Sahara marocain : que valent vraiment ses ressources minières ?
Fact checking. Souvent au cœur de campagnes de désinformations médiatiques internationales, le Maroc est accusé à tort de n'être intéressé que par l'exploitation directe des ressources minières de son Sahara pour contredire les liens profonds et historiques qui l'unissent à son territoire ainsi que la dynamique récente de développement des provinces du Sud. En toute objectivité, voici la situation et la valeur économique du secteur minier dans les provinces du Sud.
Parfois par méconnaissance, souvent pour induire le public en erreur, des campagnes de désinformation contre la cause marocaine visent périodiquement la question des ressources minières et plus particulièrement les phosphates de Boucraâ.
Notre examen de la plupart des publications étrangères sur les ressources naturelles du Sahara montre clairement que le discours politique prime sur les chiffres et les faits.
On y lit, par exemple, que le Maroc exploite les gisements de phosphates sans en préciser le volume de production ni la présence des immenses gisements au centre du Maroc, et que le Sahara marocain disposerait d'importantes ressources aurifères sans indiquer si ces dernières sont effectivement exploitées. Ces informations sont complétées par l'affirmation que le Maroc aurait concédé des droits d’exploitation pétrolière au Sahara, une allégation erronée puisque le pays ne dispose d'aucun champ gazier ou pétrolier offshore en production à ce jour.
De telles informations, fausses ou approximatives, à force d’être répétées, se sont installées et sont perçues comme une évidence sans vérification des faits. Sur les médias étrangers, le mot Sahara est très souvent accompagnés de l'expression "riche en ressources minières " ou "riche en phosphates". Cela suggère que le Maroc a mis la main sur un riche émirat pétrolier ou gazier, et que c'est la raison principale de sa présence.
Ici, en toute objectivité, nous détaillons la réalité de ce secteur telle qu’elle est sur le terrain et montrons la vraie valeur exploitée actuellement dans les provinces du Sud.
La mine de Boucraa, point focal de la propagande anti-Maroc
Le Maroc est le 2ᵉ producteur mondial de phosphates, mais l'essentiel de sa production provient des mines du centre du pays. Les gisements d'Oulad Abdoun, de Gantour et de Meskala, situés au sein d'un triangle délimité par Casablanca, Marrakech et Essaouira, concentrent à eux seuls environ 98 % des réserves nationales.
En comparaison, le gisement de Boucraa, situé dans le Sahara marocain, représente une part très modeste, soit seulement 2 % des réserves totales marocaines.
Dans les provinces de sud, le Maroc exploite réellement le gisement de Boucraa, seule mine des phosphates dans les provinces du sud et qui a été acquis progressivement de son opérateur précédent, Fosfatos de Bu Craa, lors de la période coloniale espagnole. Jusqu'en 2002, les Espagnols, à travers l'Instituto National de Industria (INI), détenaient 35 % du gisement de Boucraa, avant qu'OCP ne réussisse à en acquérir les parts restantes.
La production de Boucraa reste très limitée à l'échelle nationale. En 2024, avec une production prévue d'environ 1,5 million de tonnes, elle ne représentera que 3,3 % des 45 millions de tonnes produites au total par le Maroc.
Outre les réserves et la production limitée, les conditions climatiques d'une exploitation minière à ciel ouvert en plein désert, loin de l’influence modératrice de l’Atlantique, permettent rarement des conditions optimales de production. Surchauffe des machines, pannes, et phénomènes météorologiques extrêmes tels que les vents violents ne sont pas l’exception, mais la règle. Ce sont autant d'obstacles que Phosboucraa doit gérer presque quotidiennement.
Par rapport aux gisements du centre du Maroc, où plusieurs couches sont exploitées, seule une couche phosphatée très réduite est exploitée à Boucraa, et les conditions d'exploitation y sont rarement optimales.

Si les conditions d’exploitation ne sont pas optimales, dans un contexte où la viabilité économique d'une mine est importante, la vraie question à se poser est la suivante : pourquoi le Maroc maintient-il une production alors qu’il possède un gisement bien plus grand au centre et qu'un troisième gisement, huit fois plus vaste que Boucraa, n’est pas encore exploité ?
La réponse est doublement stratégique et socio-économique alors que l'objectif premier du Maroc est le développement de ces régions. À la demande de l’État, Phosboucraa est voulue comme un moteur de développement pour la région de Laâyoune-Saquia El Hamra. Il continue de créer de la valeur localement en employant directement plus de 2.200 personnes, dont 79 % sont originaires de la région, et en s'appuyant sur une multitude de sociétés partenaires locales, qui agissent comme contractants dans plusieurs segments de la chaine de valeur OCP et qui emploient à leur tour des milliers de locaux.
Récemment, Phosboucraa a levé 2 milliards de dirhams auprès de la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) pour soutenir la mise en œuvre d’un méga-programme d’investissement dans les provinces du Sud. Ce programme permettra de créer un nouveau pôle industriel et logistique intégré, générateur de davantage d’opportunités d’emploi dans la région.
Existe-t-il d'autres ressources minières exploitées au Sahara?
À ce jour, l'extraction des phosphates est la principale activité minière dans les provinces du Sud, bien que son volume soit minuscule par rapport à celui des mines du centre du pays.
Outre ce minerai, il existe également une exploitation de sel, majoritairement détenue par des familles originaires du Sahara en raison de l'ancienneté de cette activité, qui remonte à plusieurs siècles.

