img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
Contributions

Le retour du dollar faible : une opportunité à saisir par le Maroc !

Le recul du dollar rappelle au Maroc l’épisode 2001-2008, marqué par une forte croissance et des excédents extérieurs. À l’inverse, la période 2008-2022 a montré les limites d’un dirham rigide. Le cycle actuel pourrait rouvrir une fenêtre de compétitivité pour l’économie nationale.

Le retour du dollar faible : une opportunité à saisir par le Maroc!
(c) Freepik
Youssef Mahassin, analyste économique.
Le 28 août 2025 à 14h01 | Modifié 28 août 2025 à 15h39

Le cycle actuel de baisse du dollar ravive un souvenir encore frais dans l'histoire économique moderne du Maroc. Entre 2001 et 2008, l'économie marocaine évoluait déjà à un rythme jamais égalé.

Le PIB, indice de la richesse nationale, a plus que doublé en l'espace de huit ans, passant de 44 à 101 milliards de dollars. Autre fait rare : c’est la seule et unique fois où le pays a enregistré des excédents successifs au niveau de sa balance des devises (balance des paiements).

Youssef Mahassin, analyste économique
Youssef Mahassin, analyste économique

Néanmoins, à partir de 2008 et jusqu’à 2022, la tendance s'est radicalement inversée. Le dollar reprend son hégémonie et repart à la hausse sous l’effet combiné du climat d’incertitude dans lequel gisait le monde à la suite de la crise des subprimes de 2007, puis celle de la zone Euro et de la dette grecque en 2015.

Pour de nombreux pays émergents, c'était le timing idéal et l'occasion propice pour amorcer une attaque commerciale sans précédent. Un dollar cher équivaut à une devise locale faible et donc à des prix agressivement compétitifs à l’exportation. La Chine, la Turquie, le Mexique, la Thaïlande, le Brésil et le Vietnam ont tous joué cette carte, au point de se livrer à une véritable guerre monétaire sur qui pourrait atteindre les limites de la dévaluation.

Une guerre monétaire qui va essouffler les USA, l'Europe, et dont les effets seront ressentis également chez les pays à monnaie rigide, ceux dont la devise nationale résiste à la dépréciation.

Pendant ce temps, le Maroc, lui, est resté ligoté à un régime de change quasi rigide (système de panier). Le dirham ne pouvait baisser que très modestement ; parfois même, il s’appréciait sans motif clair.

Résultat : aggravation du déficit commercial avec tous les partenaires – Turquie, Chine, Égypte et l’ensemble de l’Asie – et perte relative des parts de marché dans le tourisme et autres, y compris dans des débouchés historiques à l'instar de l'Europe et des USA. Avec pour seule exception, les phosphates et l'automobile.

Un dollar faible peut devenir une véritable bouffée d’oxygène pour l’économie marocaine

De 2008 à 2022, le PIB du Maroc trébuchait et augmentait d'à peine 30% sur un espace temporel plus vaste de quinze ans, en comparaison d'une hausse de 130% en seulement huit ans durant la période qui avait précédé.

Mais, aujourd'hui, le pire semble derrière nous et l’histoire est sur le point de se répéter. La configuration actuelle rappelle la parenthèse ouverte au début des années 2000 où un dollar faible peut devenir une véritable bouffée d’oxygène pour l’économie marocaine.

Ainsi, de vastes secteurs et branches pourvoyeurs d’emploi, autrefois délaissés, ont l’opportunité de renaître comme l’industrie du papier, le textile, le cuir, les produits artisanaux, l’électroménager, la métallurgie, l’agroalimentaire... et la liste est longue.

En effet, un affaiblissement du dollar entraîne généralement une forte appréciation des autres devises. Or, dans le cas du Maroc, cette appréciation est partiellement amoindrie par la pondération du panier à 20% (relevée plus tard à 40%). Cela dit, en règle générale, quand le dollar se déprécie de 10% (c’est le cas de l’indice DXY depuis le début de l’année en cours), les autres devises des concurrents tendent à s’apprécier d’autant, voire plus, sous l’effet du déplacement des capitaux "chauds".

