Mines. Comment le Maroc pourrait profiter des chocs périodiques du prix du cuivre
La récente décision du président américain Trump sur le cuivre a bouleversé les principaux cours mondiaux de ce métal stratégique pour l'énergie. Quel est l'impact de cette décision sur le Maroc ?
Le président américain Donald Trump a signé, ce mercredi 30 juillet 2025, un décret imposant des droits de douane de 50% sur les importations de certains produits semi-finis en cuivre, tout en exemptant le cuivre brut.
Cette mesure vise à protéger l'industrie américaine du cuivre, même si l'exemption accordée aux matières premières de cuivre (minerais, concentrés, cathodes, etc.) a relativement rassuré les marchés internationaux, qui redoutaient des restrictions sur l'ensemble des produits dérivés.
Toutefois, ces matières premières exemptées seront soumises à de nouvelles règles commerciales, notamment une obligation de vendre une partie de la production localement. Ainsi, à partir de 2027, 25% des intrants (minerais, concentrés, cathodes et anodes) devront être écoulés sur le marché américain, un quota qui passera à 40% en 2029.
Actuellement, le marché mondial du cuivre est caractérisé par une prédominance du Chili, de la République démocratique du Congo (RDC) et du Pérou en ce qui concerne la production minière. Parallèlement, la Chine exerce une influence majeure sur le segment du raffinage, ses raffineries comptant parmi les plus importantes au niveau mondial et contribuant à plus de 44% de la production mondiale de cuivre raffiné.
Face à un marché mondial du cuivre en pleine reconfiguration, en raison de son importance stratégique, le Maroc pourrait-il se positionner comme un leader régional ?
L’année 2025, une année charnière pour le cuivre marocain
L'année 2025 s'annonce comme une année charnière pour le Maroc, qui s'apprête à doubler sa production de cuivre grâce à l'ouverture imminente de la mine de Tizert. Ce projet devrait lui permettre d'atteindre le podium africain des producteurs de cuivre, en dépassant l'Afrique du Sud.
Cette augmentation de la production de cuivre ne se limite pas au plan quantitatif, mais s'étend également au plan qualitatif, puisque Managem a lancé la construction de la première fonderie de cuivre du Maroc.
Jusqu'à présent, la situation ne profitait guère au Maroc. En l'absence d'une industrie de valorisation, le pays était contraint d'exporter l'intégralité de sa production minière, et son industrie devait importer les produits finis et semi-finis de cuivre.
De même, la présence de fonderies de cuivre dans le sud du continent africain conférait un avantage compétitif au cuivre produit en RDC, en Zambie et en Afrique du Sud, rendant le cuivre marocain moins valorisé.
Cependant, avec le regain d'intérêt pour le cuivre en tant que minerai stratégique, non seulement pour les industries de l'énergie et de la mobilité, mais également pour les secteurs aéronautique et de la défense, les principales puissances économiques développent activement des projets liés à ce métal.
Le rôle stratégique et compétitif d'une fonderie de cuivre
Selon les cours actuels de la Bourse des métaux de Shanghai, les prix du cuivre, un produit fini de fonderie, ainsi que ceux de ses principaux intrants, se présentent comme suit :
- Cathode de cuivre ≥ 99,95 % : 10.894,4 USD/t
- Acide sulfurique (Chine) : environ 80 USD/t en moyenne
- Concentré de cuivre : 42 à 44 dollars la tonne
Le projet d'une fonderie de cuivre au Maroc révèle des marges significatives à l'instar de celles du raffinage du lithium. Transformer le cuivre brut en produits raffinés de qualité industrielle permettrait d'accroître considérablement la valeur ajoutée de l'industrie minière.
De plus, cela constituerait la base d'une industrie de valorisation du cuivre, augmentant ainsi le taux d'intégration locale non seulement dans l'industrie automobile, mais aussi dans le secteur aéronautique, où le Maroc occupe une place de plus en plus importante à l'échelle mondiale.
ManaGreen, une filiale de Managem, mène actuellement une étude de faisabilité finale pour son projet de fonderie de cuivre. Elle développera le projet avec un partenaire spécialisé et prévoit un coût d'investissement total de 15 milliards de DH. La fonderie devrait être opérationnelle entre 2028 et 2030.
Le cuivre, un potentiel sous-exploré pour renforcer la position du Maroc
Une récente étude scientifique a démontré qu'une contribution importante de l'électricité éolienne et solaire nécessitera une quantité de cuivre que la production minière actuelle sera incapable de satisfaire.
Cette demande colossale liée à la transition énergétique suggère que le prix futur du cuivre devra dépasser les 20.000 dollars la tonne pour que de nouvelles mines significatives soient économiquement viables et mises en production.
En plus de la production de Managem et de quelques autres acteurs miniers, le Maroc assure une production additionnelle de cuivre à partir de petites exploitations.
Avec l'accroissement récent de l'investissement minier, les investisseurs étrangers orientent majoritairement leurs capitaux vers la prospection de cuivre. Cela s'explique par la demande mondiale qui ne cesse d'augmenter, d'une part, et par la prépondérance de plusieurs centaines d'indices de cuivre dans le sous-sol marocain par rapport à tout autre minerai, d'autre part. Cela signifie que malgré les découvertes, notre pays reste encore sous-exploré, pour le cuivre en particulier.

La fluctuation périodique du marché du cuivre, couplée aux mesures protectionnistes du président américain Trump pour soutenir son industrie nationale, souligne la nécessité de sécuriser notre chaîne de valeur du cuivre et de constituer un stock stratégique de métaux critiques. Cette approche permettrait de renforcer la compétitivité de l'industrie marocaine, notamment dans le secteur énergétique, tout en offrant une marge de manœuvre pour tirer profit des opportunités du marché.
Outre le cuivre, le Maroc dispose de nombreux minerais essentiels à la transition verte, tels que les phosphates et leurs dérivés, le manganèse et le cobalt. Des projets de développement sont également en cours pour le graphite et le lithium, ce qui complètera la chaîne d’approvisionnement et renforcera la souveraineté industrielle verte voulue.
Par ailleurs, une réforme imminente du Code minier est attendue. L'avant-projet de loi prévoit l'établissement d'une liste de minerais stratégiques et critiques, périodiquement révisée, afin d'identifier les métaux indispensables à l'industrie nationale et, le cas échéant, d'interdire leur exportation pour préserver les intérêts économiques et industriels du Maroc.
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