Entrée en vigueur en juillet 2024, la retenue à la source explique une part substantielle de la hausse record des recettes fiscales. Les professionnels reconnaissent une légère charge de travail en plus, mais soulignent surtout l’efficacité et la pertinence de la mesure.
Par
Badr Elhamzaoui
Le 14 octobre 2025 à 19h56
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Modifié 15 octobre 2025 à
7h14
L’analyse de la situation des finances publiques depuis l’introduction de la retenue à la source (RAS), sur la période s’étalant de juillet 2024 à septembre 2025, met en évidence une consolidation notable de l’effort fiscal.
La RAS, moteur principal de la progression des recettes fiscales
À fin 2024, les recettes fiscales ont dépassé les 300 milliards de DH, contre 270 MMDH prévus par la loi de finances de la même année. Cette progression à deux chiffres, estimée à 14,3%, marque un record historique.
De même, à fin septembre 2025, dernière donnée disponible, le bulletin mensuel des statistiques des finances publiques de la TGR fait état de recettes fiscales atteignant 270 MMDH, en hausse de 16,5% par rapport à la même période de 2024. Cette progression confirme la poursuite d’une dynamique soutenue du recouvrement.
Une croissance des recettes fiscales de 16,5% sur les trois premiers trimestres laisse présager une accélération en fin d’exercice. Cette trajectoire traduit à la fois la solidité de l'assiette fiscale, et l’efficacité accrue des mécanismes de recouvrement. Tout porte ainsi à croire que 2025 pourrait se solder par un nouveau record.
En prolongeant cette dynamique sur l’ensemble de l’année, et en prenant pour référence les 270 MMDH enregistrés à fin septembre, les recettes fiscales pourraient avoisiner 360 MMDH à la clôture de l’exercice, un niveau inédit.
La retenue à la source (RAS) apparaît aujourd’hui comme le principal moteur de la consolidation fiscale.
Plus d’un an après son entrée en vigueur, quel retour d’expérience sur la RAS ?
La RAS a profondément modifié les pratiques fiscales des entreprises et des professionnels. En transférant une partie du recouvrement vers les opérateurs économiques eux-mêmes, le dispositif a permis d’accroître la traçabilité des flux et de réduire les zones d’ombre dans la collecte de l’impôt.
Médias24 a recueilli les témoignages de deux experts-comptables directement concernés par la mise en œuvre de la RAS. Leurs retours mettent en avant la portée structurelle de la réforme, mais pointent également certaines limites opérationnelles auxquelles sont confrontés les professionnels.
"La retenue à la source a transféré une partie de la charge de recouvrement vers les professionnels. Nous faisons, en quelque sorte, le travail de l’État. Lorsqu’un client nous remet son attestation de régularité fiscale, nous devons en vérifier l’authenticité, ce qui exige du temps et une vigilance constante. Le processus de déclaration aussi génère une charge supplémentaire de travail, d’autant plus que la RAS ne concerne pour l’instant que des opérations particulières, comme le précise le texte juridique", souligne l'un de nos interlocuteurs.
La RAS sur la TVA s'applique principalement à deux types d'opérations :
- la fourniture de biens d’équipement et travaux ;
- la fourniture de prestations de services, incluant les installations, réparations, façonnages, locations de locaux, opérations de transport, de magasinage, de courtage, de louage de biens ou de services, cessions et concessions d’exploitation de brevets, de droits ou de marques, et toute prestation de service effectuée par des personnes physiques ou morales dans le cadre de leur profession.
Issam El Maguiri se montre, lui, plus enthousiaste. "Les comptables d’entreprises, les experts-comptables et l’ensemble des professionnels se sont désormais adaptés à la mesure. Il n’y a pas de charge significative. La vérification de l’authenticité des attestations de régularité fiscale ne prend même pas trente secondes", explique l'expert-comptable.
"Cette mesure a pleinement démontré son efficacité. Elle a permis de mobiliser les recettes fiscales à un niveau élevé, ce qui en fait une réforme incontestablement pertinente", conclut-il.
D’autres sources dans les professions du chiffre soulignent que la charge opérationnelle de la RAS est exercée essentiellement sur les experts comptables et que dans certains cas, elle est chronophage.
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