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De la mine au panneau solaire : l'atout caché du Maroc pour conquérir l'industrie photovoltaïque

La diversité minière du Maroc offre plusieurs potentiels pour l'industrie de haute technologie non encore exploités. C'est notamment le cas de la filière des panneaux photovoltaïques, dont la chaîne de valeur pourrait être largement intégrée localement grâce à la disponibilité, en amont, d’une grande partie des matières premières nécessaires à cette industrie verte.

De la mine au panneau solaire : l'atout caché du Maroc pour conquérir l'industrie photovoltaïque
Parc photovoltaïque du groupe OCP
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Le 14 décembre 2025 à 10h09 | Modifié 14 décembre 2025 à 11h44

Le projet récemment annoncé d’une usine de polysilicium à Tan-Tan ouvre la voie à la production d’un élément central de la fabrication des panneaux photovoltaïques. Le sous-sol marocain dispose d’autres potentialités minières qui laissent entrevoir un fort taux d’intégration locale, faisant de cette filière un horizon prometteur pour l’industrie nationale. Cette perspective est confortée par une demande globale appelée à augmenter avec la volonté des pays d’atteindre la neutralité carbone.

Aujourd'hui, le transfert technologique en cours au sein de la chaîne de valeur marocaine des batteries, qui se matérialisera par la première Gigafactory d'Afrique, démontre la capacité du Maroc à développer en parallèle cette filière et à bâtir une notoriété régionale.

En plus de la forte demande internationale, la demande nationale en énergie photovoltaïque devrait également s'accroître. Cette augmentation est attendue notamment après le récent déblocage de l'autoproduction, bien que celui-ci soit limité, et face à l'orientation des grandes industries vers l'autoproduction. Le groupe OCP en est un exemple notable, ayant récemment initié le déploiement de la plus grande capacité d'énergie photovoltaïque au Maroc.

À l'horizon 2028, la seule demande en photovoltaïque au Maroc devrait couvrir des capacités estimées entre 2,97 GW et 4,35 GW, selon les prévisions de Solar Power Europe.

Quel capital minier est disponible pour lancer une filière photovoltaïque Made in Morocco ?

Le Maroc dispose d'un avantage stratégique significatif pour bâtir une filière photovoltaïque intégrée, car l'ensemble des minerais critiques nécessaires à la fabrication des panneaux et de leurs systèmes est présent localement, à l'exception de l'aluminium.

De la mine au panneau solaire : l'atout caché du Maroc pour conquérir l'industrie photovoltaïque
Composition d'un panneau photvoltaique.

Environ 75% de la valeur économique des modules en silicium cristallin proviennent de quatre minéraux : le silicium, l’argent, l’aluminium et le cuivre (le reste provient principalement des polymères).

En ce qui concerne le silicium, le Maroc est bien positionné pour sécuriser, dans les prochaines années, cette matière première de base des cellules photovoltaïques grâce au projet Sondiale qui permettra la production annuelle de 30.000 tonnes de silicium.

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Répartition, en poids, des métaux utilisés dans un module photovoltaique.

En second lieu, l'argent, dont le Maroc est le premier producteur africain, est un composant vital des pâtes conductrices utilisées pour optimiser le rendement des cellules. En effet, même s'il représente une part mineure en poids, l'argent constitue en revanche 15 à 20 % du coût d'une cellule photovoltaïque.

Les réserves marocaines en cuivre et en étain constituent un autre pilier pour l'efficacité électrique des panneaux photovoltaïques. Le premier est la clé de voûte des réseaux de câblage et des systèmes BOS, offrant une conductibilité efficiente. Le second entre quant à lui dans la composition des alliages de soudure, garantissant des connexions permanentes et fiables entre les cellules photovoltaïques.

L'indium, sous-produit des mines de zinc et de cuivre, offre un potentiel stratégique. Utilisé dans les revêtements conducteurs transparents (ITO) des cellules photovoltaïques performantes, il améliore la transmission lumineuse et la conductivité, justifiant le développement d'unités de valorisation dédiées pour extraire ce sous-produit.

Un autre élément également produit en quantité importante au Maroc est le plomb. Celui-ci constitue une part importante des conceptions actuelles et futures de panneaux solaires, où il entre dans le revêtement des rubans de cuivre qui connectent les cellules à l'intérieur des modules photovoltaïques.

Quant à l'aluminium, nécessaire aux cadres et aux structures de montage, l'absence de gisement de bauxite au Maroc ne constitue pas un frein. Ce métal, largement disponible sur le marché international et hautement recyclable, reste accessible à des coûts compétitifs sans nécessiter une extraction locale.

Qu’en est-il des autres types de panneaux solaires ?

Il existe également la technologie des couches minces utilisant des matières premières différentes. Après le silicium cristallin, la technologie la plus répandue est celle au tellurure de cadmium (CdTe). Le cadmium est un sous-produit de l’extraction du zinc, tandis que le tellure, plus rare, peut provenir du raffinage du cuivre.

On trouve également des panneaux à base de cuivre, indium, gallium et sélénium (CIGS). L’indium et le gallium sont des éléments relativement rares, obtenus respectivement comme sous-produits du zinc et de l’aluminium. Le sélénium est aussi un sous-produit du raffinage du cuivre.

Pour ces deux technologies, la nécessité de combiner plusieurs éléments rend la production de masse plus complexe et coûteuse.

Le Maroc, avec ses importantes mines de cuivre et de zinc, joue un rôle croissant dans cette chaîne de valeur. Le pays développe activement la valorisation de ses sous-produits miniers, notamment à travers le groupe Managem. Celui-ci prévoit notamment la construction d’une fonderie de cuivre, un projet qui permettra de mieux exploiter et commercialiser ces éléments critiques pour l’industrie photovoltaïque.

