De sa prison, Rachid El Fayek accuse : 8 millions de DH pour gagner Fès en 2021
En prison pour corruption, l’ex-député RNI Rachid El Fayek affirme avoir été ciblé en 2021 par une tentative de chantage électoral mettant en jeu 8 millions de dirhams et deux hauts responsables à Fès. Voici les détails de sa plainte.
Déjà condamné pour corruption, l’ancien député RNI Rachid El Fayek revient sur le devant de la scène judiciaire. Cette fois, c’est lui qui porte plainte. Il affirme avoir été approché en 2021 pour verser 8 millions de dirhams à un responsable de la wilaya de Fès, précisément dans la circonscription de Fès-Sud où il a été élu, et qui compte quatre sièges, en échange d’un soutien lors des élections législatives de septembre 2021. Une nouvelle accusation explosive, en pleine période préélectorale, alors que le Maroc se prépare à renouveler ses institutions en 2026.
Une tentative de corruption dénoncée
Dans une plainte récemment déposée au parquet, El Fayek affirme qu’à l’approche des élections de 2021, on lui aurait demandé de verser 8 millions de dirhams pour obtenir un appui électoral à Fès , indique son avocat. Le deal présumé : 4 millions pour le candidat arrivé en tête dans sa circonscription, et 2 millions pour chacun des deux autres candidats soutenus. Tous, selon lui, membres du RNI, peut-on lire dans des extraits de la plainte déposée par El Fayek.
Il dit avoir refusé. Mais selon ses déclarations, une partie des sommes aurait tout de même été déposée puis revenue sur son propre compte bancaire, ce qu’il présente aujourd’hui comme une preuve matérielle de la tentative.
Selon la plainte, la remise des fonds devait s’effectuer par l’intermédiaire d’une personne "de confiance" entre les mis en cause et le haut responsable. El Fayek aurait d’abord refusé de remettre un million de dirhams, présenté comme un pot-de-vin au profit de ce dernier. Il aurait soutenu ne pas avoir besoin d’acheter son élection, fort de sa popularité et de son expérience en tant qu’ancien parlementaire et président de commune. Il affirme avoir été menacé: "Tu ne gagneras pas si tu refuses", lui aurait-on dit.
Face "aux menaces et au chantage" qu’il dit avoir subis, Rachid El Fayek a, selon sa version, fini par céder à la pression et consenti, à contrecœur, à verser la somme sous forme de prêt, à restituer après les élections.
Toujours selon sa version, après le scrutin, il aurait réclamé la restitution des 2 millions de dirhams prêtés. Son interlocuteur aurait commencé à temporiser, avant de lui restituer partiellement la somme : d’abord 200.000 dirhams, puis 800.000 dirhams, transportés dans une valise grise et déposés par un tiers dans une agence bancaire. Le reste, soit un million de dirhams, n’a toujours pas été récupéré.
Des enregistrements à l’appui ?
El Fayek demande aujourd’hui l’ouverture d’une enquête approfondie. Il affirme détenir des enregistrements audio et des échanges téléphoniques à l’appui de ses accusations. Son avocat, Me Mohamed Hassi, assure que son client est prêt à coopérer pleinement avec la justice et à livrer d’autres révélations sur le déroulement du scrutin à Fès, comme il l’a indiqué dans plusieurs déclarations à la presse.
A ce stade, il ne s'agit que d'accusations et on ne sait pas si le parquet y donnera suite par l'ouverture d'une enquête ou pas.
Retour sur un parcours judiciaire lourd
Rachid El Fayek n’est pas un inconnu de la justice. Ancien président de la commune rurale d’Oulad Tayeb, près de Fès, il avait été condamné en juin 2023 à 8 ans de prison ferme pour corruption, détournement de fonds publics, falsification de documents officiels et abus de pouvoir. Une lourde peine confirmée en appel, dans une affaire qui avait également emporté plusieurs de ses proches : son frère, des fonctionnaires communaux, son ingénieur et sa secrétaire.
Cette sortie intervient alors que les partis politiques commencent à se préparer pour les prochaines échéances électorales, prévues en 2026. Si l’avocat d’El Fayek insiste sur le caractère strictement judiciaire de la démarche, plusieurs observateurs y voient aussi un message politique. En tous les cas, sa plainte et ses accusations, alimente les débats au sujet de la moralisation des élections.
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