Le dirham, quant à lui, ne peut s’apprécier que moyennement, limité en partie par sa pondération face au dollar. Si cette tendance à la baisse du billet vert se poursuit pendant plusieurs années, la lente appréciation du dirham pourrait, à terme, soutenir la croissance économique nationale et devenir un véritable levier de compétitivité commerciale. Et c’est à partir de là que le panier devient un véritable atout.

Dans le scénario inverse, le dirham fort pénalise le made in Morocco en rendant les produits marocains plus chers et moins compétitifs face aux importations. Creusant ainsi le déficit extérieur et accentuant le besoin en financement de la balance des paiements. Au final l’épargne nationale recule, entraînant l’essoufflement de l’investissement, et donc de la croissance. C’était la configuration observée durant le deuxième cycle.

Alors que tous les indicateurs macroéconomiques vacillaient et que la rareté des devises pressait, les décideurs économiques se sont retrouvés dans l’incapacité de laisser le dirham se déprécier. Face à l’étroitesse des marges de manœuvre, il ne leur restait qu’une seule option : recourir à la ligne de précaution et de liquidité du FMI pour financer une facture importatrice qui devient année après année asphyxiante et incontrôlable.

L’expérience commerciale du Maroc est riche en leçons. Elle nous enseigne qu’une monnaie n’est pas uniquement un simple outil de stabilité. Elle peut être un puissant levier de croissance ou un fardeau qui asphyxie l’économie. À nous de choisir !

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Youssef Mahassin, analyste économique.
Le 28 août 2025 à 14h01

à lire aussi

Hôtellerie : Marriott nomme Denis Laus à la tête du futur resort de Taghazout Bay
Quoi de neuf

Article : Hôtellerie : Marriott nomme Denis Laus à la tête du futur resort de Taghazout Bay

Prévu pour l’été 2026 aux portes d’Agadir, l’établissement comptera 250 chambres avec vue sur l’océan, plusieurs espaces de restauration et 600 m² dédiés aux réunions et événements.

La réforme des Groupements sanitaires territoriaux cherche ses preuves sur le terrain
Santé

Article : La réforme des Groupements sanitaires territoriaux cherche ses preuves sur le terrain

Cinq directeurs généraux nommés par le Roi, des indicateurs présentés comme probants dans une région pilote, mais des syndicats qui contestent et des décrets toujours manquants. La réorganisation du système de santé public marocain autour de groupements sanitaires territoriaux s'accélère. Le plus dur reste à faire.

Casablanca : le Mégarama dément tout projet de démolition sur le front de mer
Régions

Article : Casablanca : le Mégarama dément tout projet de démolition sur le front de mer

Le Mégarama de Casablanca ne fait l’objet d’aucun projet de destruction, a indiqué à Médias24 une source autorisée au sein de l’établissement, réagissant à des informations relayées en ligne sur une possible démolition de plusieurs installations du littoral.

SIAM 2026 : Maroc Telecom dévoile ses solutions Agritech pour une agriculture intelligente
SIAM 2026

Article : SIAM 2026 : Maroc Telecom dévoile ses solutions Agritech pour une agriculture intelligente

Partenaire officiel du SIAM, Maroc Telecom présente ses dernières innovations Agritech fondées sur l’IoT, l’intelligence artificielle et la 5G, afin d’accompagner la transformation digitale du secteur agricole.

Casablanca accueille la première édition de la “Casablanca Tango Cup”
Quoi de neuf

Article : Casablanca accueille la première édition de la “Casablanca Tango Cup”

Casablanca accueillera, du 24 au 26 avril 2026 au Palais du Méchouar, la première édition de la Casablanca Tango Cup. Cette compétition internationale amateur, dirigée par des experts mondiaux, réunit des danseurs des régions Afrique et MENA afin d'instaurer un nouveau pôle de référence pour le tango argentin au Maroc.

Philippe Lalliot pressenti comme futur ambassadeur de France à Rabat (média)
DIPLOMATIE

Article : Philippe Lalliot pressenti comme futur ambassadeur de France à Rabat (média)

Le diplomate français Philippe Lalliot est pressenti pour succéder à Christophe Lecourtier au poste d’ambassadeur de France.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité