Dans les coulisses de COBCO, l’usine qui propulse le Maroc dans la filière des batteries électriques
À Jorf Lasfar, une usine hors norme vient d'être inaugurée : COBCO, première unité marocaine de production de précurseurs de batteries NMC. Sur place, l’ampleur du site et la sophistication du procédé témoignent d’une ambition industrielle inédite. Un projet stratégique, qui place le Maroc sur la carte mondiale des matériaux pour batteries.
À 125 km au Sud de Casablanca, la ville de Jorf Lasfar abrite un projet industriel d’envergure. C’est sur ce site stratégique qu’a été inaugurée, le 25 juin dernier, l’usine COBCO, première unité marocaine dédiée à la production de précurseurs de batteries NMC (Nickel, Manganèse, Cobalt).
Lors de notre visite sur place, l'infrastructure impressionne par son ampleur. Implantée sur un terrain de 200 hectares, l'usine s'élève sur huit niveaux et abrite plusieurs ateliers, chacun consacré à une étape spécifique du processus de fabrication.
Dans les coulisses d’un géant des matériaux pour batteries
L’usine COBCO est le fruit d'un partenariat stratégique entre le fonds d'investissement Al Mada et le groupe chinois CNGR, leader mondial des matériaux pour batteries.
Le produit final qui y est fabriqué est sous forme de poudre fine : des précurseurs de cathodes à base de Nickel, Manganèse et Cobalt (NMC). Ce sont des matériaux actifs de la cathode, laquelle constitue une partie importante de la batterie du véhicule électrique.
La composition de ces précurseurs est ajustée en fonction des exigences techniques des clients, qu’ils soient nord-américains, européens ou asiatiques. Mais dans la majorité des cas, c'est le Nickel qui représente la plus grande proportion de la formule, en raison de sa contribution essentielle à la densité énergétique des batteries.
Pour obtenir ces matériaux actifs, exempts de métaux, un processus complexe et rigoureusement structuré est mis en œuvre. Véritable labyrinthe industriel, il se déploie en plusieurs étapes. Ici, la production ne s’arrête pas. Le processus se poursuit sans interruption.
"COBCO intervient ainsi en amont de la chaîne de valeur des batteries électriques et en aval de la mine, puisque notre métier est de transformer des matières premières critiques -les minéraux- en produits raffinés, et de les assembler en produits actifs de batteries", nous explique Zineb Zeryouhi, directrice générale adjointe de COBCO.
"Nous sommes donc bien en amont dans la chaîne de transformation, qui aboutit au final dans l'industrie de la mobilité électrique, à savoir les véhicules électriques et le stockage d'énergie", a-t-elle ajouté.
Une usine à la pointe, construite en un temps record
Ce qui impressionne autant que la sophistication du procédé, c'est la rapidité avec laquelle l'usine a été construite et mise en service. Érigée en moins d'un an, elle est opérationnelle depuis plusieurs mois et a déjà entamé ses premières livraisons à l'international.
"La capacité qu'on vient de mettre en production s'élève à 40.000 tonnes de NMC", rappelle Zineb Zeryouhi. "Ce que nous visons pour l'instant, c'est le secteur de la mobilité électrique, et donc le véhicule électrique".
"Nous avons d'ailleurs un partenariat stratégique avec Umicore, qui est un acteur majeur des matériaux actifs de batteries, et nous sommes en train de mettre en place un certain nombre de partenariats de la même envergure".
Et la DGA de COBCO de préciser : "ce qu'il faut savoir, c'est que ces 40.000 tonnes ne sont que la première phase du projet, puisque, à terme, le projet vise 120.000 tonnes de NMC, qui seront développées par la suite, mais également 60.000 tonnes de cathode LFP et du recyclage de black mass, qui sont des batteries en fin de vie".
Batteries LFP : le planning de la 2e phase dépendra de l'évolution du marché international
La phase inaugurée le 25 juin n’est donc qu’une première étape. Le projet se décline en trois phases. La deuxième concernera les batteries LFP, tandis que la troisième portera sur le recyclage des batteries en fin de vie.
"Les usines de précurseurs NMC ont été lancées en premier, car la chaîne NMC est déjà bien établie en Europe, en Corée du Sud, au Japon et aux États-Unis, avec des fabricants de batteries et des constructeurs automobiles fortement ancrés dans cette technologie".
Le calendrier de la phase LFP dépend de celui des gigafactories clientes de COBCO, dont la mise en service est prévue d’ici deux à trois ans
"En revanche, les chaînes de valeur LFP, hors de Chine, sont actuellement inexistantes. La feuille de route de COBCO pour la technologie LFP est donc étroitement alignée sur le rythme de développement des autres acteurs de cette filière".
La DGA précise ainsi que "le planning de cette deuxième phase dépend de celui des clients directs de COBCO et de l'essor de la chaîne de valeur LFP. Aujourd'hui, les grands clients qui sont des gigafactories en Europe et aux États-Unis ne sont pas encore prêts, et on prévoit qu'elles seront en service dans les deux à trois prochaines années".
Autrement dit, l’usine ne sera pas mise sur les rails pour produire sans débouchés. Son développement dépendra directement de l'évolution des marchés internationaux.
Jorf Lasfar, une localisation stratégique et optimale pour COBCO
Et si le projet LFP est retardé, qu’est-ce qui justifie le maintien du site de Jorf Lasfar ? "Jorf Lasfar reste une localisation stratégique et optimale pour toutes les activités actuelles et futures de COBCO", nous répond Zineb Zeryouhi.
"Nos opérations vont bien au-delà de la production de précurseurs. Nous gérons un complexe chimique industriel comprenant le raffinage de matériaux métalliques, la préparation et le stockage de réactifs chimiques comme l’acide sulfurique et l’ammoniac, le traitement et le recyclage de l’eau, ainsi que la production d’azote, d’oxygène et de vapeur".
Et d’ajouter : "les installations de COBCO – lignes de production et procédés compris – ont été soigneusement conçues pour répondre aux exigences de production futures. Cela inclut la capacité de traiter des précurseurs aux compositions chimiques, morphologies et formes physiques variées. Cette flexibilité permet à l’usine de s’adapter rapidement à l’évolution des technologies de batteries et des demandes du marché, tout en maintenant sa compétitivité".
En effet, le projet se situe à proximité du parc industriel d'OCP, ce qui permet à COBCO de bénéficier d'un certain nombre d'avantages critiques pour son industrie, notamment l'accès à des infrastructures critiques présentes dans cette zone, l'accès à un écosystème de fournisseurs qui ont accompagné l'entreprise à la fois dans la phase de construction et qui continueront à l'accompagner pendant la phase d'opération, la proximité du plus grand port vraquier du Maroc, à savoir le port de Jorf Lasfar, mais également l'accès à une énergie verte, qui est fournie à COBCO par un développeur.
D'ici fin 2025, jusqu'à 80% des effectifs de COBCO seront issus de la région de Jorf Lasfar
Ce projet permettra la création de 1.800 emplois directs et autant d'emplois indirects. "Nous recrutons une large gamme de profils : ingénieurs, techniciens, opérateurs et fonctions support, avec un fort accent sur les compétences industrielles et chimiques", nous fait savoir la DGA de COBCO. "D’ici la fin de l’année, entre 70 et 80% des effectifs seront issus de la région", nous assure-t-elle.
Des programmes spécifiques de formation et de reconversion pour les travailleurs locaux sont ainsi prévus. "La formation étant un pilier de notre projet", souligne notre interlocutrice.
Le Maroc dispose de tous les atouts pour devenir un acteur majeur de la chaîne de valeur des batteries électriques
"Nous avons d'ailleurs développé des programmes de formation technique sur mesure, en collaboration avec les autorités locales et les institutions marocaines. Nous envoyons également des collaborateurs en Chine pour se former aux procédés spécifiques de notre technologie".
"Notre objectif est de construire une expertise industrielle de long terme et de renforcer continuellement les compétences de nos équipes locales".
Un objectif de 100% d'électricité renouvelable d'ici 2026
Au-delà des aspects industriels et technologiques, l'impact environnemental du site constitue un axe majeur de la stratégie de COBCO : "notre usine a été conçue pour être exemplaire d'un point de vue environnemental", explique Mme Zeryouhi.
"Nous utilisons de l’électricité issue de sources renouvelables, optimisons notre consommation d’eau industrielle, et traitons toutes les émissions conformément aux normes internationales les plus strictes".
"Notre ambition est de réduire progressivement nos émissions et d’atteindre 100% d’électricité renouvelable d’ici 2026. Pour cela, nous mettons en œuvre des projets d’efficacité énergétique, nous nous approvisionnons en énergie verte, préparons la certification ISO 50001 et optimisons les procédés de production".
En parallèle, COBCO réalise des analyses de cycle de vie (ACV) pour mieux comprendre et maîtriser son empreinte carbone. "La réduction carbone est pleinement intégrée à notre feuille de route. Elle est révisée chaque année pour assurer une amélioration continue”.
Le Maroc futur acteur mondial majeur dans l’industrie des batteries
Pour conclure, Mme Zeryouhi estime que le "Maroc dispose de tous les atouts pour devenir un acteur majeur de la chaîne de valeur des batteries : stabilité politique, position géographique stratégique entre l’Europe et l’Afrique, accords de libre-échange avec les principaux marchés, engagement fort en faveur des énergies renouvelables, accès à des ressources naturelles, et surtout, une ambition nationale claire pour la transition énergétique".
"COBCO s’inscrit pleinement dans cette dynamique et croit fermement au potentiel du Maroc dans cette industrie d’avenir".
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