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Du charbon aux métaux stratégiques : l'évolution du modèle minier marocain depuis l'indépendance

Le Maroc doit une partie importante de son poids économique à la richesse et à la diversité de son sous-sol, exploitées par le secteur minier. Compte tenu de son évolution et de la conjoncture actuelle marquée par l'afflux massif d'investissements miniers, le Maroc vit-il ou s'apprête-t-il à vivre son âge d'or minier ?

Du charbon aux métaux stratégiques : l'évolution du modèle minier marocain depuis l'indépendance
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Le 10 novembre 2025 à 15h30 | Modifié 10 novembre 2025 à 16h59
 

La transition énergétique a imposé une course accélérée vers les métaux critiques et stratégiques, permettant à des pays comme la Chine et l'Australie, qui disposent de diverses réserves importantes de ces métaux, de mieux profiter de cette dynamique.

Quant au potentiel du sous-sol marocain, il n'a pas encore été pleinement exploité. Le Royaume cherche désormais à intensifier la prospection pour mieux se positionner dans cette course et permettre à son industrie d'en bénéficier, notamment dans le domaine des batteries électriques, où le pays a commencé à développer sa chaîne d’approvisionnement locale.

Il est généralement bien connu que le secteur minier est largement porté par l’industrie des phosphates, qui représente environ 90% de la valeur de la production minière. Consciente de son rôle stratégique, cette dernière tente également de se positionner dans la transition énergétique via des projets de nouvelle génération, susceptibles d’élever la chaîne de valeur des phosphates à travers des produits à haute valeur ajoutée comme le fluor, élément de base de sels de lithium des batteries.

Outre les phosphates, le secteur minier a longtemps maintenu des positions de premier plan pour plusieurs métaux stratégiques, tels que l’argent, le cuivre, le zinc, le plomb ou la barytine.

De même, le segment hors phosphate devrait lui aussi s’inscrire dans cette course. Cela permettrait, d’une part, de réduire l’écart avec l’industrie phosphatée et, d’autre part, de renforcer la souveraineté industrielle du Maroc, particulièrement dans les filières liées à la transition énergétique.

En comparaison aux phosphates, dont notre pays dispose de réserves abondantes, celles des autres minerais restent modestes ou en cours de développement. Elles représentent néanmoins une opportunité stratégique majeure grâce au déploiement de technologies de valorisation.

L'évolution historique du secteur minier marocain éclaire sa dynamique récente, impulsée par l'attractivité du pays, et permet d'envisager les conditions d'une nouvelle ère de prospérité de ce secteur.

La refondation du secteur minier après l'indépendance : gérer l'héritage colonial pour convenir à la souveraineté

Dans une logique mercantile de s’approprier des richesses naturelles, la période du colonialisme français et espagnol a permis la découverte de plusieurs exploitations minières, notamment la mine d’Imini (manganèse), Ouixane (fer), Bounjniba (phosphate), Jerada (charbon), Bou-Azzer (cobalt), Sidi Bou Othmane (zinc et plomb)…

Après l'indépendance, le défi de l’État était de faire fructifier cette activité minière pour développer le secteur industriel. La production minière était portée, outre les phosphates, par le fer avec une production qui a atteint 1,5 million de tonnes, le charbon avec une production importante à l’époque de 500.000 t. Ce dernier, en plus de fournir la demande en électricité domestique, répondait également à la demande énergétique des grandes mines.

La production minière était principalement constituée, par ordre d'importance, des ressources suivantes : fer, charbon, manganèse, plomb, zinc, cobalt, cuivre, antimoine, barytine, bentonite, argile smectitique et étain.

En ce qui concerne les exportations hors phosphates, les principaux produits générateurs de recettes étaient le manganèse, le plomb, le fer, le zinc et le charbon.

Le nombre de jours de travail du secteur minier hors phosphates était alors de près de 5,6 millions de jours, représentant environ 63% du nombre de jours de travail de l’ensemble du secteur.

En termes de valeur, les richesses minières exportées valaient presque la moitié de celle des exportations phosphatées. L'ensemble représentait presque la moitié de celle des exportations marocaines pour les premières années après l’indépendance, soit environ 64 milliards de francs.

Pour la valorisation, elle concerne trois principaux secteurs :

  • le plomb pour en extraire un maximum de sous-produits (particulièrement les lingots d'argent) ;
  • le manganèse pour l’extraction de sinter de manganèse (manganèse à haute teneur) ;
  • le traitement d’étain et de produits orcreux.

Dans la région d’Oujda, la fonderie de plomb d’Oued Himer, qui avait une capacité de traitement annuelle de 70.000 t, permettait de produire du concentré de plomb, des lingots d’argent, des tuyaux de plomberie, de plomb doux, des scories grises…

En ce qui concerne l’or, la découverte en 1946 de la mine de Tiouit, la seule mine active d’or du Maroc actuellement, a permis de produire une centaine de kilogrammes par année, avant la chute des réserves un an après l’indépendance. Sa relance en 1980 a permis de doubler la capacité de production de l’époque du protectorat français jusqu’en 1995. L’or a été également produit dans plusieurs mines mais comme sous-produit.

Adapter le cadre minier à de nouvelles réalités : la réforme de 1996 face à l'épuisement des ressources

À partir des années 1990, et plus particulièrement en 1996, la production de charbon a diminué de moitié, marquant le début de l'épuisement des réserves.

