Quatre ans après son lancement, le Nouveau Modèle de développement peine à devenir une réalité. L’école, la santé, la cohésion sociale et le développement territorial montrent un décalage entre promesses et résultats, au point de faire du NMD une occasion ratée.
Quatre ans après la publication du rapport sur le Nouveau Modèle de développement (NMD), il est légitime de s’interroger sur les progrès réellement accomplis dans le cadre de ce référentiel. Où en est-on aujourd’hui ?
À la lumière de la situation actuelle, en particulier sur le plan social, le constat est préoccupant. Les protestations autour de la santé et de l’éducation traduisent une forte insatisfaction. Les services ne sont toujours pas à la hauteur, pour ne pas dire qu'il y a un sentiment de dégradation continue chez les citoyens.
Dans ces conditions, force est de reconnaître que les recommandations du NMD n’ont pas été totalement traduites dans les faits. En d’autres termes, cette séquence ressemble à une occasion ratée.
Le NMD entre ambition et réalité
Cette boussole existe, mais elle n’a pas été utilisée à la hauteur de l'ambition.
Il convient de rappeler qu’à peine quatre mois après la présentation du rapport général du NMD, ce nouveau gouvernement a été nommé, en novembre 2021. Cette concomitance a valu à l’exécutif en place le qualificatif de "gouvernement du NMD". De surcroît, il comportait dans sa première composition des profils issus de la Commission spéciale.
Ce que le NMD prévoyait pour l’école, la santé et l’économie
Sur l'école, le diagnostic est simple. Trop d'enfants sortent du primaire sans maîtriser la lecture. La réponse du modèle est pragmatique. Il s'agit de relever le niveau des apprentissages de base, de former les enseignants en continu, d'adapter les programmes aux compétences utiles, y compris le numérique, et de créer des passerelles réelles entre le lycée, l'université et l'entreprise afin de relier la formation à l'emploi et à la compétitivité.
L'objectif est de rendre l'école à la fois juste et utile. Ce point est présenté comme décisif pour la mobilité sociale et pour la productivité future.
Pour le sujet de la santé, le modèle parle d'un droit effectif et non d'un simple stock de bâtiments. La priorité va à la qualité des soins, à la présence du personnel et à l'égalité d'accès dans toutes les régions.
La couverture sociale doit être réelle et opérationnelle. Le rapport insiste sur une administration plus proche, centrée sur les résultats, avec des données ouvertes et des services digitalisés pour simplifier la vie des usagers. L'idée est de passer d'une logique de moyens à une logique d'impact visible pour les ménages.
Sur l'inclusion territoriale, la Commission décrit une fracture durable. Des îlots de réussite cohabitent avec un océan d'insatisfaction, surtout dans les petites et moyennes villes et dans le rural. Parmi les orientations phares, le NMD met l’accent sur les territoires, appelés à devenir de véritables ancrages de développement.
L’idée est de renforcer l’autonomie d’action au niveau local, de diriger les investissements vers les services essentiels et la mobilité, et de valoriser les initiatives locales qui réussissent. L’objectif est de rendre l’égalité des chances plus concrète et de réduire le sentiment de déclassement qui pèse sur de larges franges de la population.
Pour ce qui est de l'économie, le rapport indique que la création d'emplois de qualité est restée trop faible. La structure de l'économie a peu changé, les gains de productivité sont limités et les incitations publiques ont trop souvent protégé des rentes au lieu de favoriser l'investissement productif.
Selon le NMD, la solution passe par la construction d’une économie plus productive, plus diversifiée et plus innovante. L’accent doit être mis sur le renforcement des filières porteuses, la montée en gamme de l’industrie et des services, le rapprochement entre la recherche, l’université et l’entreprise, ainsi que sur la souveraineté des biens essentiels, mise en évidence par la crise sanitaire.
Parmi les orientations du NMD figure également la question du financement, conçue de manière structurelle. Il s’agit de redéployer la dépense vers les priorités sociales et productives, d’améliorer l’efficacité de la dépense publique, de mobiliser des partenariats lorsqu’ils sont pertinents et de garantir un cadre favorable à l’investissement productif. La soutenabilité financière est posée comme une condition indispensable pour que l’État social puisse durer.
NMD : quel bilan ?
Quatre ans après, il est difficile de constater la mise en œuvre effective de toutes les orientations du NMD. Les chantiers de l’éducation, de la santé, de la protection sociale et de l’économie n’ont pas connu l’élan attendu.
Les écarts entre les ambitions du modèle et la réalité quotidienne restent importants.
Pour autant, parler d’un échec définitif serait excessif. Les réformes structurelles exigées par le NMD ont été engagées dans plusieurs domaines, mais elles peinent à donner des résultats rapides.
Les ambitions du NMD restent à portée de main, à condition d’engager des transformations plus courageuses avec des stratégies de rupture.
Recentrer la dépense publique sur les priorités sociales, améliorer la gouvernance des services, libérer l’investissement privé productif et restaurer la confiance des citoyens sont autant de leviers pour rattraper le temps perdu.
L’esprit du NMD n’est pas caduc. Au contraire, il demeure une boussole indispensable pour éviter l’enlisement et tracer une trajectoire crédible à l’horizon 2035. Mais pour que cette boussole joue son rôle, encore faut-il que l’action publique s’y aligne pleinement et que la volonté de réforme soit traduite en actes tangibles, perceptibles par les citoyens.
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