img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
Santé

Talib et Semlali : de rivaux à partenaires à la tête de la Fédération des entreprises de santé de la CGEM

La Fédération marocaine des entreprises de services de santé a enfin été activée avec l'élection à sa tête de Rochdi Talib et Redouane Semlali. Les rivaux d'hier ont finalement enterré la hache de la guerre et se sont unis pour donner au secteur une représentativité au sein de la CGEM.

Le binôme Rochdi Talid et Redouane Semlali élu à la tête de la Fédération marocaine des entreprises de services de santé
Le binôme Rochdi Talid et Redouane Semlali élu à la tête de la Fédération marocaine des entreprises de services de santé
K.Kh. et H.G.
Le 18 décembre 2025 à 14h06 | Modifié 18 décembre 2025 à 14h43

Rochdi Talib et Redouane Semlali ont été élus, ce mardi 16 décembre, respectivement président et vice-président de la Fédération marocaine des entreprises de services de santé (FMAESS).

Une annonce d’apparence anodine, mais qui marque en réalité l’enterrement d’une hache de guerre longtemps brandie entre deux figures majeures – et jusque-là antagonistes – de la santé privée marocaine.

Derrière ce binôme unanimement élu aujourd'hui se cache une rivalité ancienne, souvent frontale, qui a structuré pendant plusieurs années les luttes de représentativité d’un secteur en pleine mutation.

Une rivalité née de la crise de représentativité du privé

Pour comprendre la portée de cette élection, il faut remonter à 2020. À l’époque, la crise covid met le secteur de la santé au cœur de l'actualité et des politiques publiques.

Une pandémie mondiale dont les répercussions sont multisectorielles, des réformes importantes à forts enjeux, un secteur privé en mutation par l’émergence de grands groupes structurés à la faveur de la loi 131-13, ouvrant le capital des cliniques privées à des investisseurs non-médecins...

Dans ce contexte, la CGEM cherchait donc à faire représenter le secteur privé de la santé au sein de ses instances. Une volonté qui a enclenché une grande bataille.

Deux camps s’opposent alors. D’un côté, les instances historiques, au premier rang desquelles l’Association nationale des cliniques privées (ANCP), présidée par le Pr Redouane Semlali. Ce dernier était également le vice-président de la Fédération nationale de la santé, à travers laquelle il voulait intégrer la CGEM.

De l’autre, de nouveaux groupes émergeant à la faveur de la nouvelle réglementation. Des groupes/entreprises structurés de taille plus importante – Akdital, ODM, entre autres. Ils se regroupent au sein de l’Association marocaine des groupes de santé (AMGS).

Les premiers revendiquent la représentation historique du secteur. Les seconds, dont les problématiques diffèrent, contestent une représentation jugée inadaptée à la nouvelle réalité du secteur et veulent avoir leur propre voix.

Les tensions montent et la CGEM décide enfin qu'elle ne cooptera pas d'association externe et fera représenter le secteur par une fédération interne. Cette dernière restera dormante, jusqu'à ce 16 décembre.

Et la bataille entre Talib et Semlali prendra ensuite une tournure plus personnelle, jalonnée par plusieurs crises, des attaques et contre-attaques par communiqués interposés. En 2022, nous titrions sur une "Bataille d’égo et d’influence dans les cliniques privées" sur fond de guerre de leadership et de contrôle des instances.

Rochdi Talib accusait alors l’ANCP d’avoir été "détournée de son objet" et instrumentalisée contre son groupe. Mais plus globalement, les groupes structurés estimaient que malgré leur poids, ils n'étaient jamais consultés ni impliqués dans les dossiers stratégiques.

De l'autre côté, on reprochait aux groupes de "vouloir mettre la main sur les instances du secteur à coups de moyens financiers" et "de mener une charge contre le Pr Semlali et l’ANCP car l’association, sous sa direction, défend davantage les petites cliniques que les grands groupes".

