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À Dakhla, le Maroc et la France scellent une nouvelle ère de partenariat stratégique
Entre projets d’infrastructures, énergies renouvelables et agriculture durable, le Forum économique Maroc-France a consacré la ville de Dakhla comme un pôle de croissance et un pont entre le Maroc, la France et l’Afrique subsaharienne.
N.K.
Le 9 octobre 2025 à 16h54
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Modifié 11 octobre 2025 à
14h40
Plus qu'un simple événement économique, le forum qui s'est ouvert ce jeudi 9 octobre à Dakhla a scellé une nouvelle ère dans le partenariat stratégique entre le Maroc et la France. À cette occasion, une délégation de plus de 40 dirigeants d'entreprises françaises a rejoint ses homologues marocains pour deux journées qui s'annoncent denses, non seulement en symboles, mais surtout en substance.
Au cœur des discussions : la concrétisation de la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur ses provinces du Sud par des projets économiques ambitieux, la refondation d'une coopération bilatérale pragmatique et la projection commune vers le continent africain.
La séance inaugurale a immédiatement planté le décor de ce forum organisé par la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et le Mouvement des entreprises de France (MEDEF), à travers le Club des chefs d'entreprises France-Maroc.
Comme l'a souligné Mehdi Tazi, vice-président général de la CGEM, ce forum s'inscrit "dans la continuité" d'une dynamique relancée à Rabat en octobre 2024 lors de la visite du président Emmanuel Macron, mais son organisation à Dakhla lui confère une portée inédite.
Un acte politique fort : "Joindre le geste à la parole"
La dimension politique de l'événement a été martelée par les plus hauts représentants diplomatiques. Christophe Lecourtier, ambassadeur de France au Maroc, a ouvert son discours par un puissant "Nous y voilà, vous y voilà", rappelant la promesse faite par le président Macron de "joindre le geste à la parole", après la reconnaissance que "le présent et l'avenir du Sahara s'inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine". Il a insisté : "L'État encourage et soutiendra nos entreprises dans leurs investissements dans les régions du Sahara", positionnant la France comme "la première" à accompagner ce développement avec la "vocation d'entraîner les autres partenaires".
Une affirmation corroborée par son homologue, Samira Sitaïl, ambassadrice du Maroc en France, qui a insisté sur le fait que la présence française à Dakhla n'était "pas juste symbolique", mais le signe d'une dynamique "déjà bien réelle". Pour elle, cette rencontre consolide une relation qui était jusqu'ici "ancrée dans l'espace méditerranéen" pour s'étendre "aujourd'hui vers l'Atlantique".
D'une économie de comptoir à une coconstruction : "Vivre et faire avec le Maroc"
Le forum a été l'occasion de redéfinir la nature même de la coopération économique. Ross McInnes, coprésident du Club des chefs d'entreprise (CCE) France-Maroc, a résumé cette évolution avec une formule saisissante : passer d'une "économie de comptoir", où l'on vendait au Maroc, à une ère où il s'agit de "vivre et faire avec le Maroc". Il a décliné ce nouveau paradigme en cinq verbes : concevoir, en s'appuyant sur l'excellence des ingénieurs marocains ; investir, pour produire localement ; s'approvisionner, en développant des chaînes de fournisseurs marocains ; fabriquer ; et enfin, exporter depuis le Maroc vers le monde.
Son homologue marocain, Mohamed El Kettani, a abondé dans ce sens, soulignant que ce forum vient "donner de la substance à la position politique française". Il a rappelé que cette coopération est déjà concrète, citant le projet de dessalement de Dakhla, porté par Nareva (Maroc) et Engie (France), qui irriguera 5.000 hectares dans la région.
Dakhla : laboratoire d'avenir et porte de l'Afrique
La ville hôte a été au centre de toutes les attentions, présentée comme une "vitrine" et une "terre de promesses". Yanja El Khattat, président de la région Dakhla-Oued Ed-Dahab, a décrit une "transformation profonde et exemplaire" portée par des projets d'envergure. Il a cité le futur port Dakhla Atlantique, "infrastructure majeure du XXIe siècle", les investissements massifs dans les énergies renouvelables et le développement d'un tourisme durable comme les piliers d'une région qui s'impose comme un "hub stratégique de connectivité africaine".
Fabrice Le Saché, vice-président du MEDEF, a confirmé l'attrait de cette "dynamique impressionnante" qui "projette vers l'Afrique subsaharienne", tandis que Mehdi Tazi a qualifié la région de "bénie" pour les énergies renouvelables, l'agriculture et le tourisme sportif.
Le ministre délégué auprès du chef du gouvernement, chargé de l’Investissement, de la convergence et de l’évaluation des politiques publiques, Karim Zidane, a inscrit cette dynamique dans le cadre de la nouvelle Charte de l'investissement, qui "vise à mobiliser 550 milliards de DH d'ici 2026 en ciblant des secteurs stratégiques". Il a identifié l'énergie, le tourisme, les infrastructures et l'industrie comme les axes prioritaires pour la coopération dans les provinces du Sud, qualifiant la région de "laboratoire de projets conjoints".
Au cœur des panels du forum : le partenariat franco-marocain se décline en projets stratégiques
Au-delà des discours d'ouverture qui ont planté un décor géopolitique ambitieux, le forum a été le théâtre de discussions sectorielles denses et pragmatiques. Des énergies renouvelables à la sécurité alimentaire, en passant par le tourisme et l'ambition atlantique du Royaume, les quatre panels de la journée ont permis de passer de la vision aux projets concrets.