Surcapacités et chute des coûts : un marché mondial sous haute tension, dominé par la Chine

À l'image du secteur des batteries, la Chine exerce une supériorité incontestée sur l'intégralité de la chaîne de valeur du solaire photovoltaïque, dictant le rythme industriel de l'amont à l'aval.

Cette domination se traduit par un contrôle quasi total de chaque étape de transformation : de la purification du polysilicium à la découpe des plaquettes (wafers), jusqu'à la fabrication des cellules et l'assemblage des modules finis.

Les entreprises chinoises saturent ainsi les dix premiers rangs mondiaux en matière de capacité de production, s'arrogeant des parts de marché, ce qui place le reste du monde dans une situation de dépendance structurelle vis-à-vis de l'outil industriel de Pékin pour sa transition énergétique.

Lorsqu’on examine le top 10 des cinq segments industriels du photovoltaïque (polysilicium, lingots, wafers, cellules et modules), on n'y trouve que trois entreprises non chinoises. Il s’agit de deux entreprises canadiennes, spécialisées dans la fabrication des cellules et des modules, et d’une entreprise allemande, spécialisée dans la production de polysilicium.

Les entreprises chinoises saturent ainsi les premiers rangs mondiaux en matière de capacité, s'arrogeant des parts de marché écrasantes, ce qui place le reste du monde dans une situation de dépendance structurelle vis-à-vis des mégacapacités industrielles de Pékin.

L'avantage compétitif de la Chine transcende la simple réalisation d'économies d'échelle et la domination de la chaîne d'approvisionnement. Il est intrinsèquement lié à une dynamique d'innovation technologique qui vise l'amélioration des rendements et l'optimisation des ressources par la réduction de l'utilisation des matières premières et la perfection des processus industriels.

Comment le Maroc peut-il s'imposer sur ce marché de niche ultra-concurrentiel ?

Dans le contexte actuel, les nouveaux entrants peinent à se positionner sur le marché, freinés par une concurrence agressive qui privilégie souvent la vente à perte. Or, malgré la domination chinoise sur le marché, les États-Unis imposent périodiquement des restrictions sur les panneaux solaires chinois. Ces mesures créent une marge d'opportunités pour des nouveaux acteurs.

Au Maroc, les projets de valorisation minière devront permettre de sécuriser l'approvisionnement en matières premières et de placer le Maroc comme une future destination opportune pour cette industrie verte.

Ces projets, d'une grande importance, permettent de produire des matériaux de pureté moyenne à très élevée, directement adaptés aux besoins industriels. Bien que les procédés puissent paraître simples sur le plan théorique, leur certification, particulièrement pour les industries de haute technologien exige un temps considérable et des moyens substantiels avant toute utilisation effective dans l'industrie.

Pour être compétitif à l'échelle régionale, le Maroc devra d'abord bâtir une solide notoriété et développer une expertise reconnue. Un transfert technologique s'avère en effet indispensable pour une industrie à haute valeur ajoutée comme celle du solaire.

Le développement de cette filière gagnerait à être envisagé de manière progressive. Une première étape stratégique consisterait à cibler prioritairement le marché intérieur, dont la demande est forte et croissante, notamment dans le secteur agricole pour l'irrigation. L'énergie solaire pourrait ainsi se substituer à l'utilisation coûteuse de bonbonnes de gaz subventionnées. En consolidant d'abord une solide notoriété locale, le Maroc disposerait alors d'un tremplin pour conquérir de nouveaux marchés à l'échelle régionale.

Le recyclage des panneaux photovoltaïques, une opportunité à double effet

Bien que longue, la durée de vie des panneaux solaires est limitée. Aujourd’hui, les procédés de recyclage ont avancé pour permettre la récupération de jusqu’à 94 % des matières présentes dans un panneau solaire, offrant ainsi davantage d’opportunités économiques et évitant le rejet dans la nature, réduisant ainsi son impact environnemental.

En plus de leur réutilisation dans la fabrication de nouveaux panneaux solaires, chaque composant présente de multiples débouchés industriels. Le cuivre, par exemple, est un élément central de l'industrie électrique. Quant au silicium, il peut être recyclé jusqu'à quatre fois pour la production de nouveaux modules.

Le recyclage s'appuie sur deux grandes méthodes de traitement : le broyage et la délamination par lame chaude. Cependant, ces technologies nécessitent d'être nettement améliorées pour que le recyclage à grande échelle soit économiquement viable.

En France, Soren est chargé de la collecte et du traitement des panneaux photovoltaïques usagés. Son conseil d'administration est composé des principaux énergéticiens du pays. Financé par une redevance incluse dans le prix d'achat initial, Soren collecte et traite les panneaux en fin de vie via des points de dépôt (pour moins de 40 panneaux) ou par demande d'enlèvement (pour plus de 40 modules).

Précédemment, le CESE s'est autosaisi du sujet de la valorisation des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) où il note que ce potentiel est largement sous-exploité au Maroc, représentant une masse allant jusqu'à 177.000 tonnes.

Pour débloquer ce potentiel, il recommande de revoir le cadre juridique en y intégrant notamment les panneaux solaires, de mettre en place des incitations financières et fiscales, de structurer et professionnaliser l’activité informelle, d’aménager les décharges en plateformes encadrées de tri et de démantèlement, et d’instaurer un étiquetage « ne pas jeter ».

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Le 14 décembre 2025 à 10h09

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