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Eaux souterraines, rivières, barrages : une étude révèle l’ampleur de la pollution hydrique au Maroc

Parue dans la revue "Hydrology : Regional Studies", une étude récente a mis en évidence un impact important de la pollution sur les différentes ressources hydriques marocaines.

Eaux souterraines, rivières, barrages : une étude révèle l’ampleur de la pollution hydrique au Maroc
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Le 10 septembre 2025 à 18h04 | Modifié 11 septembre 2025 à 11h17

Une équipe de recherche marocaine, provenant principalement de l'Institut international de recherche en eau (IWRI) et relevant de l'Université Mohammed VI Polytechnique, a mené une étude cartographique pour quantifier et évaluer la pollution hydrique au Maroc. Cette étude a été récemment publiée dans la revue scientifique Hydrology : Regional Studies, un journal spécialisé dans l’analyse des problématiques hydrologiques propres à chaque région.

L'étude a mobilisé des données collectées à partir de 25 barrages, 29 aquifères et 172 points de mesure dans des rivières. Ces données ont été fournies par la Direction générale des eaux et les agences des bassins hydrauliques du Maroc, qui effectuent des évaluations régulières de la qualité de l'eau.

Ces évaluations institutionnelles s'appuient sur un réseau de surveillance et des analyses in situ des paramètres hydrochimiques et bactériologiques.

Qualité des eaux souterraines : des nappes fragiles, entre surexploitation et contamination

L'examen de la carte issue de cette étude montre un contraste évident dans la qualité de l'eau des aquifères. En tête, les aquifères du Causse moyen atlasique, d'Ogbane (Loukkos) et de Laou disposent d'une excellente qualité d'eau.

En second lieu, les aquifères de Fès-Taza et de Aïn Béni Mathar (l’Oriental) présentent une qualité d'eau moyenne.

Eaux souterraines, rivières, barrages : une étude révèle l’ampleur de la pollution hydrique au Maroc
Carte de classification des aquifères du Maroc selon leur degré de pollution (Miftah et al.,2025).

En revanche, une grande partie des aquifères sont contaminés et pollués, affichant une qualité médiocre à mauvaise pour différentes raisons.

Dans le nord du Maroc, l’aquifère de Nekor figure parmi les plus pollués. Fortement minéralisé, il présente des concentrations élevées de chlorures, attribuables à la présence d’argiles évaporitiques dans le bassin ainsi qu’à l’intrusion d’eau de mer.

Dans le bassin du Sebou, l’ensemble des aquifères souffre d’une qualité d’eau très médiocre, principalement en raison d’une pollution aux nitrates. Cette contamination résulte de l’utilisation excessive d’engrais azotés, du rejet d’eaux usées non traitées et de l’élevage intensif.

Le bassin d’Oum Er-Rbia abrite plusieurs aquifères pollués, caractérisés par une forte minéralisation ou des concentrations de nitrates dépassant les normes autorisées. Les activités anthropiques, notamment les rejets d’eaux usées industrielles et domestiques, favorisent l’infiltration de nitrates depuis la surface vers ces aquifères.

L’aquifère de Doukkala-Abda, l’un des principaux aquifères du bassin d’Oum Er-Rbia, connaît une dégradation de sa qualité en raison des activités agricoles régionales, notamment l’emploi intensif d’engrais et de pesticides. L’intrusion d’eau de mer, confirmée par des concentrations élevées de sodium et de chlorure ainsi que par une conductivité électrique importante, accentue la salinité des eaux souterraines. De plus, les déjections animales, les activités industrielles, le fumier et les pratiques d’assainissement inadéquates contribuent probablement à la contamination par les nitrates.

Dans la région Souss-Massa, la qualité des eaux des aquifères de Souss et de Chtouka s’est détériorée avec le temps. La pollution grave par les nitrates provient principalement des activités agricoles et de l’intrusion marine. En revanche, l’aquifère de Tiznit présente une contamination bactérienne liée à des pratiques d’assainissement insuffisantes.

Dans le Sahara marocain, les aquifères du Crétacé du Sahara et de Foum El Oued affichent une qualité faible à très faible, due à des facteurs naturels. La forte minéralisation des eaux souterraines, principalement très salées, résulte de la lithologie de la région.

La pollution des aquifères en nitrates

La contamination par les nitrates est la forme de pollution la plus préoccupante causée par l'activité agricole intense. Les aquifères dépassant le seuil de l'Organisation mondiale de la santé (une teneur supérieure à 50 mg/l) sont principalement les aquifères atlantiques : ceux de la Chaouia, de Doukkala, de Berrechid, de Mnasra Gharba et du Souss. Dans les régions internes, les aquifères les plus pollués en nitrates sont ceux du Saïss et de Triffa au nord-est du Maroc.

Eaux souterraines, rivières, barrages : une étude révèle l’ampleur de la pollution hydrique au Maroc
Carte du Maroc illustrant les aquifères les plus pollués par les nitrates (violet pour les aquifères fortement pollués, bleu pour les aquifères à faible teneur en nitrates).

À cela s'ajoute l'intrusion d'eau de mer, qui ne cause pas directement la contamination des nappes phréatiques par les nitrates. Cependant, sa forte salinité peut potentiellement limiter le processus de dénitrification, un mécanisme clé pour la réduction des nitrates.

D'autres facteurs ont également contribué à l'augmentation de la concentration en nitrates dans les aquifères, notamment des facteurs climatiques tels que la succession de périodes de sécheresse et la diminution des précipitations. L'ensemble de ces facteurs combinés risque de dégrader davantage l'état des aquifères si aucune mesure n'est prise, comme l'explique l'équipe de recherche de l'UM6P.

En plus de la concentration en nitrates, les auteurs ont utilisé la conductivité électrique et la concentration en chlorures pour évaluer les aquifères les plus adaptés à la consommation d’eau potable. Il s'agit principalement de ceux de Témara, du Rif, de la Moulouya, de Guelmim, du Haouz et d'Errachidia.

Certains aquifères plus riches en nitrates peuvent être utilisés pour certains types d'agriculture où les nitrates présents dans l'eau peuvent agir comme un fertilisant direct pour les cultures, favorisant leur croissance.

Vulnérabilité et pollution des eaux de rivières au Maroc

Les eaux des rivières marocaines, particulièrement vulnérables à la pollution, subissent une dégradation significative en raison de multiples pressions anthropiques. Les analyses de la qualité de l’eau, réalisées par la Direction générale de l’Eau entre 2018 et 2020, révèlent une hétérogénéité marquée selon les stations de mesure. Environ 63% des stations affichent une qualité modérée, tandis que 37% d’entre elles, situées principalement en aval des points de rejet domestiques et industriels, présentent une contamination notable.

Eaux souterraines, rivières, barrages : une étude révèle l’ampleur de la pollution hydrique au Maroc
Carte montrant la qualité des eaux des rivières à partir des stations de mesures (Miftah et al., 2025).

En particulier, l’étude met en évidence une situation alarmante dans les bassins du Sebou et du Bouregreg, où plusieurs stations enregistrent une qualité d’eau mauvaise à très mauvaise. Cette dégradation résulte de l’impact combiné de l’urbanisation, de l’agriculture intensive et des activités industrielles. Ainsi, les rivières de ces bassins montrent des concentrations élevées en plusieurs indicateurs de pollution, notamment la demande biochimique en oxygène (DBO), qui évalue la pollution organique, la demande chimique en oxygène (DCO), qui mesure la charge polluante globale, ainsi que des niveaux élevés de nitrates et de coliformes fécaux.

L’augmentation de ces paramètres traduit une origine anthropique marquée de la pollution. Les rejets d’eaux usées urbaines, l’utilisation excessive de pesticides et d’engrais, ainsi que les pressions environnementales, telles que l’érosion des sols, contribuent de manière significative à la détérioration de la qualité des eaux de surface. Par conséquent, des mesures concertées sont indispensables pour atténuer ces impacts et préserver ces ressources vitales pour l’écosystème et les populations.

L'état des barrages : une qualité d'eau supérieure

Entre 2018 et 2020, les données de la Direction générale de l’Eau ont révélé des niveaux de qualité variables pour les eaux des barrages marocains. Environ 78% des barrages présentaient une qualité excellente à bonne, 17% une qualité moyenne, et seulement 5% étaient classés comme ayant une qualité médiocre.

Eaux souterraines, rivières, barrages : une étude révèle l’ampleur de la pollution hydrique au Maroc
Carte de classification de 25 barrages selon leur degré de pollution (Miftah et al., 2025).

Comparées aux autres sources d’eau fraîche, les eaux des barrages constituent de bonnes ressources pour l’adduction en eau potable, bien que certaines zones soient affectées par des pollutions spécifiques.

Dans le bassin du Sebou, le barrage d’El Kansara se distingue par une qualité d’eau médiocre, marquée par des concentrations élevées en phosphore total et en nitrates, particulièrement durant la période hiver-printemps, ainsi qu’un déficit significatif en oxygène dissous. Ces conditions traduisent une forte influence des activités anthropiques, notamment l’utilisation intensive d’engrais agricoles.

De même, dans le bassin du Bouregreg, les barrages de Himmer, Kreima et Zamrine affichent une qualité médiocre, caractérisée par un appauvrissement en oxygène et une prolifération de chlorophylle-a, indicateur d’une croissance excessive d’algues.

Cette dégradation est principalement attribuée aux activités anthropiques à proximité, telles que le ruissellement de fertilisants agricoles et les rejets provenant de fosses septiques dans le bassin versant. Ces apports en nutriments favorisent l’eutrophisation, entraînant une accumulation de matière organique dans les lacs de barrage.

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Le 10 septembre 2025 à 18h04

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