Les rivaux d’hier, partenaires d’aujourd’hui

Alors comment les rivaux d'hier sont-ils devenus les partenaires d'aujourd'hui, et portent ainsi tous les deux la représentativité du secteur ?

"La santé privée est le seul secteur qui n’était pas encore représenté au niveau de la CGEM", déclare Rochdi Talib à Médias24, après son élection en tant que président de la fédération. "Avec le Pr Redouane Semlali, on s’est alors mis d’accord pour constituer un binôme. Nous avons été élus à l’unanimité ce mardi, et nous sommes très motivés pour l'accompagner. Nous avons un secteur public qui est fort. Nous avons besoin d’un secteur privé aussi fort, pour créer une complémentarité totale, dans l’intérêt des Marocains".

L’élection de Rochdi Talib et Redouane Semlali marque donc un tournant, celui de l’activation réelle de cette fédération et, surtout, d’un compromis entre deux visions (personnes) longtemps irréconciliables.

Selon des sources sûres, les opérateurs privés du secteur de la santé ont été au cœur de plusieurs polémiques ces derniers mois, sans qu'ils aient un représentant qui prenne la parole en leur nom.

Il y a eu le sujet des médecins publics qui optent pour le privé, l'AMO qui bénéficie plus aux opérateurs privés. Puis il y a eu l'épisode des subventions d'investissement, puis celui des marges et des remises sur les produits hospitaliers… entre autres sujets qui ternissent l'image du secteur, énumère une de nos sources.

Le groupe Akdital a été particulièrement touché et directement concerné par certaines de ces polémiques, du fait de sa taille qui lui confère aujourd'hui le titre de leader du secteur et donc aux yeux du public, il cristallise le secteur privé de la santé.

"Pendant ce temps, les divisions internes ont eu un impact négatif car elles privent le secteur de représentativité structurée", ajoute une autre source.

C'est ce contexte tendu qui a fait que les deux protagonistes se sont rapprochés et ont décidé de mettre fin aux logiques de clans et de parler d’une seule voix face aux pouvoirs publics.

Début octobre 2025, la CGEM lance les élections pour la présidence de la Fédération des entreprises de services de la santé et annonce le calendrier du scrutin qui s'est tenu, donc, ce 16 décembre.

La FMAESS revendique aujourd’hui la représentation de l’ensemble de l’écosystème privé de la santé.

"L’ensemble des acteurs privés intervenant dans l’écosystème de la santé privée, notamment les cliniques privées, les distributeurs de dispositifs médicaux, et plus largement, tous les représentants des sociétés apportant une valeur ajoutée au système de santé", nous précise Rochdi Talib.

Un poids loin d’être négligeable : le privé concentre environ 40% de la capacité litière nationale et assure plus de 70% de la prise en charge des pathologies lourdes.

Que compte faire le binôme Talib-Semlali de la Fédération ?

Derrière la réconciliation, l’enjeu est désormais politique et stratégique. "Notre vision avec le Pr Semlali est simple. Nous souhaitons participer aux grandes décisions dans le secteur de la santé", affirme Rochdi Talib. "Dans ce sens, j’espère que nous allons collaborer pleinement avec le ministère de tutelle, pour apporter notre expertise".

Le chantier prioritaire est le partenariat public-privé. "Il faut savoir qu’aujourd’hui, le secteur privé de la santé, et plus précisément les cliniques privées, représentent 40% des lits au Maroc. Et la majorité des grosses pathologies, telles que les cancers, la cardiologie et l’intervention chirurgicale se pratiquent à plus de 70% dans le secteur privé".

Et de poursuivre : "Nous avons donc intérêt à accorder nos violons avec le ministère de la Santé, et à essayer de trouver un terrain d’entente pour un partenariat public-privé, qui n’a pas encore vu le jour jusqu’à présent, à part dans le cadre de la prise en charge des hémodialysés".

