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Tétouan : des fissures terrestres inquiètent les habitants du quartier Al Hamama

De grandes fissures sont soudainement apparues dans la chaussée et sur les bâtiments, provoquant la panique chez les habitants du quartier Al Hamama à Tétouan. De quoi s'agit-il exactement ? Éléments de réponse et première lecture de la situation.

Tétouan : des fissures terrestres inquiètent les habitants du quartier Al Hamama
Effondrement de la chaussée au niveau de l'avenue Oued Draa à Tétouan.
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Le 13 novembre 2025 à 17h45 | Modifié 13 novembre 2025 à 20h19
 

Le quartier Al Hamama dans la ville de Tétouan a récemment connu l’apparition de plusieurs fissures dans les bâtiments et sur la chaussée au niveau de l’avenue Oued Drâa, selon la presse régionale de la ville.

D'après une source autorisée, cette problématique est prise en charge par les autorités locales ; une première expertise avait été réalisée et d’autres étaient en cours à l’heure où nous mettions cet article en ligne.

Le développement soudain de ces fissures a créé la panique chez les habitants de ce quartier qui craignent l’effondrement de leurs habitations, surtout au début d’un épisode pluvieux.

À ce stade, aucun dégât matériel n’a été enregistré, hormis les fissures qui pourraient évoluer dans le temps, au risque de causer un désastre.

Sollicité par Médias24, un expert spécialisé dans l’évaluation des risques naturels a apporté des explications quant à ces fissures qui, selon lui, sont loin d'être d'origine humaine.

Un risque naturel à l’origine de ces fissures

Au niveau du quartier Al Hamama, ces désordres résultent d’une interaction défavorable entre le sol et les ouvrages, affirme l’expert. Les déplacements différentiels entre les immeubles, les fissures de traction affectant la voirie et les affaissements ponctuels sont autant d’indices qui traduisent, selon lui, des mouvements de terrain en cours.

D’après notre interlocuteur, les mouvements de terrain affectant ce quartier sont très anciens, en lien avec la nature marneuse du substratum et la présence de pentes. Ces mouvements ne sont pas statiques, mais évoluent de manière lente avec des réactivations périodiques de faible amplitude, caractéristiques des terrains plastiques sensibles aux variations hydriques et aux travaux de terrassement, même limités.

"Le quartier Al Hamama est implanté en amont d’un talus, sur des formations marneuses plastiques d’âge Pliocène. Ces terrains, sensibles aux variations hydriques et aux sollicitations mécaniques, peuvent présenter des comportements déformables susceptibles d’affecter la stabilité des ouvrages", explique l'expert.

Que faire maintenant ?

Actuellement, les désordres observés présentent une amplitude nettement plus importante, touchant une grande partie du quartier. Ils traduisent, selon l’expert en évaluation des risques, l’existence d’un mouvement de terrain de nature globale, avec une activité plus marquée que celle enregistrée au cours des dernières années.

"Les désordres constatés au niveau du quartier présentent aujourd’hui une évolution alarmante, traduisant la réactivation d’un glissement ancien à une échelle globale. L’amplitude croissante des déformations, l’étendue des zones affectées et l’accélération du mouvement indiquent une perte progressive de stabilité, aggravée par les travaux de terrassement réalisés en contrebas, lesquels ont supprimé le contrepoids naturel assurant l’équilibre du versant", poursuit-il.

"En l’absence de mesures d’intervention immédiates destinées à rétablir la stabilité du site, l’évolution du phénomène pourrait conduire à un désordre majeur, voire à une situation catastrophique, mettant en danger la sécurité des habitants ainsi que l’intégrité des infrastructures et des bâtiments", met en garde notre interlocuteur.

À cet effet, selon notre expert en évaluation des risques, des mesures immédiates doivent être engagées afin de stabiliser la situation :

  • Remblayer en urgence la zone située en contrebas du quartier, afin de reconstituer un contrepoids (force passive) permettant de rééquilibrer les forces actives responsables du mouvement.
  • Une fois ce remblai de stabilisation réalisé, procéder à la réhabilitation des réseaux humides, dont les dysfonctionnements peuvent aggraver les infiltrations et la déstabilisation du sol.

Les autorités locales gèrent la situation

Contactées par nos soins, des sources autorisées nous informent que le risque est pris au sérieux et qu’un autre quartier est encore plus impacté que le quartier Al Hamama. Les autorités locales avaient déjà émis, par précaution, des ordres d’évacuation pour plusieurs bâtiments. Ces arrêtés n’ont pas toujours été exécutés par les habitants concernés.

Actuellement, les autorités locales ont lancé plusieurs expertises pour évaluer le risque et décider des interventions les plus efficientes. Bien qu’il soit encore trop tôt pour se prononcer sur l’origine du phénomène, nos sources indiquent que les éléments dont disposent les services techniques ne confirment pas la présence d’un glissement de terrain.

Selon des constats préliminaires, il s’agirait d’un problème très ancien, remontant à la construction du quartier, en relation avec des fondations établies sur un sol mou. Ces fondations sont mises à rude épreuve, sachant que les constructions ont plus d’une vingtaine d’années.

Connaît-on les risques naturels à Tétouan ?

À chaque occurrence d’un risque naturel (séisme, inondation, glissement de terrain…), le premier réflexe est de consulter la carte d’aptitude à l’urbanisation pour identifier les zones susceptibles d’être gravement touchées.

Dans le cadre de la Stratégie nationale de gestion des risques de catastrophes naturelles 2020-2030, le Maroc a choisi de couvrir l’ensemble du territoire national avec des cartes d’aptitude à l’urbanisation, avec une priorité accordée aux zones à très haut risque (par exemple, Agadir, Al Hoceima, Chefchaouen…). À ce jour, le taux de couverture dépasse 60%.

La région Tanger-Tétouan-Al Hoceima est connue à l’échelle nationale pour son risque élevé de glissement de terrain, notamment dans la province de Chefchaouen où plusieurs incidents graves ont eu lieu.

En ce qui concerne la ville de Tétouan, elle est dotée d’un plan d’aptitude à l’urbanisation depuis 2022. Ce plan s'appuie sur la cartographie de l’ensemble des risques naturels (tels que les séismes, les mouvements de terrain, les inondations, les risques côtiers…) pour décider de la constructibilité ou non de chaque zone du territoire étudié.

À Tétouan, la carte d’aptitude indique plusieurs zones rouges, dont celle actuellement concernée par ces fissurations intenses. Il est important de noter que la construction dans cette zone a été réalisée des décennies avant l’élaboration de ce plan.

Tétouan : des fissures terrestres inquiètent les habitants du quartier Al Hamama
Carte d’aptitude à l’urbanisation de la ville de Tétouan, avec en carré bleu le quartier Al Hamama dont plusieurs zones sont en rouge, indiquant une zone inconstructible.

Alors que les autorités locales œuvrent pour éviter le pire, il s’avère important de rendre publiques ces cartes urbaines. Cette mesure est d’autant plus urgente et nécessaire que notre pays, de par sa position géographique, doit s’attendre à une accentuation des phénomènes climatiques extrêmes et, par conséquent, des phénomènes naturels soudains et violents tels que les inondations et les glissements de terrain…

Ce partage permet, d’une part, de sensibiliser la population aux risques auxquels elle pourrait être confrontée. D’autre part, et c’est tout aussi important, il vise à inciter la communauté scientifique à travailler sur le suivi et les meilleures solutions pour faire face à ces risques, région par région.

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Le 13 novembre 2025 à 17h45

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