Dessalement : comment des opérateurs marocains œuvrent à la souveraineté industrielle
La mobilisation rapide de stations de dessalement, vitale pour faire face à la raréfaction progressive de l’eau douce au Maroc, exige le développement d’une souveraineté industrielle dans ce segment. C'est la clé pour adapter les solutions au contexte national et en réduire durablement les coûts.
À l’horizon 2030, le Maroc s'est fixé l'objectif stratégique de couvrir 60% de ses besoins en eau par le dessalement, afin de parer les effets d'une sécheresse qui sévit dans le pays depuis sept années consécutives.
Cette transformation stratégique se déploie rapidement sur l’ensemble du territoire, avec un jalon décisif prévu pour 2027. À cette date, la capacité de production devra atteindre 1,2 milliard de mètres cubes, soit un bond significatif par rapport aux 350,3 millions de mètres cubes actuels.
Toutefois, les projets de dessalement se heurtent à des défis structurels majeurs, notamment celui des coûts. Cet enjeu financier ne concerne pas seulement la construction, mais aussi la maintenance des stations et, surtout, la consommation énergétique.
Cela impose la nécessité de développer un savoir-faire marocain qui peut pleinement comprendre les enjeux spécifiques de l’exploitation au Maroc, de proposer des solutions efficientes adaptées au contexte et de garantir des projets moins énergivores et plus durables.
Si aujourd’hui les technologies de dessalement sont entre les mains de quelques pays comme les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud, les opérateurs marocains se sont engagés dès le début dans le montage, qui a progressivement évolué ces dernières années pour augmenter le taux d’intégration locale.
En marge de la 19ᵉ édition du Congrès de l’eau, Médias24 a rencontré des opérateurs marocains pour discuter de l’avancement de l’intégration locale de leurs produits, avec une offre qui ne se limite plus à la seule demande en eau potable ou d’irrigation, mais qui s'adresse également aux industriels cherchant à réduire leur empreinte.
Morocco Agribusiness Water Coalition : première coalition du secteur industriel privé pour la mobilisation collective d’innovation hydrique
Bien que le secteur industriel ne représente que 20% de la demande en eau, certaines de ses activités y sont plus dépendantes que d'autres, notamment le secteur agroalimentaire. Récemment, plusieurs acteurs ont compris qu'il existait une opportunité de produire durablement grâce à des investissements dont le retour est de plus en plus compétitif.
C’est dans cet esprit que trois grands acteurs du secteur, Coca-Cola, Driscoll’s et Centrale Danone, ont fondé la Morocco Agribusiness Water Coalition qui vise à créer une dynamique collaborative pour relever les défis hydriques du Maroc, où la pratique a démontré que la sécurité de l’eau et la résilience économique sont indissociables.
À partir de 2026, la coalition déploiera son plan en deux phases. La première posera les fondations avec la mise en place d’un comité stratégique et d’un comité opérationnel, l’identification de bassins versants pilotes et la sécurisation des financements.
Une fois le socle établi, la seconde phase, à partir du deuxième trimestre de 2026, reposera sur la concrétisation des initiatives prioritaires d’optimisation et d’innovation hydrique, le développement des projets pilotes sur les bassins versants sélectionnés et le déploiement des outils de suivi en temps réel et des indicateurs de performance pour mesurer l’impact collectif.
À moyen terme, les efforts de la coalition se concentreront sur l’optimisation des pratiques industrielles et agricoles pour réduire l’empreinte hydrique, ainsi que sur le déploiement d’innovations technologiques et de solutions digitales visant à améliorer la précision et l’efficience opérationnelle.
À long terme, la coalition ambitionne d’inclure d’autres acteurs industriels et de s’intégrer pleinement aux stratégies sectorielles et territoriales, contribuant ainsi à sécuriser les activités économiques et à renforcer l’équilibre hydrique du pays.
