Face à la contestation des médecins, Akdital fait marche arrière sur ses centres de proximité
Sous la pression d’une mobilisation des syndicats de médecins libéraux contre son projet de centres de diagnostic de proximité, Akdital a annoncé, le 20 novembre, le retrait du dossier soumis au Conseil de la concurrence. Le groupe affirme vouloir éviter toute division au sein du corps médical.
Après la vague de contestations menée par les syndicats de médecins libéraux contre le projet de centres de diagnostic de proximité, Akdital a finalement décidé de retirer le dossier soumis au Conseil de la concurrence.
Dans une lettre datée du 20 novembre 2025, adressée aux médecins et consultée par Médias24, le président-directeur général du groupe, Rochdi Talib, annonce avoir retiré immédiatement le dossier en réaction aux inquiétudes exprimées par de nombreux syndicats. Il explique que la décision vise à éviter toute division au sein du corps médical et à préserver une relation fondée sur la confiance, le respect mutuel et la complémentarité.
Le projet de centres de diagnostic porté par Akdital avait en effet suscité une réaction immédiate parmi les médecins libéraux. Une coalition s’était formée et avait saisi un ensemble d’autorités couvrant tout l’arc de la régulation du secteur, dont le Conseil de la concurrence, le ministre de la santé, le Secrétaire général du gouvernement, le président de la Haute Autorité de santé, le Conseil national de l’ordre des médecins et le Médiateur du Royaume.
Cette coalition rassemble le Collège syndical national des médecins spécialistes privés, le Syndicat national des médecins du secteur libéral, le Syndicat national des médecins généralistes et l’Association nationale des cliniques privées. Elle affirme représenter 17.000 médecins libéraux sur un peu plus de 32.000 praticiens tous secteurs confondus.
Les arguments de la coalition des syndicats
Médias24 a consulté l’ensemble des courriers adressés aux autorités du pays. Les mêmes préoccupations revenaient dans toutes les lettres.
Il y avait d’abord l’article 2 de la loi n° 131-13 sur l’exercice de la médecine, qui affirme que la médecine ne doit en aucun cas être pratiquée comme un commerce. Venaient ensuite les articles 33, 45 et 117 de la même loi, qui encadrent les formes d’exercice, consacrent l’indépendance du médecin, l’obligation de se constituer sa propre clientèle et sanctionnent toute règle limitant cette indépendance.
Dans cette logique, la coalition considérait que la gestion de centres de diagnostic par un groupe, dont la finalité première est la rentabilité financière, portait un risque de dérive vers une logique commerciale pure et simple.
Les médecins invoquaient aussi la loi n° 08-12 qui confie au Conseil national de l’ordre des médecins la mission de veiller au respect des lois et de la déontologie, ainsi que la loi n° 104-12 sur la liberté des prix et de la concurrence, qui interdit les pratiques anticoncurrentielles et l’abus de position dominante.
La coalition avait par ailleurs mandaté un avocat pour une consultation de droit dont Médias24 détient copie. Cette analyse allait plus loin. Elle expliquait qu’un tel modèle pouvait se traduire par des objectifs de performance, des quotas d’actes, des tarifs d’appel, voire des formes de dumping sur certains examens afin d’attirer les patients. Ces instruments appartiennent au monde de l’entreprise, pas à celui des professions de santé. Leur usage systématique mettait, selon cette lecture, directement en cause le principe selon lequel la médecine ne doit pas être pratiquée comme un commerce.
Les médecins insistaient aussi sur la liberté de choix du praticien par le patient. Cette liberté était décrite comme une valeur cardinale de la relation de soin. Dans leur lecture, la concentration de plusieurs spécialités au sein d’un même centre, contrôlé par un seul opérateur financier, ouvrait la porte à des mécanismes de captation de clientèle.
Ils redoutaient qu’un patient accueilli dans un centre rattaché à un groupe soit orienté quasi automatiquement vers les cliniques du même groupe ou vers des praticiens partenaires, au détriment d’un libre choix du médecin. Pour eux, il s’agissait d'un risque de captation de clientèle et de concurrence déloyale vis-à-vis des médecins libéraux indépendants.
La réponse d'Akdital
Avant la décision de retrait, Akdital avait tenté de répondre aux critiques dans une première lettre adressée le 18 novembre à ses confrères. Rochdi Talib disait avoir été surpris par l’ampleur des réactions après l’annonce du projet et affirmait vouloir clarifier les objectifs.
Le groupe expliquait que ces centres seraient installés uniquement dans des zones sous-médicalisées et dans de petites villes de moins de 60.000 habitants, dépourvues d’infrastructures capables de gérer les urgences ou d’assurer un diagnostic fiable. Il affirmait qu’il s’agissait de combler un déficit d’offre plutôt que d’entrer en concurrence avec des structures existantes.
Akdital précisait que ces centres n’assureraient pas de consultations spécialisées. Ils devaient se limiter aux soins de première urgence, assurés par des médecins généralistes, ainsi qu’aux examens permettant d’orienter les patients vers les spécialistes les plus proches ou vers les unités publiques ou privées en cas de nécessité d’hospitalisation. Pour le groupe, ce fonctionnement rendait le projet complémentaire de celui des spécialistes et permettait à une patientèle éloignée d’accéder au système de soins.
Sur les accusations de concurrence déloyale, Akdital expliquait que les zones ciblées ne disposaient pas de centres d’imagerie. Le groupe voyait dans ce projet une possibilité pour de jeunes radiologues de s’implanter dans des régions où l’absence d’équipements rendait l’exercice difficile. Dans sa lettre, Rochdi Talib citait les expériences d’Errachidia, Dakhla, Guelmim, Laâyoune, Nador ou Essaouira pour illustrer l’impact de ses investissements dans ces villes.
Le dirigeant insistait aussi sur la volonté de maintenir un partenariat avec la profession, rappelant que les spécialistes étaient les principaux partenaires d’Akdital et que le groupe n’avait aucun intérêt à entrer en concurrence directe avec eux.
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