École rurale. Au-delà de l’accès, l’enjeu reste l’efficacité (étude)
Une étude récente fondée sur les données du Service Delivery Indicators (SDI) montre que les écoles primaires rurales au Maroc utilisent imparfaitement leurs ressources. La recherche met en évidence de forts écarts d’efficacité entre établissements, et identifie le préscolaire et les infrastructures comme des leviers clés d’amélioration.
Pendant longtemps, le débat sur l’école rurale au Maroc a mis en évidence une dissociation entre la progression de la scolarisation et des dépenses éducatives, et les résultats obtenus en termes d’apprentissage. Une étude récente d’Aomar Ibourk et Karim El Aynaoui, chercheurs affiliés au Policy Center for the New South, publiée dans une revue académique internationale, propose une approche analytique plus fine.
Plutôt que d’interroger le seul niveau des ressources ou de la scolarisation, elle pose une question différente : comment les écoles rurales transforment-elles les moyens dont elles disposent en apprentissages effectifs, au regard des meilleures pratiques observées ? Pour y répondre, les auteurs mobilisent, pour la première fois au Maroc, les microdonnées du Service Delivery Indicators (SDI). L’échantillon couvre près de 299 écoles primaires publiques et privées, réparties entre zones rurales et urbaines.
Faible efficacité des écoles rurales
L'enquête est fondée sur des observations de classes, des visites non annoncées et des tests standardisés administrés aux enseignants et aux élèves. L’approche rompt ainsi avec les approches classiques fondées sur les taux de scolarisation ou les dépenses affectées à l'éducation.
Comme premier résultat, l'étude indique que l’efficacité moyenne des écoles rurales s’établit à 0,63. Autrement dit, en comparaison des établissements les plus efficients observés, les écoles rurales fonctionnent en moyenne à un peu plus de 60%.
Ce chiffre ne renvoie pas à un déficit absolu de moyens, mais à une hétérogénéité marquée dans la capacité des écoles à convertir leurs ressources en résultats.
Cette hétérogénéité apparaît nettement lorsqu’on distingue les types d’établissements. Les écoles communautaires, souvent présentées comme une réponse plus structurée aux contraintes du monde rural, se caractérisent par une plus grande stabilité organisationnelle. Pourtant, les résultats montrent qu’elles sont, en moyenne, moins efficientes.
À l’inverse, les classes multigrades, largement répandues dans les zones enclavées et fréquemment considérées comme une solution de second rang, ne sont pas systématiquement associées à de faibles performances. Leur efficacité varie fortement selon les conditions d’encadrement et l’environnement scolaire.
Les déterminants de l’efficacité scolaire en milieu rural
L’analyse des déterminants permet de préciser ces écarts. Deux facteurs ressortent clairement comme associés positivement à l’efficacité des écoles rurales.
D’une part, la présence du préscolaire, qui apparaît liée à de meilleurs scores d’efficacité au niveau primaire. D’autre part, les établissements ayant bénéficié de rénovations ou disposant d’infrastructures améliorées affichent, en moyenne, des performances plus proches de la frontière estimée.
À l’inverse, le statut socio-économique des élèves est associé à des niveaux d’efficacité plus faibles, confirmant le poids des inégalités sociales dans les trajectoires éducatives, même lorsque l’analyse se concentre sur l’usage des ressources plutôt que sur leur volume.
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