Sahara. Une évolution de la position de Cuba et du Venezuela est possible (Nabil Benabdallah)
ENTRETIEN. En début de la semaine écoulée, Nabil Benabdallah, secrétaire général du PPS, est rentré d'une tournée à Cuba et au Venezuela; deux pays hostiles à la cause nationale. Il y a rencontré les responsables de plusieurs partis pour évoquer les relations entre ces deux pays et le Maroc. La question du Sahara a été au centre de ces échanges. En exclusivité, il explique à Médias24 les dessous de ce périple.
La diplomatie partisane vient en complément de celle officielle. Riche de plusieurs décennies de multipartisme, le Maroc peut et doit compter sur ses formations politiques pour défendre ses intérêts à l'international. Dans le champ politique national, la majorité des partis sont affiliés, selon leurs affinités, à des organisations internationales ou bien ont des liens avec des partis à l'étranger. Le Parti du progrès et du socialisme (PPS, opposition) a cela de particulier qu'il garde de bonnes entrées auprès de partis extrêmement hostiles au Maroc, notamment en Amérique latine.
Les héritiers de Ali Yata et Abdellah El Ayachi travaillent à inverser cette tendance. Comme nous l'écrivions dans un précédent article, quand Nabil Benabdallah se déplace à La Havane, ce n'est pas pour déguster un cigare avec les orphelins de Fidel Castro.
Accompagné de son camarade à la direction, Saïd Bekkali, il revient d'un périple à Cuba et au Venezuela où ils ont été reçus par les partis qui comptent dans ces pays. Nabil Benabdallah nous en dit plus dans cet entretien.
Lors de la prochaine session des Nations unies, notamment de l'Assemblée générale et du Conseil de sécurité, il devrait y avoir des développements majeurs
Médias24 : Quelle appréciation faites-vous de la récente position du Royaume-Uni sur la question du Sahara ?
Nabil Benabdallah : La récente position du Royaume-Uni sur la question du Sahara vient confirmer la tendance générale de la reconnaissance de la marocanité du Sahara par un certain nombre de pays européens, mais aussi d'autres continents... des pays importants dont les États-Unis, la France et l'Espagne.
Ces pays mettent en avant soit la marocanité du Sahara, soit la solution d'autonomie comme étant la seule solution viable par rapport à cette question.
Cette reconnaissance du Royaume-Uni vient confirmer cette tendance et consacrer encore plus le fait que le Maroc inscrit désormais la question de l'unité territoriale dans une perspective de règlement définitif.
Nous pensons que lors de la prochaine session des Nations unies, notamment de l'Assemblée générale et du Conseil de sécurité, il devrait y avoir des développements majeurs, malgré les tentatives désespérées des adversaires de notre intégrité territoriale de faire passer des résolutions ; notamment cette dernière tentative qui tendait à considérer que le conflit concerne deux parties, alors que les Nations unies, depuis belle lurette, considèrent que ce conflit concerne quatre parties principales, à savoir le Maroc, l'Algérie, la Mauritanie et le polisario.
Je pense que cela est extrêmement important. Ce qui est également important dans cette affaire, c'est que la Grande-Bretagne accompagne sa reconnaissance d'une déclaration claire concernant le fait que les accords commerciaux, économiques et financiers et les accords d'investissement concernent également le territoire marocain récupéré dans son Sud, à savoir les trois régions du Sahara marocain.
— Vous revenez d'un périple en Amérique latine qui vous a menés à Cuba et au Venezuela. Quel était l'objectif de cette tournée ?
— Oui, effectivement, nous revenons avec Saïd Bekkali, membre du bureau politique et chargé des relations extérieures d'un long périple au Venezuela et à Cuba.
L'objectif de ces deux visites s'inscrit dans le cadre d'abord de tout le travail préparatoire que nous avons effectué avec les représentations diplomatiques de ces deux pays au Maroc, puisque aussi bien le Venezuela que Cuba ont une ambassade et des ambassadeurs dans le Royaume.