Revêtant un caractère artisanal, ces exploitations salines sont principalement familiales. L'État n'intervient pas dans cette activité, dont les ressources sont quasiment inépuisables, puisqu'elles reposent sur la cristallisation du sel après l'évaporation de l'eau de mer dans les marais salants.
En ce qui concerne les carrières de matériaux de construction, leur nombre est également limité. On dénombre seulement 4 carrières dans la région de Dakhla-Oued Ed-Dahab et 53 dans celle de Laâyoune-Sakia El Hamra. Ces régions ne représentent ainsi que 3 % des 1.883 carrières que compte le Maroc. Il est à noter que la majorité des carrières au Maroc sont de type familial, et seulement 25 % sont gérées par des entreprises, l'État n'exploitant quant à lui aucune carrière.
Rio de Oro : la « rivière d'or », mythe ou réalité ?
Les éléments exposés ci-dessus représentent les seules activités minières existantes dans les provinces du Sud, et celles-ci demeurent limitées comparées à d'autres régions du Maroc. On peut citer la région de Béni Mellal-Khénifra, qui abrite la plus grande mine de phosphate au monde ; celle de Souss-Massa, qui accueille les principales exploitations marocaines de cuivre, d'argent et de cobalt ; et enfin la région de Drâa-Tafilalet, où se situent les plus importantes exploitations de zinc et de plomb.
Comme d'autres territoires, la région de Dakhla-Oued Ed-Dahab recèle plusieurs indices miniers qui n'ont, à ce jour, fait l'objet d'aucune exploitation. Bien que la toponymie espagnole "Rio de Oro" soit mythique, les travaux de développement menés par le Maroc au cours des cinquante dernières années ont permis d'y identifier des indices d'or, de terres rares, de chromite, etc.
D'autres indices stratégiques sont localisés près de la frontière occidentale avec la Mauritanie, non loin de l'importante mine de fer de Zouérate, où des analogies géologiques sont attestées dans cette zone en bordure du craton ouest-africain. En raison de son âge très ancien, ce craton est susceptible de receler des minéralisations importantes et diversifiées.
En toute transparence, l'ONHYM estime qu'un bon potentiel minier existe aux alentours de Dakhla, mais celui-ci requiert des investissements pour confirmer la présence de réserves suffisantes justifiant l'ouverture de mines.
Pour qu'un projet minier soit viable, les coûts d'exploitation doivent être inférieurs aux revenus générés, et les investissements initiaux doivent pouvoir être amortis dans un délai raisonnable, tout en dégageant les profits escomptés. Ceci est d’autant plus couteux pour des minerais rares, dont l'exploration est très complexe (comme pour l'or) et même davantage pour les terres rares.
Actuellement, plusieurs projets d'exploration ciblant ces métaux critiques sont en cours de développement depuis des années, mais ils n'ont, à ce jour, encore livré aucun résultat positif malgré le potentiel annoncé.
Que faut-il penser du rôle de l’État dans les mines ?
Dans le secteur minier, l'État ne possède pas et ne cherche pas à tirer profit d'une exploitation minière. Depuis 1996, l’État a choisi de se désengager progressivement du secteur minier, gardant seulement le statut de régulateur et tirant profit principalement des taxes minières qui sont versées aux régions lieu de l’activité minière (cf. article 4 de la loi 47.06 relative à la fiscalité des collectivités territoriales).
En effet, l'État s'intéresse à la création d'emplois et aux opportunités de développement socio-économique pour la population qu'une exploitation minière peut offrir dans une zone enclavée où les perspectives sont rares.
Le rôle qu'il mène, à travers l'ONHYM, se limite à la promotion minière et au développement de la prospection pour dérisquer au maximum les projets miniers.
De son côté, l’administration chargée des mines autorise les projets et s’assure du bon fonctionnement des projets, qui devraient obligatoirement respecter l’environnement et la sécurité du personnel minier et du voisinage.
D'après le dernier rapport annuel de Fraser Institute, la réglementation minière marocaine compte parmi les meilleures juridictions minières, non seulement à l'échelle régionale, mais également à l'échelle mondiale.
À ce stade, le potentiel minier du Sahara n'est pas encore pleinement découvert ni exploité, alors que le Maroc s'apprête à concrétiser son plan de région autonome au Sahara. Ce plan devrait permettre une gestion autonome, notamment financière, incluant les revenus de l'exploitation des ressources naturelles.
Ce qu’il faut retenir des ressources minières au Sahara marocain :
- À ce jour, il n'existe qu'une seule mine importante au Sahara : la mine de phosphates de Boucraa.
- En 2024, la production de phosphate au Sahara n’a pas dépassé 1,5 million de tonnes.
- Ce volume représente seulement 3 % de la production totale du Maroc, qui s'élève à 45 millions de tonnes et provient principalement des sites situés au centre du pays.
- Avec des conditions climatiques très difficiles pour une exploitation à ciel ouvert, le groupe OCP continue de maintenir une production modeste qui revêt une dimension sociale et pas lucrative.
- La présence du groupe OCP au Sahara est stratégique et sert de moteur socio-économique, impliquant des centaines de petites et moyennes entreprises locales dans l'ensemble de la chaîne de valeur des phosphates.
- Outre les phosphates, de petites exploitations familiales de sel travaillent depuis des siècles des salines au niveau des sebkhas du Sahara.
- Dans le Sahara marocain, il existe des indications d’une province métallogénique qui n’est pas actuellement exploitée et dont la viabilité économique nécessite des investissements dans l’exploration minière.
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