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ECONOMIE

Assises de l’IA : quand le Maroc prend enfin la parole sur son avenir digital

Réunis mardi 1ᵉʳ juillet à Rabat pour les premières Assises nationales de l’intelligence artificielle, les décideurs publics et privés marocains ont lancé un message clair : l’IA n’est plus un pari sur l’avenir, mais une nécessité immédiate pour la compétitivité industrielle. Face à cette transformation, les acteurs appellent à accélérer sur trois leviers clés : les infrastructures, la formation des talents et le financement ciblé des projets IA.

Premières Assises de l'IA à l'UM6P à Rabat. On a vu une forte mobilisation, du networking et quelques idées cnocrèrtes.
Les premières Assises nationales de l'IA.
Meryem Elouaar
Le 2 juillet 2025 à 13h30 | Modifié 20 mai 2026 à 16h43

Ce mardi 1ᵉʳ juillet 2025, un cap a été franchi dans la trajectoire numérique du pays avec la tenue des premières Assises nationales de l’intelligence artificielle. Un événement qui a réuni, à Rabat, les principaux acteurs publics et privés de l'écosystème entrepreneurial, technologique et de l’innovation du pays.

L'intérêt de cet événement réside d'abord dans sa tenue. La mobilisation était d'ailleurs au rendez-vous. D'une part, parce que c'est la première rencontre du genre et tous les concernés l'espéraient. D'autre part, grâce à la crédibilité de l'UM6P.

Le second intérêt, ce fut le networking, puisque quasiment tous les concernés, effectifs ou potentiels, étaient présents.

Le troisième intérêt fut l'émergence de quelques messages essentiels tels que l'IA souveraine, idée défendue avec raison par Mohamed El Kettani, président du groupe Attijariwafa Bank.

Au-delà des inévitables envolées théoriques peu utiles, il y a donc eu quelques propos concrets au cours de cette première journée.

Dans les couloirs de la salle de conférence de l'université Mohammed VI Polytechnique de Rabat, les échanges ont impliqué entrepreneurs, chercheurs, startups et institutions, venus partager leurs visions, leurs projets et leurs interrogations autour de l'IA.

Ministres, dirigeants de groupes industriels et banquiers ont posé un constat commun mais évident: l’intelligence artificielle est désormais un impératif de compétitivité, de souveraineté, mais aussi d'agilité dans un monde en transformation rapide.

L’IA ou la survie industrielle

Le ton a été donné dès les premières interventions de ces Assises : l’industrie marocaine ne pourra pas se projeter dans l’avenir sans une intégration massive et stratégique de l’IA.

Pour Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce, la question n’est même plus d’actualité : "Est-ce que l’industrie peut survivre sans IA ? La réponse est non". Loin d’une posture technophile, le ministre parle avec réalisme : l’IA génère, selon lui, des gains de productivité spectaculaires, jusqu’à 3% par mois dans certains secteurs comme l’ingénierie ou le service client. "Cela veut dire que j’ai 100 personnes qui font un service, 97 le mois prochain font le même service. Vous imaginez l’impact que ça a ?", explique-t-il.

Il avertit : toute entreprise qui ne suit pas ce rythme décroît inexorablement. "Si j’ai une entreprise qui n’est pas capable d’augmenter sa productivité de 3 ou 4 ou 5, elle est destinée à mourir dans les 3 ans". Le Maroc, ajoute-t-il, doit s’inscrire pleinement dans cette dynamique, sans chercher l’autarcie : "L’IA ne peut pas être que made in Morocco. Le Maroc doit s’engager de manière volontariste, ouverte et confiante dans cette dynamique, et en tirer le maximum de profits".

Le ministre envisage même un avenir où l’usine devient autonome, adaptative, générative. "On parle d’usines génératives, de black plants sans humains, capables de créer elles-mêmes leurs machines et de s’adapter en temps réel à la demande", précise-t-il.

Quant à Nadia Fassi Fihri, Managing Director chez OCP, elle a témoigné d’une application tangible de cette transition technologique. "L’IA aujourd’hui est un saut qualitatif en termes d’amélioration de l’efficacité industrielle". Elle affirme qu’à OCP, le virage a été pris dès 2018 avec un programme de digitalisation industrielle à grande échelle. Résultat : des économies d’énergie, des équipements plus disponibles grâce à la maintenance prédictive, et une amélioration globale de la qualité des produits.

"En allant au-delà de l’automatisation, les algorithmes permettent de superviser, de prévoir et d’agir en autonomie dans les installations industrielles", a-t-elle souligné. Pour elle, l’IA ne se limite plus aux unités de production : elle englobe toute la chaîne de valeur, grâce à la circulation des données et aux progrès comme l’IA agentique. Mais elle alerte également : le monde industriel a ses exigences spécifiques, avec des besoins critiques en matière de latence, de fiabilité et de disponibilité des données.

Le défi du financement et de la souveraineté numérique

Mohammed Kettani, président du groupe Attijariwafa bank, a de son côté soulevé une autre difficulté : le financement. "Pour dire vrai, il n’y a pas de mécanisme spécifique à l’heure actuelle pour financer des projets IA au profit des industriels". 

Aujourd’hui, seuls les grands groupes ayant des cash flows solides peuvent accéder à des financements classiques. Les PME, elles, restent éloignées de ces dynamiques. "La stratégie nationale doit apporter des réponses en matière d’accompagnement, de formation, et faciliter le recrutement des talents", recommande-t-il.

Quant aux startups technologiques, elles restent en grande partie en dehors du radar bancaire traditionnel : "Ce sont les fonds de capital-risque qui financent ce type d’innovation, pas les banques commerciales". Or, malgré la "levée de 32 milliards de dirhams par 69 fonds en 2024, les projets liés à l’IA restent très peu financés. D’où l’urgence, selon lui, de structurer un écosystème d’investissement adapté à cette catégorie d’entreprises".

Sur la souveraineté numérique, M. Kettani appelle à une approche réaliste : "La souveraineté absolue me paraît hypothétique. Le Maroc a choisi une voie équilibrée : héberger les données critiques sur des infrastructures souveraines, mais continuer à profiter des avancées des plateformes étrangères".

"Cela m’amène aussi à un point qui est important", poursuit-il, "il faut que, dans la stratégie nationale de l’IA, on se pose la question pour doter le pays d’une capacité de calcul relativement puissante pour être un acteur régional en la matière". Il insiste : "S’il n’y a pas un investissement de ce genre, mutualisé au niveau régional, nous n’allons pas être un acteur dans la production de l’IA".

Même son de cloche chez Ryad Mezzour : "Troisième étage de la fusée : les infrastructures", affirme-t-il. "Je souscris aussi à l’idée d’une mutualisation, peut-être même à travers un hub d’infrastructures". Pour le ministre, c’est une condition essentielle pour que le Maroc puisse accéder à une puissance de calcul mutualisée, facteur clé pour ne pas rater le train de l’IA générative.

Ceci étant, les ambitions sont là, les premières initiatives aussi, mais le chemin reste à construire. Si l’IA s’impose comme un impératif pour l’industrie marocaine, le défi sera de faire émerger un tissu industriel élargi, connecté, agile et souverain, capable de tirer pleinement parti de l’IA.

En ouverture, le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a salué par visioconférence l’ambition portée par la stratégie Morocco Digital 2030, précisant que "le gouvernement a alloué un budget de 11 milliards de dirhams pour revitaliser l'économie numérique, soutenir les talents digitaux, notamment en formant 100 000 jeunes, et créer 240 000 emplois d’ici 2030".

Pour Amal El Fallah Seghrouchni, ministre de la Transition numérique et de la réforme de l’administration, l’IA "n’est plus une perspective future, mais une réalité présente qui redéfinit en profondeur nos systèmes de protection sociale, d'éducation, de santé, de finances et d’aménagement des territoires".

Voici les vidéos de la première journée:





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Meryem Elouaar
Le 2 juillet 2025 à 13h30

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