Nous avons longtemps travaillé sur cette question pour pouvoir contribuer en tant que parti à donner une impulsion nouvelle, notamment, aux relations avec Cuba.
Pourquoi ? Parce qu'avec Cuba, nous n'avons de relations diplomatiques que depuis 2017. Tandis qu'avec le Venezuela, ces relations diplomatiques existaient même du temps du régime qui a précédé le régime actuel dirigé par le Parti socialiste unifié du Venezuela, avec à sa tête le président Nicolas Maduro.
Nous avons donc voulu exprimer clairement une position de soutien à ces deux pays par rapport aux mesures de sanction qui concernent le Venezuela, qui ont un impact relativement important sur ce pays, mais surtout sur notre position de principe que nous exprimons depuis des dizaines d'années, à savoir le refus du blocus imposé de manière injuste et inique au peuple cubain.
J'ai déjà eu l'occasion de me rendre à Cuba il y a quelques années à deux reprises, et c'est la troisième fois que j'y vais. Je peux vous dire que les impacts de ce blocus imposé par les États-Unis d'Amérique sont absolument catastrophiques pour le peuple cubain à différents niveaux.
En second lieu, nous avons voulu aussi partager avec ces deux pays les analyses sur la situation internationale compliquée marquée par le conflit palestinien et la nécessité de dénoncer aujourd'hui fortement la guerre imposée par le régime sioniste à la Palestine, et en particulier une guerre dont le peuple palestinien subit les pires atrocités. Une guerre qui s'inscrit dans une volonté de génocide, d'épuration ethnique, de crime de guerre, tels que définis par les tribunaux internationaux à ce niveau.
Nous avons enfin voulu partager avec les dirigeants du Venezuela, mais également du Parti communiste de Cuba, les développements que connaît la question de notre intégrité territoriale, et le fait qu'aujourd'hui cette question est en train d'aboutir à un règlement définitif.
Il s'agit pour ces deux pays de s'inscrire dans cette dynamique nouvelle et de comprendre qu'il y a lieu de tenir compte de ces réalités nouvelles marquées, comme on l'a dit plus haut, par des reconnaissances en chaîne d'un certain nombre de pays, dont des pays importants auxquels vient de s'ajouter le Royaume-Uni.
Il est possible d'arriver à une évolution dans la position de Cuba et du Venezuela sur la question du Sahara
Cela a été très utile à différents niveaux puisque nous avons pu sortir avec des résultats (...) avec le Parti socialiste unifié du Venezuela, mais également avec le Parti vert qui est membre de la coalition au Venezuela, et avec le Parti communiste cubain.
Nous avons la volonté d'établir des mémorandums d'entente et de renforcer les relations entre notre parti et les leurs. Il est surtout question d'agir ensemble pour développer encore plus les relations entre notre pays et le Venezuela, d'une part, et Cuba, d'autre part.
Cette volonté a été clairement et fortement exprimée par nos interlocuteurs à ce niveau.
— Ces deux pays sont considérés comme de grands soutiens traditionnels des séparatistes. Pourrait-on espérer un changement de leur position concernant le Sahara à l'image d'autres nombreux pays récemment ?
— Oui, je pense qu'il y a lieu de considérer qu'il est possible d'arriver à une évolution dans la position de ces deux pays. Cette évolution, nous l'avons sentie dans la discussion. Ces deux pays souhaitent fortement développer des relations avec le Maroc et considèrent que c'est possible en inscrivant dans le temps la question du Sahara et une position nouvelle de leur part, en permettant que notre pays et les leurs avancent résolument dans une coopération économique à différents niveaux.
Nous avons senti cela, et je pense que nous continuerons de faire des efforts dans le cadre de l'engagement qui a été pris.
— Nous voulions évoquer avec vous l'exemple de la Colombie où l'institution législative est diamétralement opposée au chef de l'État sur la question du Sahara. Quelle lecture en faites-vous ?
— Vous savez, dans le continent latino-américain, il y a eu pendant des dizaines d'années une action soutenue – facilitée probablement par la question de la langue – de la part des séparatistes et du polisario, avec l'appui de l'Algérie. Sur ces dizaines d'années, cela a laissé beaucoup de traces à différents niveaux de la société politique, des institutions élues, des partis politiques dans ces différents pays, Colombie comprise.
Nous avons pu faire évoluer les positions d'un certain nombre de partis et de pays. Il faut continuer dans ce sens. C'est une action de longue haleine
Donc, il n'est pas étonnant qu'il y ait encore des survivances dans ce continent d'une certaine sympathie, parce qu'il aurait fallu mener une action beaucoup plus soutenue de pédagogie. Cela a été fait à différentes périodes.
Nous avons aussi essayé de notre côté au PPS, mais les conditions ne permettaient pas à l'époque de faire évoluer les positions d'un certain nombre de pays, notamment des partis de gauche qui, à l'unisson dans tous les pays d'Amérique latine, étaient dans une perspective de soutien à un soi-disant processus d'autodétermination d'un soi-disant peuple.
Nous avons pu faire évoluer les positions d'un certain nombre de partis et de pays. Il faut continuer dans ce sens. C'est une action de longue haleine. Aujourd'hui, le Maroc dispose de représentations diplomatiques dans la majorité des pays d'Amérique latine, voire dans tous les pays d'Amérique latine.
Il faut également que l'action diplomatique officielle, renforcée par les succès et les acquis du Maroc en la matière, outre la diplomatie partisane et la diplomatie parlementaire, fasse évoluer encore plus les positions de ces pays.
Comme je vous le disais dans ma première réponse, ce qui risque de se passer d'ici la fin de cette année va certainement avoir une influence majeure sur les positions de ces pays qui hésitent encore dans leur position à l'égard de la justesse de la cause de notre peuple et de notre pays sur la marocanité du Sahara.
Un certain nombre d'indices permettent de penser que des évolutions majeures devraient être inscrites dans le calendrier par rapport à notre question nationale
Nous devons pour notre part poursuivre notre effort à tous les niveaux, aussi bien au niveau officiel qu'aux autres niveaux que j'ai cités.
— Envisagez-vous d'autres initiatives de ce genre auprès d'autres pays ?
— Oui, bien sûr, nous envisageons d'autres initiatives, nous n'arrêtons pas.
Le fait que nous ayons visité le Venezuela et Cuba, cela a, semble-t-il, attiré l'attention de plusieurs organes de presse, cela a pas mal circulé dans les réseaux, parce que, probablement, il s'agit du Venezuela et de Cuba. Mais il y a trois, quatre semaines de cela, nous avons organisé une grande rencontre internationale à Tanger, dans laquelle il y avait des représentants de plus de vingt pays. Et plusieurs partis politiques ont participé, des acteurs associatifs de différents pays d'Europe, d'Afrique, d'Amérique latine, d'Asie, et cela a permis de mieux exposer notre position sur le Sahara par exemple.
— Nombre d'analystes estiment que la question du Sahara sera tranchée de manière définitive en 2025 ou en 2026. Qu'en pensez-vous en tant que chef de parti et en tant qu'ancien responsable gouvernemental ?
— Oui, oui, il y a un certain nombre d'indices qui permettent de penser que des évolutions majeures devraient être inscrites dans le calendrier par rapport à notre question nationale.
Cette évolution devrait principalement concerner, je pense – en tout cas c'est mon espoir –, le fait d'inscrire la solution d'autonomie comme étant la seule initiative possible par rapport au règlement définitif de cette question.
Si l'Organisation des Nations unies adopte une résolution qui va dans ce sens, nous pourrons considérer à ce moment-là que l'essentiel a été fait et qu'il n'y aura plus qu'à passer à l'étape de mise en œuvre ; ce qui n'empêchera probablement pas quelques résistances de dernière minute de la part de nos adversaires.
Mais je pense qu'il faudra qu'on continue de manière résolue jusqu'à la consécration définitive de la souveraineté de notre pays, de notre peuple sur nos territoires du Sahara.
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