Fact checking. Non, pas de “mine d’or” à Guelmim : ce que disent réellement les résultats
Les réseaux sociaux se sont enflammés après l’annonce d’une découverte d’or à Guelmim, présentée comme majeure. Certains vont même jusqu'à affirmer que le Maroc va crouler sous l'or. La réalité, elle, est bien plus nuancée. Voici le vrai du faux.
Depuis l’annonce des résultats d’exploration d’Olah Palace à Guelmim, les réseaux sociaux ont été inondés de centaines de publications et de milliers de commentaires à ce sujet.
La majorité des internautes ont compris qu'il s'agissait d'une découverte majeure d'or, alors qu'en réalité, il est bien trop tôt pour parler d'une telle découverte, et ce, pour plusieurs raisons.
Si les annonces des entreprises d'exploration minière ou pétrolière sont facilement interprétées par les experts, l'utilisation d'un jargon technique peut être une source de confusion pour le public.
Ceci a été accentué par une erreur de communication de l’entreprise, qui a annoncé une teneur de 300 g/t au lieu de 30 g/t. Il n’en fallait pas plus pour enflammer la toile : tous les ingrédients du buzz étaient réunis — des mots accrocheurs (“découverte”, “or”, “300 grammes”) et une méconnaissance du domaine minier et de son jargon.
Ce qu'il faut comprendre des communiqués d’Olah Palace
La découverte d’Olah Palace est le résultat d'une campagne d’échantillonnage sur des structures minéralisées.
Celle-ci a identifié 34 veines de quartz, d'une épaisseur comprise entre 30 et 100 centimètres, sur une profondeur n'excédant pas 100 mètres.
L’analyse des échantillons prélevés a révélé des teneurs en or entre 6 et 30 grammes par tonne.


Après la publication d'un premier communiqué annonçant une teneur allant jusqu'à 300 grammes/tonne, l’entreprise a signalé dans un second qu’il s’agissait d’une erreur typographique. Elle a précisé que le chiffre correct était de 30 grammes par tonne et a demandé que cette erreur soit rectifiée. Cependant, à ce jour, l'importance stratégique de l'or fait que l'information erronée de la découverte à 300 grammes par tonne prévaut toujours.
Même en admettant la présence de 300 grammes par tonne, il ne s'agirait que d'un seul échantillon, ce qui ne suffit pas à prouver l'existence d'un volume suffisant pour justifier l'ouverture d'une mine.
Que vaut une teneur de 30 g./tonne ?
Même une teneur de 30 grammes par tonne constituerait une excellente base pour commencer un programme d'exploration plus poussé, visant à déterminer les réserves réelles. Cette étape ne peut être franchie qu'à travers une campagne de forage (rappelez-vous toujours du principe : "drill to know", forer pour savoir).
Pour l'entreprise, ces résultats restent positifs, surtout lorsqu'on compare avec les travaux de développement de l’opérateur précédent, qui avaient trouvé une teneur maximale de 8,47 grammes par tonne sur la base d'un échantillonnage de 2.800 tonnes et d'une campagne de forage préliminaire de 12.900 mètres.
À partir des travaux précédents, Olah estime la présence d'un potentiel entre 3 et 5 millions d'onces au sein de sa licence minière.
À ce stade précoce, cette première estimation d’Olah Palace doit être accompagnée d'une campagne d'exploration plus poussée, notamment par des forages. Cela permettra de passer d’une estimation préliminaire (ne reflétant pas toute la réalité) à une évaluation plus précise des ressources économiquement exploitables.

Important potentiel aurifère dans la région de Guelmim
Il est vrai que la région de Guelmim présente un important potentiel aurifère. Des travaux d'exploration sont nécessaires pour déterminer s'il s'agit de volumes d'or économiquement exploitables ou simplement de traces accessoires et disséminées dans la roche.
Dans un article précédent, nous avions exposé une activité artisanale particulière à Guelmim où des prospecteurs réussissent à récupérer de petites pépites d'or après de longues durées de prospection.
Plusieurs spécimens minéralogiques d'or provenant principalement de la région de Aouinat Ighoumane sont d'ailleurs exposés sur des sites de vente de minéraux.

Contrairement à l'orpaillage, l'exploitation minière industrielle est plus complexe. Il faut d'abord s'assurer de l'existence de réserves suffisantes et rentables avant de décider d'investir dans une mine et obligatoirement de construire une usine de traitement pour récupérer l'or.
Dans la région de Bas Draa, l'entreprise canadienne Great Quest poursuit l'exploration de son potentiel aurifère. Une campagne d'analyse d'échantillons a révélé des teneurs comprises entre 0,5 g/t et 12,73 g/t, ainsi qu'un potentiel pour le cuivre et le zinc.
La présence d’or au Maroc
À ce jour, la production d’or au Maroc se limite à la mine de Tiouit, dont l’approvisionnement provient uniquement du retraitement des haldes. Sans nouvelles perspectives d'exploitation minière, elle ne peut produire que des quantités modestes.
Quant à la mine d’Akka, ancien joyau de la production aurifère marocaine, elle s’est reconvertie à la production de cuivre après l’épuisement de ses réserves d'or, afin de maintenir une activité sur le site.
Le potentiel aurifère du Maroc se matérialise par plusieurs dizaines d’indices qui nécessitent des investissements pour enquérir la présence de quantités exploitables et rentables.
Outre les travaux d’Olah Palace et de Great Quest dans la région de Guelmim, deux autres projets d’exploration d’or sont en cours.
Le premier se situe à Tichka, où la société canadienne Stellar Gold a identifié des teneurs intéressantes, comprises entre 1,15 g/t et 4,15 g/t. Durant l’été, Stellar a finalisé une campagne de forage stratégique et est désormais en attente des résultats d’analyses, qui devraient révéler le potentiel de ce gisement en profondeur.
Aux environs de Marrakech, la nouvelle venue Mx2mining s'apprête à relancer l’exploration du gîte d'Amezmiz. Selon les estimations initiales, le site pourrait contenir 819.769 tonnes de minerai avec une teneur moyenne de 12,98 g/t d'or, ce qui représente un potentiel d'environ 340.000 onces (soit près de 10,6 tonnes).
Quel est le potentiel d'or au Maroc ?
- Le Maroc produit actuellement une quantité modeste d’or à partir de la mine de Tiouit, située dans la province de Tinghir.
- Les indices d'or dans la région de Guelmim sont connus depuis longtemps, mais aucune mine économiquement exploitable n'a encore été découverte.
- Le projet d’Olah Palace en est à un stade de développement précoce et nécessite un programme d’exploration par forage avancé pour évaluer les réserves et sa viabilité économique.
- La teneur maximale relevée dans les échantillons analysés est de 30 g/t (grammes par tonne) et non de 300 g/t.
- À ce stade de développement, une teneur de 30 grammes par tonne constitue une bonne base pour lancer des travaux d'exploration avancés qui permettront d’estimer les réserves du gisement.
- Par rapport aux autres miniers, l’exploration aurifère est très complexe en raison du comportement inerte de l’élément d’or, ce qui explique en partie sa rareté minière. Investir dans des travaux d'exploration aurifère est très risqué, car les chances de ne pas découvrir de quantités d'or suffisantes ou économiquement viables restent élevées.
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