le secteur informel hors agriculture représente 9,5% du PIB en 2023-2024

ENQUÊTE HCP. Dix ans après sa dernière édition, l’enquête du haut-commissariat au Plan dresse un nouveau bilan du secteur informel au Maroc en 2023. Plus de deux millions d’unités y opèrent en marge du cadre formel, générant plus de 138 MMDH de valeur ajoutée, et ce, hors agriculture. Cependant, ces chiffres masquent une forte précarité et des conditions d’exercice difficiles. Détails.

Un ouvrier du BTP, un secteur où l’emploi informel demeure largement prédominant
Ouvrier BTP
Par
Le 28 mai 2025 à 18h18 | Modifié 29 mai 2025 à 15h21

Mohamed* n’avait jamais rêvé de devenir son propre patron. Pourtant, chaque matin avant l’aube, c’est lui qui réveille ses quatre compagnons de chantier sur un terrain vague à la périphérie de Aïn Harrouda. Avec un vieux téléphone dans une poche élimée et une boîte à outils dans l’autre, il organise la journée comme un contremaître… mais sans contrat, ni bulletin de paie, ni aucune protection sociale.

Ancien boiseur licencié en 2020 lors d’un plan de compression, il a glissé, comme tant d’autres, dans ce que les économistes désignent comme l’économie informelle, un monde fait de débrouille, de réseaux de proximité et d’emplois sans visibilité.

Mohamed fait partie des chefs des 2,03 millions d’unités de production informelles (UPI) recensées en 2023 par le HCP hors agriculture.

Une majorité silencieuse, invisible aux yeux de l’administration fiscale, mais bien présente dans les chiffres de l’enquête nationale. Plus de 85% de ces unités sont composées d’un seul individu. Mohamed, bien qu’il emploie occasionnellement quatre ouvriers, reste informel : il n’est ni inscrit à la taxe professionnelle, ni affilié à la CNSS, ni même enregistré comme auto-entrepreneur.

Halima, le commerce informel au féminin

Halima* incarne un autre visage de l’informel. Plus discret, plus domestique. Depuis Midelt, elle prend régulièrement le car pour se rendre à Casablanca, où elle achète des vêtements féminins (caftans, tuniques, ensembles de prêt-à-porter, etc.) dans les marchés populaires ou les dépôts informels.

De retour chez elle, elle les revend à la pièce dans son quartier ou à travers des groupes WhatsApp. Elle n’a ni registre de commerce, ni compte bancaire dédié à cette activité. Pourtant, mois après mois, ce commerce de va-et-vient lui permet de générer un revenu modeste mais régulier, suffisant pour nourrir et habiller ses deux enfants.

Comme toutes les femmes à la tête d’unités informelles, Halima n’a pas choisi cette voie par goût du commerce, mais par nécessité. Dans les zones reculées comme Midelt, l’absence d’opportunités formelles, combinée à des charges familiales constantes, incite de nombreuses femmes à activer des circuits parallèles.

L’enquête du HCP rappelle que les femmes ne représentent que 7,6% des dirigeantes d’UPI, une proportion en baisse par rapport à 2014.

Analyse sectorielle de l’économie informelle

Selon les résultats de l’enquête, le secteur informel compte en 2023, environ 2,03 millions d’UPI, contre 1,68 million en 2014. Cette dynamique de croissance est principalement localisée en milieu urbain, qui abrite près de 77,3% des UPI, avec une concentration marquée dans la région Casablanca-Settat qui en regroupe à elle seule près du quart.85,5% des unités informelles ne comptent qu’un seul travailleur, généralement leur fondateurLe commerce reste l’activité dominante avec 47% des UPI, même si sa part s’est légèrement érodée au profit des services, en expansion, qui représentent 28,3%, et du secteur du BTP, désormais à 11,6%.

Une caractéristique saillante de cette économie est la précarité de son ancrage spatial. En effet, plus de la moitié des UPI (55,3%) opèrent sans local professionnel fixe, souvent en raison de contraintes financières ou du fait que leur activité implique des déplacements constants. Le BTP illustre cette réalité, avec 90,2% des UPI opérant sans point d’ancrage formel, souvent directement chez les clients.

Lorsqu’un local est disponible, l’accès aux infrastructures de base demeure très contrasté : bien que 94% des UPI ayant un local disposent de l’électricité, seuls 46% ont accès à l’eau potable, 43% à un système d’assainissement et 41% à Internet. Cette hétérogénéité d’accès traduit des écarts de productivité et de potentiel de croissance entre les différentes strates du secteur.

Le secteur informel hors agriculture représente 9,5% du PIB en 2023-2024Par ailleurs, en 2023, la production du secteur informel reste dominée par le commerce, qui en représente 30%, en baisse par rapport à 2014 (34,7%). Les services gagnent du terrain avec 24% de la production, contre 18,6% auparavant, portés par le transport et la restauration. Le BTP reste stable autour de 18,4%, grâce aux travaux de finition. L’industrie recule légèrement à 27,7%, avec un glissement interne : l’agroalimentaire progresse fortement, tandis que le textile perd du poids.

Secteur informel : poids en emploi et en valeur ajoutée

En 2023, le secteur informel – hors agriculture – emploie 2,53 millions de personnes, soit 157.000 de plus qu’en 2014. Il représente 33,1% de l’emploi non agricole total. Il convient de souligner que les résultats de l’enquête indiquent que l’emploi informel diminue dans l’industrie et les services, mais progresse dans le commerce et surtout dans le BTP.

Concernant la valeur ajoutée générée par le secteur informel en 2023, elle est estimée à 138,97 MMDH, contre 103,34 MMDH en 2014, ce qui représente une croissance annuelle moyenne de 3,06%. En 2023, le secteur informel représente 9,5% du PIB total et 13,6% du PIB hors agriculture et administration publiqueIl convient de rappeler que le calcul du poids du secteur informel dans le PIB s’effectue à partir du PIB nominal (en valeur courante), et non à prix constants ou en volume chaîné.

En 2023, le PIB nominal du Maroc s’est établi à 1.463 MMDH. Rapportée à ce total, la valeur ajoutée générée par le secteur informel non agricole et hors administration publique, estimée à 138,97 MMDH, représente environ 9,5% du PIB total.

Poids informel dans PIB total (%) = (138,97 / 1.463) × 100 ≈ 9,5%.

Par ailleurs, la répartition sectorielle de la valeur ajoutée reflète la prédominance du commerce, qui concentre 38,9% du total, devant les services (25,6%), l’industrie (20,8%) et le BTP (14,8%).

La productivité moyenne par actif reste faible mais hétérogène : elle est estimée à 54.930 DH, avec des pics à 75.707 DH dans l’industrie et 66.199 DH dans le BTP, contre 48.368 DH dans le commerce et 48.727 DH dans les services.

Il convient de signaler un fait marquant qui ressort des données du HCP : les liens entre secteur formel et informel s’intensifient. Les approvisionnements informels issus du secteur formel sont passés de 18,2% à 33,7%, tandis que les ventes vers le formel ont été multipliées par près de cinq.

Le secteur informel hors agriculture représente 9,5% du PIB en 2023-2024

-oOo-

Il est à noter que l’enquête a été menée sur un échantillon représentatif de 12.391 unités, couvrant l’ensemble du territoire national et intégrant les variations saisonnières sur une année complète.

Toutefois, il faut rappeler que cette enquête présente aussi des limites importantes. Elle exclut volontairement l’administration publique, dont l’activité est presque entièrement formelle et comptabilisée. Elle ne couvre pas non plus le secteur agricole, dominé par la petite production familiale et majoritairement informelle. De même, l’économie souterraine (trafic de drogue, contrebande, prostitution, etc.) échappe par nature à ce type d’enquête.

* Mohamed et Halima sont des personnages fictifs. À travers eux, nous donnons vie aux chiffres de cette enquête. Car derrière chaque donnée, il y a des visages, et ils sont nombreux à leur ressembler.

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Le 28 mai 2025 à 18h18

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