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ECONOMIE

Mine d’étain d’Achemmach : feu vert au chinois Xingye pour le rachat de plus de 90% des actions d’Atlantic Tin

Le groupe minier chinois Xingye a obtenu le feu vert pour le rachat de plus de 90% des actions de la compagnie Atlantic Tin qui développe le projet de la mine d'étain d'Achemach, située dans la province de Khémisset.

ici mine d'étain d'achemmach développé par Atlantic Tin
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Le 13 juin 2025 à 18h45 | Modifié 13 juin 2025 à 22h05

Dans un communiqué publié le 12 juin 2025, la compagnie australienne Atlantic Tin a fait savoir que Xingye avait obtenu des autorisations correspondant à plus de 90% des actions, seuil minimal à remplir pour la conclusion de l’offre de rachat d'Atlantic Tin.

Cette acceptation massive intervient après la recommandation émise par Atlantic Tin le 1er mai 2025 à ses actionnaires pour accepter l'offre publique d'achat de Xingye, proposant un rachat intégral des actions à 0,24 dollar australien par titre, soit une prime de 20% par rapport au cours de la dernière levée de fonds de septembre 2024.

À la conclusion de cette offre, le projet d’exploitation de la mine d'étain d'Achemmach sera repris par le groupe chinois Xingye, spécialisé dans l'extraction d'argent et d'étain en Chine, ce qui constituera ainsi le premier projet international de ce groupe minier.

Un délai supplémentaire pour la conclusion finale de l’offre

À une semaine de la fin de la période initiale de l’offre de rachat, l’offre chinoise a obtenu l’accord de 91.997% d’actions.

En vertu du contrat avec Atlantic Tin, Xingye doit encore remplir d’autres conditions, dont principalement l’obtention d'autorisations réglementaires chinoises, qui n’a pas pu encore être scellée (Commission nationale du développement et de la réforme, ministère du Commerce de la République populaire de Chine, administration chargée des changes).

Afin de satisfaire les conditions requises, Xingye a désormais activé l’option de prolongement du délai de l’offre jusqu’au 18 juillet 2025 au lieu du 21 juin prévu initialement.

L'absence d'une vision claire pour le développement du projet minier de la part de la direction d'Atlantic Tin, conjuguée à l'approbation de l'offre par le fonds d'investissement Pala (détenteur de 71,39% du capital social émis), rend le rachat de 100% des actions imminent, sous réserve des autorisations étatiques chinoises.

Mine d’étain d’Achemmach : feu vert au chinois Xingye pour le rachat de plus de 90% des actions d’Atlantic Tin
Les principaux actionnaires d'Atlantic, ainsi que ses principaux actifs miniers.

L’importance stratégique de l’étain pour la souveraineté industrielle du Maroc

L'étain s'impose comme un métal clé pour les industries du futur, avec une demande en forte croissance dans les secteurs technologiques et énergétiques. Il est ainsi classé parmi les minerais critiques en raison de son implication directe dans de nombreux secteurs industriels (énergies renouvelables, électronique, véhicules électriques…).

Dominé par deux pays asiatiques, le marché mondial reste très concentré : la Chine et l'Indonésie assurent à eux seuls la moitié de la production globale. Particulièrement volatil, le cours de ce métal stratégique fluctue autour de 30.000 dollars la tonne, reflétant à la fois sa sensibilité aux tensions géopolitiques et son importance croissante dans la transition énergétique.

Dans le cas des batteries lithium-ion, l'étain progresse significativement comme composant améliorant les performances des anodes, des électrolytes, ainsi que pour certaines technologies de fabrication de semi-conducteurs.

En plus de ces applications, la demande en étain devrait augmenter plus que prévu en raison de l’expansion imminente de la couverture 5G. Celle-ci requiert une quantité importante de soudure à base d'étain, car les stations de base 5G nécessitent 40% de circuits imprimés de plus que leurs homologues 4G.

 

Le potentiel minier de l’étain au Maroc

Le Maroc dispose d'un important potentiel en étain, principalement concentré dans le Maroc central, plus précisément dans les régions d'Oulmès et de Khémisset.

Près d'Oulmès, le gisement d'Aklay présente des dépôts alluvionnaires dont les ressources ont été estimées à 1.602.480 m³, avec une teneur moyenne de 330 g/m³ d’oxyde d’étain et un seuil de rentabilité de 100 g/m³.

Le gisement de Karit, exploité entre 1934 et 1974, a fait l'objet d'études par l'ONHYM qui ont révélé que la seule localité Hirondelle I contenait 622.750 t de minerai titrant 0,6% d'étain.

À ce jour, la plus grande mine du Maroc reste cependant celle d'Achemmach, considérée comme le principal gisement d'étain du pays avec des ressources estimées à 39,1 Mt à 0,55% d'étain, soit 213.300 t d'étain métal exploitables en souterrain.

En complément de ces ressources, le site de Djebel El Hammam, anciennement exploité par Samine pour la fluorine, présente, selon Atlantic Tin, un potentiel d'exploitation à ciel ouvert qui s'avérerait économiquement plus avantageux qu'Achemmach en termes de coûts d'exploitation.

Ce que nous apprend l’expérience d’Achemmach

Les attentes étaient grandes concernant le démarrage de la mine d'étain au plus tard en 2026, laquelle était prête à offrir d'importantes opportunités de développement socio-économique pour la région et à fournir un minerai stratégique pour les industries de pointe que le Maroc ambitionne de développer dans les années à venir.

L'incapacité d'Atlantic Tin à ouvrir la mine d'Achemmach est une question que nous avions déjà soulevée il y a presque un an. En effet, aucun développement significatif n'avait été constaté depuis 2011, date de l'entrée de Kasbah Resources (l'ancienne appellation d'Atlantic Tin), à part des actualisations sporadiques des ressources ou des levées de fonds qui espéraient relancer le projet.

Selon Atlantic Tin, le coût d'exploitation de l’étain dans la mine souterraine d'Achemmach avoisinait les 10.000 dollars par tonne, alors que le cours actuel du métal tourne autour de 30.000 dollars la tonne, ce qui représentait une marge bénéficiaire intéressante.

Après l'acquisition de la Samine, une filiale de Managem qui exploitait la fluorine dans la mine d'El Hammam avant son extension, une nouvelle opportunité s'est présentée de réutiliser l'usine de traitement existante, ce qui aurait dû réduire considérablement les coûts de construction de la mine.

Mieux encore, une autre opportunité a émergé récemment avec l'évaluation d'une potentielle exploitation à ciel ouvert au niveau de l’ancienne mine d’El Hammam. Cette méthode est beaucoup moins coûteuse que la construction d'une mine souterraine.

Malgré ces opportunités, la compagnie Atlantic Tin a choisi de vendre ses actifs à une compagnie minière chinoise. L'entrée du groupe chinois, disposant d’une grande expérience dans l’exploitation et la valorisation des métaux non ferreux (dont l'étain, l’antimoine, le plomb, le zinc…), sur sept sites miniers, est loin d'être un hasard de la part d’une compagnie provenant d'un pays qui détient à lui seul 24% de la production mondiale d'étain.

La non-concrétisation du projet d'Achemmach n'est probablement pas tant une question de capacité technique ou financière. mais plutôt lié au fait que les investisseurs étrangers (hormis les sérieux) optent plutôt pour une démarche spéculative qui privilégie une rentabilisation rapide au lieu de s'engager dans un projet qui présente des incertitudes et exige des années de développement.

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Le 13 juin 2025 à 18h45

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