Centres ruraux émergents : la nouvelle arme contre l’exode rural
Round up. À l’heure où les milieux ruraux subissent la sécheresse, le stress hydrique et les effets croissants de l’exode rural, les centres ruraux émergents apparaissent comme une nécessité pour renforcer la résilience des territoires et soutenir l’émergence d’une véritable classe moyenne rurale.
Vous avez peut-être entendu parler des centres ruraux émergents. Il s’agit d’un concept qui évolue assez discrètement dans le monde rural et qui peut freiner le dépeuplement démographique de la campagne tout en apportant une meilleure vie aux habitants. Un dépeuplement fortement accéléré par le changement climatique et sept années successives de sécheresse.
Faire émerger une véritable classe moyenne au sein du monde rural est l’une des orientations majeures mises en avant dans le discours royal du 12 octobre 2018.
La stratégie Génération Green 2020-2030 a adopté cet objectif, en visant l’accession de 400.000 ménages à cette classe moyenne, la stabilisation de 690.000 ménages qui en font déjà partie, ainsi que l’extension de la protection sociale à plus de 3 millions d’agriculteurs. Le réchauffement climatique, plus rapide et plus implacable que prévu, a visiblement remis en question ces objectifs.
Cet objectif passe également par la création d’une nouvelle génération de jeunes entrepreneurs, notamment à travers la mobilisation et la valorisation d’un million d’hectares de terres collectives et la formation de 150.000 jeunes aux métiers agricoles et para-agricoles.
Et c'est dans cette logique que les centres ruraux émergents (CREM) sont devenus, en quelques années, l’un des paris les plus ambitieux de la politique d’aménagement du territoire au Maroc.
Il convient de noter que, à fin novembre 2022, les études concernant la réhabilitation des centres ruraux émergents avaient été achevées pour 12 centres dans l’ensemble des régions du Royaume, avec un objectif de montée progressive vers 77 centres dans un premier temps.
Ce choix politique s’explique par le fait que le Maroc compte, selon les résultats du RGPH 2024, 33.189 douars et petits centres ruraux, abritant 3,6 millions d’habitants.
Les actions publiques
Pendant longtemps, les politiques publiques ont réduit le développement rural au seul développement agricole. On améliorait les cultures, l’irrigation et les pistes rurales, mais on laissait de côté l’habitat, les services, la culture ou les loisirs. Cette approche ne répond plus aux besoins du pays.
Le rural ne peut plus être vu comme une simple réserve agricole. Il doit devenir un espace de vie complet, avec des services, des emplois et des activités diversifiées. C’est l’objectif des centres ruraux émergents, qui portent une vision nouvelle où le rural devient un lieu de travail, de formation et d’opportunités.
Dans ce cadre, plusieurs politiques publiques ont été mises en place. Le programme national des centres ruraux émergents, lancé en 2017, a identifié 77 centres prioritaires. Une deuxième phase est prévue pour 2025, et un budget de 2,8 MMDH a été alloué au développement de 36 de ces centres.
D’autres programmes complètent cet effort. Le programme IHYAE, soutenu par l’Agence française de développement et l’Union européenne, finance la revitalisation de plusieurs centres ruraux jusqu’en 2027. De même, un dispositif de santé communautaire a également été lancé en 2022 pour renforcer la santé maternelle et infantile dans 14 provinces, à travers 56 centres de santé ruraux répartis dans 3 régions pilotes.
Centres ruraux émergents : levier de développement rural
L’objectif des centres ruraux émergents est de créer, au cœur du monde rural, de petits pôles capables d’offrir des services, des emplois et un cadre de vie décent, afin que les habitants ne soient plus contraints de partir vers les grandes villes. C’est une réponse directe à l’exode rural, aux bidonvilles et à une vision dépassée du rural réduit à l’agriculture.
Il s’agit de centres dont le développement dépend de la capacité à augmenter la productivité locale, d’un accès fiable aux réseaux essentiels comme les routes, le transport, l’électricité, l’eau et la couverture numérique, et d’un environnement économique qui permet aux ménages de gagner en autonomie.
Le but n’est pas seulement de retenir les habitants, mais de leur offrir un lieu où l’on peut se soigner, travailler, se former, consommer et entreprendre sans quitter le territoire. Cela passe par l’émergence d’une classe moyenne rurale, c’est-à-dire des ménages qui vivent de revenus stables, investissent dans l’éducation de leurs enfants et se projettent dans une trajectoire d’ascension sociale.
Or le constat actuel est sévère. Selon l’Institut royal des études stratégiques, seuls trois ruraux vulnérables sur mille accèdent aujourd’hui aux classes moyennes. Ce chiffre traduit la faiblesse des opportunités locales et l’inégalité des chances pour ceux qui grandissent loin des centres urbains.
Les centres ruraux émergents visent précisément à briser cette barrière. Un centre réussit lorsqu’il permet à un agriculteur de compléter ses revenus, à un jeune diplômé de s’installer comme infirmier, instituteur ou artisan, et à une femme de transformer une activité informelle en activité déclarée avec une clientèle régulière. C’est cette capacité à créer des trajectoires réelles qui fait d’un centre un véritable levier de développement rural.
Une nécessité face aux fragilités du monde rural
Le monde rural traverse aujourd’hui une phase de fragilité structurelle qui rend indispensable l’émergence de centres ruraux capables d’absorber les chocs et de stabiliser les populations.
Les effets cumulés du changement climatique accentuent cette urgence. La sécheresse récurrente, le stress hydrique et l’épuisement des ressources locales poussent de nombreux agriculteurs à abandonner leurs terres pour se diriger vers les villes.
Les zones de montagne, comme Aknoul et d’autres territoires enclavés, cumulent davantage de contraintes. L’isolement géographique, la faiblesse des infrastructures, la dégradation des sols et l’exposition aux aléas climatiques y rendent l’action publique encore plus complexe.
Dans de telles conditions, l’exode rural devient une stratégie de survie. Les familles envoient un fils, une fille ou parfois toute la cellule familiale vers la ville, avec l’espoir d’un revenu stable, d’une scolarisation de qualité ou d’un accès aux soins. La contrepartie est pourtant lourde.
L’installation se fait le plus souvent en périphérie, dans des quartiers non réglementaires, avec un habitat fragile, des services publics saturés ou inexistants, des tensions sociales et parfois une montée de la délinquance ou des économies informelles. Ce mouvement est rarement un choix positif. En réalité, ce n’est pas tant la ville qui attire que la campagne qui expulse.
Les centres ruraux émergents cherchent précisément à casser ce mécanisme. Plutôt que de laisser la migration se faire de manière diffuse, coûteuse et désorganisée, ils offrent une alternative structurée au sein même du territoire rural et permettent au citoyen de trouver, chez lui, une grande partie de ce qui l’aurait incité à migrer vers une grande ville.
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