Cette baisse est intervenue dans un contexte où les prix de l'anthracite devaient dépasser le seuil de 40 dollars à partir des années 2000.

Parallèlement, la production de fer a chuté pour atteindre seulement une dizaine de milliers de tonnes, alors qu'elle se situait aux alentours d'un million de tonnes par an sur une longue période. Le fer ne représentait plus durant cette phase que 2,91% de la production minière, contre plus de 60% auparavant.

Face à ce changement, la structure de la production minière a évolué avec l'émergence de nouveaux minerais : la barytine (utilisée pour les boues de forage pétrolier), le zinc, le plomb et la fluorine.

Quant au charbon, malgré sa diminution en volume, sa part dans la production minière nationale a doublé, avant son déclin à partir du début des années 2000.

En raison de l'épuisement de plusieurs ressources, la valeur du secteur minier a chuté, ne représentant que moins de 30% des recettes d'exportation, désormais dominées par les phosphates. À travers le plan de développement minier de 1996, l'État a décidé de se désengager progressivement du secteur en privilégiant l'investissement privé, considéré comme plus à même de prendre les risques liés à l'exploration de nouvelles zones.

Malgré ce nouveau cadre, le secteur minier n'a pas connu de mutations significatives. Le statut des exploitations minières familiales a maintenu une production modeste, tandis que l'écart de performance avec l'industrie des phosphates n'a cessé de se creuser.

Le changement n’a débuté que récemment avec l’adoption de la loi 33-13, à travers un cadre minier très clair – malgré quelques imperfections persistantes –, spécifiant les engagements de l’État et de l’investisseur minier.

Que faut-il penser du secteur minier hors phosphates ?

Par rapport aux périodes précédentes, le secteur hors phosphates est aujourd'hui porté par le cuivre, dont la production a considérablement augmenté, et par l'argent, le Maroc étant le premier producteur africain et s'apprêtant cette année à doubler sa production. Ces deux métaux sont devenus les chefs de file de ce segment, d'autant qu'une grande partie des travaux d'exploration les ciblent principalement.

S'ajoutent à cela des travaux visant des métaux jamais produits auparavant au Maroc, comme le lithium, le graphite et les terres rares. Bon nombre de ces projets présentent un potentiel intéressant, soutenu par une ère où les technologies de prospection sont de plus en plus accessibles et par des financements attirés par la diversité du sous-sol marocain et son cadre juridique clair.

À l'horizon 2030, la région de Drâa-Tafilalet se dotera d'une grande mine produisant des concentrés de plomb et de zinc enrichis en or et en argent. Avec un investissement total prévu de 425 millions de dollars, ce projet permettra à terme de renforcer la position du Maroc sur quatre métaux et de développer une expertise en valorisation minière, grâce à des procédés déployés pour la première fois.

Si ce projet semble désormais bien engagé, d'autres peinent à se concrétiser malgré leur fort potentiel. C'est le cas de la mine d'étain d'Achmmach, aux environs de Khémisset, dont la construction n'a toujours pas démarré, malgré la flambée des prix due à la forte demande en circuits imprimés, initialement pour la technologie 4G et désormais pour la 5G.

À l'exception de la valorisation des phosphates, les projets dans ce domaine n'ont guère évolué depuis l'indépendance. On compte uniquement une fonderie de plomb à Oujda, aujourd'hui fermée, et des valorisations au complexe de Guemassa pour plusieurs métaux dont le zinc et le cobalt.

Dans le cadre de sa stratégie 2025-2030, le groupe Managem, via sa nouvelle filiale Mana Green, contribuera à réduire la dépendance aux importations d'éléments essentiels à la fabrication de batteries. Et ce, grâce à des projets de fonderies de cuivre et de valorisation du cobalt, du manganèse et du graphite.

Afin de saisir les opportunités, notamment les marges importantes générées par la valorisation, un autre projet de raffinerie de lithium est en cours de développement par un consortium regroupant le coréen LG et le chinois Yahua. Il permettra de produire pour la première fois du lithium à haute teneur, utilisable dans les industries de haute technologie, notamment pour les batteries.

Dans l'attente d'autres projets de valorisation minière, ces initiatives sont très stratégiques. Elles permettront non seulement de se positionner dans la chaîne de valeur des batteries, mais aussi de développer des compétences dans un segment dont les technologies sont largement dominées par la Chine.

Cependant, le secteur minier attend toujours une réforme qui lui insufflerait un nouveau souffle, via notamment une liste de minerais stratégiques et critiques. Cela permettrait d'orienter une partie ou la totalité de la production minière vers l'industrie nationale, et d'établir un cadre d'investissement plus éclairé, porté par des normes ESG mieux développées et en supprimant l'obligation d'obtenir une licence minière pour lancer un projet de valorisation.

Par rapport aux périodes précédentes, le financement des projets miniers est facilité ; une occasion saisie par les investisseurs étrangers, tandis que le Maroc se distingue en Afrique avec ses projets d’énergie renouvelable permettant d'ouvrir la voie aux financements verts.

Le Royaume entre ainsi dans une nouvelle ère minière. Son succès lui permettra de se prémunir contre des chocs de prix de plus en plus soudains et imprévisibles, de mieux se positionner en tant que hub régional pour les industries vertes de la transition énergétique, et de garantir sa compétitivité internationale et sa durabilité.

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Le 10 novembre 2025 à 15h30

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