"Là où le secteur privé présente des lacunes, le public prend le relais, et inversement. Là où le public fait défaut, le privé apporte sa valeur ajoutée", poursuit Talib.

Reste à savoir si cette trêve entre deux figures longtemps irréconciliables survivra à l’épreuve des dossiers concrets. Mais une chose est certaine : pour la première fois depuis des années, le secteur privé de la santé dispose d’une instance patronale activée, portée par ceux-là mêmes qui en incarnaient hier les fractures.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Tags : cgem
K.Kh. et H.G.
Le 18 décembre 2025 à 14h06

à lire aussi

Le Maroc face au risque d’une inflation alimentaire diffuse et composite
ECONOMIE

Article : Le Maroc face au risque d’une inflation alimentaire diffuse et composite

Alors que les instances internationales s'inquiètent d'un nouveau choc systémique mondial lié aux tensions géopolitiques, le Maroc navigue entre une campagne agricole prometteuse et des goulots d'étranglement logistiques nationaux. Si le blé tendre reste sous protection, les filières animale, sucrière et oléagineuse demeurent exposées à une inflation de second rang et à une saturation portuaire qui grignote les marges de manœuvre. Analyse.

Pourquoi le taux d’inflation ne reflète pas toujours le vécu des ménages
ECONOMIE

Article : Pourquoi le taux d’inflation ne reflète pas toujours le vécu des ménages

Au Maroc, l’inflation ralentit, mais les ménages continuent de ressentir la hausse des prix et la pression sur leur pouvoir d’achat. Cet écart vient surtout d’une lecture incomplète du taux d’inflation, ainsi que de la nature même du panier représentatif utilisé pour mesurer l’évolution des prix.

Intelcia : Karim Bernoussi et ses partenaires reprennent 100% du capital, sortie d’Altice
BUSINESS

Article : Intelcia : Karim Bernoussi et ses partenaires reprennent 100% du capital, sortie d’Altice

Le 28 avril, les deux cofondateurs du groupe, Karim Bernoussi et Youssef El Oufir, doivent finaliser le rachat des 65% du capital détenus par le groupe Altice, dont ils n'avaient conservé que 35% lors de l'entrée du partenaire français en 2016. Une opération qui redonne à ce fleuron de l'économie marocaine sa pleine liberté de manœuvre, au moment précis où son secteur est traversé par la déferlante de l'intelligence artificielle. Karim Bernoussi, PDG du groupe, était l'invité du 12/13 de Médias24.

L’Oukaïmeden,  station d’hiver et espace culte de transhumance
SOCIETE

Article : L’Oukaïmeden,  station d’hiver et espace culte de transhumance

Alors que l’Oukaïmeden est appelé à devenir une station touristique quatre saisons à l’horizon 2027, l’anthropologue Mohamed Mahdi rappelle que ce territoire ne peut être réduit à un site de loisirs. Agdal pastoral, espace de transhumance, réservoir de biodiversité et patrimoine culturel amazigh, l’Oukaïmeden impose une approche de développement intégrée, capable de concilier tourisme, pastoralisme et préservation des équilibres sociaux et écologiques.

La météo pour le lundi 27 avril 2026
Les prévisions quotidiennes

Article : La météo pour le lundi 27 avril 2026

Voici les prévisions météorologiques pour le lundi 27 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie.

Plan d’aménagement de Marchica : un nouveau souffle socio-économique pour Nador et Beni Ensar
Architecture et urbanisme

Article : Plan d’aménagement de Marchica : un nouveau souffle socio-économique pour Nador et Beni Ensar

L'aménagement de la lagune de Marchica s’apprête à un nouveau chapitre. Au-delà des avancées de la première phase, il dessine une nouvelle transformation urbaine et touristique d'ampleur, de Nador à Beni Ensar, jusqu'au village d'Arkman. L’enquête publique s’est achevée vendredi.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité