Gnaoua : les maâlems posent la base, la relève s’empare du rythme
La relève est là, à elle de prendre la scène. C’est le message partagé, avec conviction et bienveillance, par les grands noms de la tagnaouite présents à Essaouira pour la 26e édition du Festival Gnaoua. De Maâlem Baqbou à Hamid El Kasri, en passant par Fahd Benchemsi, tous s’accordent : devenir maâlem ne s’improvise pas, mais avec du travail, de la patience et de la passion, la jeune génération doit faire entendre sa voix.
À Essaouira, la 26e édition du Festival Gnaoua résonne plus que jamais comme une passerelle entre générations. Sur scène comme dans les coulisses, une conviction revient chez tous ceux qui font battre le cœur du festival : il est temps pour la jeune génération de Gnaouis de s’imposer. Avec travail, patience et authenticité, tout devient possible, à condition de rester fidèle à l’essence de cet art.
C’est ce que nous ont confié trois figures qui incarnent chacune à sa manière la richesse et l’évolution de la tagnaouite : les maâlems Hamid El Kasri, Mustapha Baqbou et l’artiste multi-instrumentiste Fahd Benchemsi.
Maâlem Baqbou, la transmission en héritage
Présent à chaque édition depuis les débuts du festival, Maâlem Mustapha Baqbou est une figure tutélaire de la tagnaouite. Originaire de Marrakech, il porte cet héritage depuis son enfance, transmis par son père et son grand-père. Aujourd’hui, il le transmet à son tour.
"C’est à notre tour de passer le flambeau", confie-t-il, après sa prestation avec Najib Bekkass, l’un de ses plus fidèles disciples, avec qui il a partagé la scène lors de la deuxième soirée du festival. Une transmission vivante, en musique, et pleine d’émotion.
Hamid El Kasri : "Les jeunes gnaouis prennent place"
Maâlem Hamid El Kasri, lui, savoure cette édition. "Les fusions de cette année, c’est exactement ce que je cherche", affirme-t-il avec enthousiasme. Tambours africains, voix profondes venues du continent, rythmes envoûtants : tout résonne à l’unisson avec les qraqeb gnaouis.
Initié dès l’âge de 7 ans, El Kasri est reconnu pour sa capacité unique de fusionner les styles du Nord et du Sud du Maroc, forgeant une signature musicale reconnaissable entre toutes. Sa voix, grave et vibrante, est devenue emblématique.
Pour lui aussi, le message aux jeunes est clair : "Il faut apprendre auprès des grands maâlems, travailler sans relâche et développer sa propre identité. Ce n’est pas facile, mais c’est possible".
Fahd Benchemsi, entre passion et réinvention
Acteur et musicien, Fahd Benchemsi est un autre visage de cette nouvelle génération gnaouie. Il se dit " piégé" entre deux amours : la tagnaouite traditionnelle, qu’il écoute pour lui, et les fusions, qu’il joue pour le public.
Pour sa première participation sur la grande scène de la plage, il a livré un concert vibrant aux côtés du maâlem Hicham Merchane, fils du légendaire Abdelkbir Merchane. Un moment fort, mêlant sonorités gnaouies, influences ghiwanies et énergie féminine, portée par son groupe The Lallas.
Fahd, passionné depuis toujours par les musiques marocaines, a enrichi son approche à Los Angeles, au contact de musiciens de jazz, soul et gospel. De retour au pays, il fusionne ces influences avec respect et audace. Son titre "Baba Mimoun", entre groove et spiritualité, en est la preuve.
Une scène à prendre
Chez Baqbou, El Kasri et Benchemsi, une même conviction : la scène gnaouie est prête à accueillir ses jeunes héritiers. Mais cela demande du temps, de la rigueur et surtout une fidélité à l’âme de cet art.
Et comme le dit Hamid El Kasri : "Les jeunes doivent s’imprégner de tout, puis tracer leur propre chemin. Moi aussi, je suis passé par là".
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