Le développement d’indicateurs partagés constitue un autre pilier central de cette coalition, où l’adoption de métriques standardisées permettra de quantifier de manière harmonisée les volumes d’eau économisés, réutilisés ou réapprovisionnés, tout en assurant un suivi transparent de l’impact environnemental et économique.
Actuellement, les trois membres de la coalition mettent en œuvre, à titre individuel, des actions distinctes visant à réduire leur consommation d'eau. On y trouve :
- des solutions techniques avancées de gestion du cycle de l'eau, incluant la réutilisation des eaux traitées, la recharge des nappes phréatiques et la préservation des bassins versants ;
- le passage d'une gestion fondée sur le volume d’eau à un système plus fin, conforme aux besoins spécifiques de la plante ;
- le programme opérationnel SPRING, qui applique une méthodologie durable de gestion de l'eau (identifier les risques hydriques, définir des plans d’action ciblés, suivi régulier de la performance…).
OCP Green Water vise une intégration locale de 80% dans ses projets de dessalement
En tant que premier acteur minier national, le groupe OCP est pleinement conscient des enjeux liés au stress hydrique et poursuit sa transition progressive vers l’utilisation de 100% d’eau non conventionnelle site par site, un objectif déjà atteint avec deux ans d’avance sur l’échéance initiale de 2027.
À travers sa filiale OCP Green Water, le groupe ne se contente pas de sécuriser son approvisionnement en eau pour ses propres opérations. Il entend également accompagner la mobilisation croissante des eaux non conventionnelles en développant des technologies plus adaptées. Cette démarche s’appuie sur la R&D menée avec InnovX, l’Université Mohammed VI polytechnique (UM6P) et d’autres partenaires externes, visant à permettre une fabrication locale de certains équipements clés.
S’agissant des projets de dessalement portés par OCP Green Water, le taux d’intégration locale atteint actuellement 60% à 70%, couvrant l’ensemble des phases du design à la construction. Les 30% restants correspondent à des équipements spécifiques qui ne peuvent encore être produits localement et se limitent pour le moment à deux ou trois références précises.
OCP estime néanmoins qu’il sera possible d’atteindre un taux d’intégration de 80% dans ses projets de dessalement dans un avenir proche.
Watec plaide pour un écosystème industriel axé sur le dessalement
Au Maroc, les sociétés marocaines spécialisées dans le dessalement se comptent sur les doigts d'une main, en raison de l’intérêt récent pour cette solution qui représentait auparavant un coût énergétique prohibitif.
Watec se distingue comme un acteur 100% marocain maîtrisant l'intégralité du cycle du dessalement. Son modèle verticalisé intègre la fabrication, la gestion de projets clés en main, l’exploitation et la maintenance, offrant des solutions complètes pour la sécurisation hydrique.
Au cours des trois dernières années, l'entreprise a produit plus de 100 stations, déployées dans les douze régions du Royaume. Ce parc, composé de petites, moyennes et grandes unités, représente une capacité de production totale dépassant 40 millions de mètres cubes d'eau par an.
Pour répondre à l'urgence du stress hydrique, Watec mise sur une fabrication rapide et des innovations portant sur l'efficacité énergétique, le design et la durabilité. Cette approche permet de réduire drastiquement le délai entre la production et la mise en service des installations.
Pour les grandes stations, Watec privilégie une conception modulaire où la station est divisée en modules préfabriqués, ce qui facilite le transport, garantit un contrôle qualité rigoureux en atelier, réduit les délais de construction sur site et optimise les coûts globaux du projet.
Actuellement, le taux d'intégration locale de ses projets varie entre 40 % et 60 %; la part restante correspondant à des équipements de haute technologie non encore disponibles au Maroc.
Les dirigeants de Watec soulignent l'importance stratégique de bâtir un écosystème industriel structuré autour de la chaîne de valeur du dessalement, afin de stimuler l'innovation, l'excellence locale et, pourquoi pas, de réaliser à terme des stations de dessalement 100% made in Morocco.
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