- L'Initiative royale Atlantique, un corridor de stabilité et de prospérité
Le premier panel a donné le ton en décryptant la portée de l'Initiative royale visant à faire de la façade atlantique africaine un espace de développement partagé. L'ambassadeur Mohamed Metkal, directeur général de l’Agence marocaine de coopération internationale, a qualifié cette vision "d'accélérateur de développement intégré". Il a rappelé que cet espace, regroupant 23 pays, représente 46% de la population et 55% du PIB du continent, mais fait face à des défis communs : sécurité, changement climatique et pression démographique.
Dans ce contexte, les provinces du sud du Maroc ne sont plus une périphérie, mais un "acteur géographique et économique essentiel". Trois projets majeurs incarnent cette stratégie :
- le gazoduc Nigeria-Maroc, qui irriguera 13 pays en énergie compétitive et favorisera l'émergence d'écosystèmes industriels ;
- le port Dakhla Atlantique, présenté comme une porte d'entrée non seulement pour le Maroc, mais aussi pour les pays enclavés du Sahel ;
- la voie express Tiznit-Dakhla, qui assure la connectivité terrestre.
L'objectif, a-t-il conclu, est de créer un "espace intégré" où la complémentarité économique génère une "prospérité partagée". L'aspect humain n'a pas été oublié, Mohamed Metkal rappelant que 40% des 20.000 étudiants africains au Maroc proviennent de cette façade atlantique.
- Sécurité alimentaire, le laboratoire du désert fertile
Lors du deuxième panel, qui a mis en lumière la transformation de la région en un pôle d’excellence agricole, Abir Lemseffer, DGA du groupe Azura, a livré un témoignage puissant. "L'histoire d'Azura a commencé ici il y a trente ans", a-t-elle rappelé. Aujourd'hui, la moitié de leur production de tomates cerises provient de Dakhla, une région au "climat tempéré toute l'année" qui permet une production durable et économe en énergie. Employant 7.000 personnes, Azura a également investi dans l'aquaculture, confirmant le potentiel diversifié de la zone.
Jorge Boucas du groupe Roullier, présent au Maroc depuis vingt-six ans, a expliqué comment "le Plan Maroc vert a été un catalyseur". Son groupe ne se contente pas de vendre des fertilisants, mais propose des "plans de fertilisation sur mesure" grâce à ses 130 techniciens agronomes sur le terrain. Face aux défis locaux comme le stress hydrique et la salinité, "ils développent des solutions à haute valeur ajoutée, transformant les contraintes en opportunités d'innovation".
Enfin, Bertrand Ambroise, directeur international du Marché de Rungis, a positionné la célèbre plateforme comme un modèle de "hub agro-logistique" et un "outil de transformation". "Nous sommes un agrégateur, un masseur, un régulateur", a-t-il expliqué, offrant l'expertise de Rungis pour aider le Maroc à structurer ses propres chaînes de valeur, de la production à la distribution, afin de connecter plus efficacement les producteurs aux consommateurs finaux.
- Énergie et décarbonation, la vocation d'un "géant énergétique"
Tarik Moufaddal, PDG de Masen a illustré cette ambition par des projets concrets. Après les parcs éoliens de Tarfaya et Foum El Oued, Nareva développe à Dakhla une unité de dessalement d'eau de mer entièrement alimentée par un parc éolien. Ce projet, qui fournira de l'eau potable et de l'eau pour l'irrigation, servira de locomotive pour de nouveaux modèles intégrés où l'énergie propre sert directement le développement local.
La région est au cœur de la stratégie énergétique du Maroc. Reda Hamdoune, de Nareva a exhorté les partenaires européens à accélérer le mise en place d'un cadre réglementaire pour acter la dynamique positive de l'offre Maroc d'hydrogène et inciter plus d'investisseurs à opter pour la région.
Cette attractivité a été confirmée par Jean-Pierre Clamadieu, président d'Engie, qui s'est montré "enthousiasmé" par les perspectives. "L'hydrogène vert est un élément clé de la transition énergétique en Europe", a-t-il déclaré, affirmant que le Maroc a "une carte à jouer" grâce à son potentiel en renouvelable. Engie est déjà partenaire de l'OCP pour développer l'ammoniac vert, et Jean-Pierre Clamadieu a insisté sur la nécessité pour le Maroc de créer une offre compétitive pour capter une partie de la demande européenne.
- Tourisme et capital humain, l'indispensable alliance
"Les infrastructures ne sont rien sans le capital humain", a martelé Imad Barrakad, directeur général de la SMIT. Si le tourisme est un levier majeur, son développement durable repose sur la formation. Il a également appelé à diversifier l'offre touristique de Dakhla au-delà du kitesurf, en développant des niches comme le bien-être (wellness). Thami Lghourfi, président de l'ESCA, a dans ce sens souligné que "l'écosystème 'plug and play' a besoin de talents". Il a salué la création de la Cité des métiers et des compétences (CMC) comme un outil crucial pour créer une synergie entre l'industrie et l'éducation, rendant la région attractive non seulement pour les investisseurs, mais aussi pour les étudiants de tout le Maroc.
Steven Daines, du groupe Accor, a apporté le point de vue d'un opérateur mondial. Le "sens de l'hospitalité" marocain est un atout, a-t-il reconnu, mais il doit être professionnalisé. Pour lui, le véritable enjeu est "l'ascenseur social" : former des talents locaux et leur permettre de gravir les échelons.
L'Agence française de développement (AFD) a annoncé l'octroi d'un prêt de 100 millions d'euros à l'Agence nationale des ports (ANP) du Maroc.
Selon Bertrand Walckenaer, directeur général adjoint de l'AFD, ce prêt est destiné à "financer des investissements dans plusieurs ports des provinces du sud du Maroc, visant la décarbonation et la modernisation des infrastructures".
"Le programme de financement démarrera en 2026", a-t-il conclu.
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Le 9 octobre 2025 à 16h54
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