Devenir chercheur d’or au Maroc, mode d’emploi
Stimulé par les détecteurs de métaux modernes, l'orpaillage se développe au Maroc dans plusieurs régions. Cependant, cette activité artisanale informelle peine à se structurer, contrairement à d'autres pays où elle constitue un pilier économique bénéficiant à l'État et aux mineurs artisans.
Le Maroc n'est actuellement pas un grand producteur d'or, avec une exploitation limitée à une seule mine qui peine à produire une centaine de kilogrammes par an ou un peu plus. La modestie de cette performance nous amène à nous demander si elle est due à un déficit d'investissements dans l'exploration de ce métal précieux au Maroc, ou si le pays a tout simplement épuisé ses réserves disponibles.
En réalité, le Maroc demeure un pays sous-exploré sur le plan minier, malgré son potentiel minier reconnu et l'attractivité croissante des investisseurs miniers étrangers. L'exploration aurifère, en particulier, est plus complexe que d'autres types de prospection, pour des raisons scientifiques.
Cela explique la rareté des gisements économiquement viables découverts annuellement dans le monde. En plus de sa valeur refuge, cette rareté intrinsèque confère à l'or son statut stratégique, notamment en tant qu'actif monétaire pour les banques centrales et valeur de préservation du patrimoine.
Durant les vingt dernières années, des centaines de personnes se sont spécialisées dans l'orpaillage (extraction artisanale de l'or) au Maroc. Pourtant, la plupart préfèrent garder l'anonymat concernant leurs activités, par crainte d'une interdiction de leur pratique, en raison d'une méconnaissance de la loi et surtout de la persistance d'un mythe populaire selon lequel toute richesse découverte dans le sous-sol, même sur une propriété privée, appartiendrait automatiquement à l'État.
Alors, qu'en est-il réellement de cette activité ? La législation marocaine permet-elle à un particulier de prospecter légalement de l'or ? Peut-on envisager l'orpaillage comme une activité viable, durable et profitable ?
Des centaines de chercheurs d'or au Maroc
Au Maroc, une part importante de la population s'est spécialisée dans la collecte de spécimens en surface, notamment les météorites. À chaque annonce de chute, des milliers de personnes, principalement originaires du sud-est, se mobilisent rapidement sur le site concerné pour tenter de trouver des fragments destinés à être revendus à des grossistes.
De même, des centaines de prospecteurs d'or opèrent. Contrairement aux météorites, qui dépendent de chutes aléatoires, les prospecteurs d'or s'orientent en fonction des informations sur les trouvailles récentes. À l'échelle nationale, ces prospecteurs se concentrent le long de l'Oued Draa, le plus long fleuve du Maroc, principalement dans sa partie aval, au niveau de la région de Guelmim Oued Noun, où l'activité de recherche est la plus intense.
L'examen de plusieurs sites de vente de spécimens minéraux révèle la présence particulière de plusieurs spinelles d'or d’origine marocaine provenant principalement de la localité d'Aouinat Ighoumane, située dans la province d'Assa-Zag. Ces petits spécimens sont vendus à des prix variant entre 2.000 et 9.000 dirhams et ne pèsent que quelques grammes, soit entre 1 et 3 grammes d'or.
Exemple d'une spinelle dorée d'Aouinat Ighoumane (région de Guelmim Oued Noun), mise en vente dans un forum spécialisé dans les minéraux.
Ces prospecteurs peuvent passer des mois de recherche continue pour n'accumuler que quelques centaines de grammes d'or. L'activité d'orpaillage au Maroc contraste fortement avec celle de la Mauritanie, où la prospection est autorisée et s'avère plus fructueuse, permettant parfois de trouver des pépites de 1 à 5 kg, voire plus dans de rares cas.
Au Maroc, ces artisans cherchent principalement du quartz car ce minéral est, scientifiquement, le réservoir des minéralisations aurifères. Comparé aux investissements des grandes entreprises d'exploration, celui des prospecteurs est bien moindre. Ils mobilisent principalement leur intuition, leurs réseaux d'information et leur expertise acquise, complétés par l'utilisation de détecteurs de métaux pour faciliter leur travail.

Cette conviction de la présence d'or au Maroc a d'ailleurs favorisé l'émergence du marché des détecteurs de métaux. Les utilisateurs de ces appareils se répartissent généralement en trois catégories principales : ceux qui recherchent des objets perdus sur les plages, les prospecteurs miniers artisans, et enfin, une frange marginale qui, malheureusement, les utilise à des fins criminelles de superstition, cherchant des trésors qu'ils croient gardés par des démons.
Sur le marché, les prix de ces détecteurs de métaux varient considérablement : de 2.000 dirhams pour des appareils d'initiation, offrant une recherche superficielle et une faible résolution, à des équipements plus sophistiqués pouvant atteindre 100.000 dirhams par unité. Grâce à leur haute fréquence, ces derniers peuvent détecter de petites pépites d'or et offrent des performances de détection au sous-sol nettement supérieures.
Ce que dit la loi
Au Maroc, l’exploitation du sous-sol ne peut être autorisée que par l’obtention d’une licence d’exploitation, comme le stipule la loi 33-13 pour les mines ou la loi 27-13 pour les carrières. Cette autorisation d'exploiter nécessite non seulement des formalités administratives, mais aussi des capacités techniques et financières à démontrer, particulièrement dans le cas des mines.
Même en cas d'obtention d'un permis de recherche, la prospection minière est strictement interdite à une distance inférieure à 50 mètres des propriétés privées, d'ouvrages ou d'infrastructures (article 68 de la loi 33-13). Par ailleurs, pour passer à la phase d'exploitation minière proprement dite, l'exploitant se voit dans l'obligation d'acquérir les droits fonciers nécessaires sur l'ensemble du périmètre minier concerné.
À l'exception des hydrocarbures et des phosphates dont le droit d'exploiter incombe directement à l'État (article 1 du Code des hydrocarbures et article 6 du Dahir du 16 avril 1951), l'article 18 des codes des droits réels a précisé qu'un trésor trouvé par un propriétaire d'un immeuble appartient au propriétaire de l'immeuble et il doit verser un cinquième (1/5) de ce trésor à l'État.
Cet article du Code des droits réels ne présente aucune divergence avec la loi sur les mines. En effet, l'exploitation minière découle obligatoirement d'un ou de plusieurs permis de recherche contigus détenus par le même titulaire, comme le stipule l'article 48 de la loi 33-13. Dans le Code des droits réels, la mention de "trésor" souligne plutôt le caractère exceptionnel de la découverte, par opposition à une exploitation minière systématique.
Dans le cas de l'exploitation aurifère artisanale, le contexte est différent. La recherche n'est pas limitée à un secteur précis ; c'est plutôt une prospection à l'aveuglette, une véritable chasse au trésor qui peut s'étendre sur des centaines de kilomètres pour trouver quelques centaines de grammes d'or.
Le contexte le plus adapté à une telle exploitation est l'article 116 de la loi 33-13 qui donne le droit à une autorisation particulière, délivrée par l'administration chargée des mines et qui autorise l'extraction, la collecte et la commercialisation des spécimens minéralogiques et fossiles et des météorites.
À préciser, cette autorisation ne donne pas le droit d'accéder à la propriété d'autrui ni dans les périmètres des exploitations minières.
En quoi l'orpaillage est-il différent de l'exploitation minière ?
Actuellement, la production minière se limite à une seule mine active qui produit une moyenne autour de 140 kg, c’est la mine de Tiouit situé dans la province de Tinghir alors que l’âge d'or dans les mines marocaines, durant le 20ᵉ siècle, a permis de produire de l’or en sous-produits.
Par rapport aux autres métaux, trouver de l’or en quantité économiquement exploitable est très difficile, et l’apprentissage classique estime qu’il est plus probable de le trouver dans les roches datant de l’âge de la formation de la Terre, alors qu'il est tout à fait possible de trouver des filons auriféres dans des âges plus récents. Si l'on admet cette idée, les roches plus anciennes affleurent plus dans les régions du Sud, notamment au sud de la chaîne atlasique, où plusieurs indices aurifères ont déjà été identifiés.
L'or présent en surface se trouve en quantités moindres et souvent disséminées, car bien qu'il soit plus abondant dans le noyau terrestre que dans la croûte, son comportement chimique inerte ne lui permet pas de remonter significativement avec le magma vers la surface.
Dans la région de Guelmim, une société d'exploration canadienne, Great Quest, explore le potentiel de son projet nommé "Bas Draa". Bien que l'entreprise n'ait pas encore fait de découvertes majeures à son stade d'exploration préliminaire, l'analyse d'échantillons de surface a révélé des teneurs en or de 12,73 g/t, 8,52 g/t, 0,50 g/t et 0,61 g/t, avec des anomalies de cuivre et de zinc. Pour déchiffrer son véritable potentiel, la société canadienne devrait investir des millions de dollars dans des travaux d'exploration plus poussés afin de connaitre si les ressources disponibles sont économiquement viables.
A l'encontre des activités minières conventionnelles, les activités artisanales ne nécessitent pas de gros investissements. Après avoir récupéré la roche aurifère, l'artisan la broie jusqu'à obtenir une poudre de granulométrie sableuse. Il utilise ensuite un pan américain (bassine ou poêle conique en métal ou en plastique, généralement de 30 à 50 cm de diamètre) pour séparer les grains d'or, plus lourds, des autres éléments. Le pan est secoué de gauche à droite, puis d'avant en arrière, afin de faire descendre les matériaux les plus denses au fond.
Afin de former des amalgames d'or, l'orpailleur utilise souvent le mercure. Ce produit chimique, mélangé à la poudre aurifère, permet de créer un amalgame qui est ensuite chauffé pour vaporiser le mercure, ne laissant que l'or.
Comment devenir un orpailleur amateur au Maroc ?
Aux États-Unis, cette activité est pratiquée depuis très longtemps en tant que passion. Elle s’organise au sein d’associations qui permettent aux amateurs et aux professionnels de développer et de partager leurs connaissances et leur savoir-faire. Un exemple emblématique est celui de la Gold Prospectors Association of America (GPAA), fondée en 1968, qui rassemble une communauté active de prospecteurs.
Au Maroc, le secteur associatif est encore jeune et peu développé, avec seulement quelques associations auxquelles le passionné peut adhérer. Dans le cas de la prospection de l'or, les connaissances techniques priment sur les équipements, car tout ce qui est doré et brillant n'est pas de l'or, et les semblables minéralogiques de l'or sont nombreux.
Savoir où chercher exige des connaissances qui peuvent être acquises par plusieurs moyens: le bouche-à-oreille (ce qui met en évidence le rôle d'une communauté), la connaissance de la géologie marocaine et des endroits susceptibles d'abriter des indices d'or, ou encore les sites historiques de présence d'or au Maroc, tels que la région de Guelmim, bien que d'autres existent.
De leur côté, les équipements de prospection aident les prospecteurs et sont nombreux, évoluant avec le progrès technologique, parmi lesquels figurent notamment une carte géologique, un GPS, un marteau, un kit de test minéralogique, un détecteur de métaux et un pan américain (batée)…
Avant de prospecter une zone, il est impératif d'obtenir les autorisations nécessaires. Celles-ci incluent celle du ministère de la Transition Énergétique, comme stipulé à l'article 116 de la loi 33-13. Cette autorisation exige de préciser la nature de l'activité, la zone géographique et la nature des travaux, et d'en informer l'administration à la fin des travaux.
Par ailleurs, il est également nécessaire d'informer l'administration territoriale de votre activité qui, même après l'obtention de l'autorisation ministérielle, a la faculté d'autoriser ou non l’activité.
Il est important de rappeler que l'autorisation du ministère est restreinte géographiquement et n'octroie pas le droit d'accéder aux propriétés d'autrui, aux infrastructures publiques (telles que les casernes militaires) ou aux zones frontalières, lesquelles peuvent constituer un vrai danger (comme ce fut le cas pour des prospecteurs d'or s'étant aventurés dans la zone tampon du Maroc).
Enfin, si vous trouvez de l'or lors de votre prospection, l'autorisation de l'article 116 vous permet également de commercialiser votre trouvaille. C'est ici que l'expertise technique devient déterminante, vous assurant de céder votre découverte au juste prix tout en vous protégeant des escroqueries.
Que peut-on apprendre du cas mauritanien ?
La Mauritanie a mis en place un cadre réglementaire pour la prospection artisanale de l'or, ce qui a permis d'accumuler un savoir-faire significatif en matière de méthodes d'extraction et de valorisation des spécimens collectés. Cette initiative, relativement récente, découle d'un engagement du président mauritanien actuel, Mohamed Ould Ghazouani, pris lors de sa première campagne électorale.

Selon de précédentes déclarations du directeur de Maaden Mauritanie, l'activité artisanale dans le pays produit à elle seule entre 30 et 40 kilogrammes d'or quotidiennement. Cette exploitation se concentre principalement dans le Tiris Zemmour mauritanien, où des centaines de milliers de mineurs, y compris des artisans venus d'autres pays africains avec leur propre expérience et savoir-faire, pratiquent l'orpaillage.
Géologiquement parlant, la Mauritanie est particulièrement propice à la présence d'or. Son territoire est en grande partie traversé par le Craton Ouest Africain, l'un des boucliers les plus anciens de l'histoire de la Terre, qui s'étend au nord jusqu'au Maroc .
L'État mauritanien, via Maaden Mauritanie, valorise ce circuit de prospection artisanale en investissant dans des centres de production, de valorisation et de commercialisation des trouvailles des prospecteurs, et en offrant un accompagnement technique pour leurs activités de prospection.
De plus, Maaden délimite et aménage des périmètres ouverts destinés à ces prospections artisanales en Mauritanie et en assure des services de base comme l’eau potable, la sécurité, les soins médicaux, les postes de communications téléphoniques… Malgré cet encadrement institutionnel, quelques accidents surviennent de temps en temps, surtout lorsque des mineurs s'aventurent dans des zones non autorisées à la recherche d'un plus grand lot.

De son côté, le Maroc a été pionnier dans l'encadrement institutionnel des activités minières artisanales avec l'expérience de la CADETAF (Centrale d'achat et de développement de la région minière de Tafilalet et de Figuig) qui encadre l'activité minière artisanale dans la région de Tafilalet et Figuig pour l'exploitation et la commercialisation des minerais de plomb, de zinc et de la barytine.
Ne serait il pas opportun d'étendre cette expérience d'exploitation artisanale pour l'exploitation de l'or dans les régions aurifères du Maroc comme Guelmim? Une telle démarche pourrait permettre au pays de tirer formellement profit de cette ressource précieuse et offrirait aux mineurs un processus de production et de commercialisation formel et encadré, source de revenus valorisés et durables. Cela pourrait également représenter une alternative significative à la production d'or au Maroc, où les projets miniers à grande échelle demeurent, à ce jour, très limités.
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