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Agriculture. Tata peut-elle encore se permettre de cultiver les pastèques ?

Malgré les récentes pluies, les autorités de Tata maintiennent l’interdiction de cultiver la pastèque, une décision dénoncée par les agriculteurs d’Addis. Une embellie climatique temporaire suffit-elle à remettre en cause une mesure de préservation importante? Décryptage d'une polémique dans une région où chaque goutte compte.

Agriculture. Tata peut-elle encore se permettre de cultiver les pastèques ?
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Le 12 janvier 2026 à 19h30 | Modifié 12 janvier 2026 à 19h30

Les autorités de la province de Tata sont récemment intervenues pour faire appliquer une décision gubernatoriale interdisant les cultures grandes consommatrices d'eau, dont la pastèque.

Cette mesure, en vigueur depuis 2022 et confirmée en 2024, vise à préserver les ressources hydriques de la province de Tata, affaiblie par la succession des années de sécheresse. Elle ne concerne pas seulement l’interdiction des cultures hydrovores, mais également l'octroi de permis de forage de puits et la limitation des prélèvements d'eau dans les zones irriguées.

Après cette intervention, la préfecture de Tata a tenu à rappeler que, malgré l'amélioration récente des conditions météorologiques, aucune levée des restrictions n'a été décidée, car les réserves actuelles ne suffisent qu'à l'adduction en eau potable des habitants et aux cultures de première nécessité.

De leur côté, les agriculteurs de la commune d’Adiss, située au sud de Tata, ont réagi via un communiqué relayé par la presse régionale. Ils y dénoncent une "discrimination" et un "abus de pouvoir" de la part des autorités, arguant que ces décisions reposent sur des prétextes infondés, "sans fondement scientifique ni données techniques précises".

Ils contestent notamment l'argument de la sécheresse utilisé pour justifier ces restrictions, soulignant que les provinces voisines, telles que Taroudant, Tiznit ou Assa, ne sont pas soumises aux mêmes interdictions.

Entre l’interdiction des autorités locales et le refus des agriculteurs, le débat sur les cultures hydrovores dans la province de Tata doit-il avoir lieu ?

Tata : une province sous stress hydrique structurel

Administrativement située dans la région Souss-Massa, la province de Tata dépend de l'Agence du bassin hydraulique de Draâ-Oued Noun. Ses ressources hydriques proviennent principalement des reliefs de l'Anti-Atlas.

Dans cette zone aride où les eaux de surface sont rares et les barrages peu nombreux, le paysage est traversé par deux rivières intermittentes (les oueds Tata et Si Rezzoug) qui rejoignent le Drâa, mais restent asséchées une grande partie de l'année.

L'approvisionnement en eau repose donc sur les nappes souterraines et sur le maintien de pratiques traditionnelles de captage, telles que les khettaras.

Agriculture. Tata peut-elle encore se permettre de cultiver les pastèques ?
Carte des ressources hydriques disponibles dans le bassin de Draâ-Oued Noun. Dans la province de Tata, l'eau est sourcée principalement à partir des sondages, de quelques khettaras et de rares sources.

Une étude scientifique menée en 2020 sur la nappe de Tata a confirmé que sa recharge dépend des précipitations sur l'Anti-Atlas. Elle alerte également sur le fait que l'exploitation continue des eaux souterraines dépasse les capacités de renouvellement naturel, aggravant le déficit et la salinité, au point que les cultures actuelles pourraient ne plus continuer à produire.

La surexploitation des ressources a provoqué une dégradation notable des réserves, menaçant la disponibilité de l’eau potable et accentuant la salinisation des nappes. Parallèlement, cette pression agricole a entraîné un appauvrissement des sols, affectant directement les rendements, en particulier ceux des cultures fourragères.

L'impact des récentes pluies reste mitigé. Alors que les villes voisines comme Agadir ou Tiznit ont vu leurs précipitations doubler par rapport à la normale, la province de Tata a dû se contenter d'un cumul ne dépassant pas 30 mm.

Face à ces conditions sévères, le projet du barrage de Msalit, en cours de construction, vise en premier lieu la recharge des nappes et, en second lieu, l'approvisionnement en eau des superficies oasiennes existantes, et ce, à travers une capacité totale de 30 millions de mètres cubes.

Les ressources hydriques peuvent-elles supporter l’agriculture irriguée ?

L’interdiction en vigueur dans la province de Tata découle d’une Commission provinciale de l’eau, instituée en 2019 par le gouverneur. C’est sur la base des avis techniques émis par cette instance que se décide le maintien ou la levée des restrictions hydriques.

Face à des ressources en eau extrêmement limitées, un débat oppose les cultures traditionnelles aux cultures plus intensives. La question "la pastèque consomme-t-elle plus d’eau que le palmier dattier ?" ne peut être tranchée uniquement sous l’angle hydrique. Il est essentiel de considérer la valeur patrimoniale historique et socio-économique de la filière phoénicicole pour la région et de sa résilience hydrique, contrairement à la pastèque qui représente une culture saisonnière et opportuniste qui ne peut être implantée que si les conditions hydriques le permettent.

Historiquement zone oasienne, la province de Tata a vu ses pratiques ancestrales évoluer pour concilier préservation de l'eau et développement de l'irrigation. Si les cultures céréalières (environ 15.000 hectares qui se sourcent de l’excédent) échappent à l'interdiction, la tension se cristallise autour de la commune d’Addis, en raison de sa structure foncière où 80% des terres dépendent de l’irrigation, contre seulement 20% en agriculture pluviale (Bour).

Pour la province de Tata, dont les alternatives économiques sont restreintes, l’agriculture demeure le principal levier de développement. Dès lors, la voie la plus raisonnable consiste à repenser le modèle agricole provincial en s'orientant vers des cultures à haute valeur ajoutée, mais sobres en eau, afin de préserver la ressource sans sacrifier le développement.

La délimitation des périmètres agricoles est-elle la solution pour Tata ?

La comparaison établie par les agriculteurs d’Addis avec d’autres provinces est incohérente. En effet, les régions citées en exemple bénéficient d’eaux de surface qui se renouvellent bien plus rapidement que les nappes souterraines. C’est d'ailleurs le cas en Mauritanie, où la culture de la pastèque est pratiquée aux abords du fleuve Sénégal, profitant ainsi d'une ressource renouvelable.

À Tata, face à une nappe difficilement rechargeable, l’activité agricole doit être strictement encadrée, tant dans l'espace que dans les volumes consommés. La priorité absolue reste la sécurisation de l’eau potable et la préservation d'une agriculture vivrière et historique.

Même l'enneigement récent dans l'Anti-Atlas, qui devrait théoriquement permettre une remontée de la nappe après la fonte des neiges, ne justifie pas une extension des activités agricoles. Une telle expansion compromettrait le processus de recharge naturelle et aggraverait le problème de salinisation des eaux souterraines de Tata.

Une étude scientifique récente sur la nappe d’Al Haouz a démontré que le simple maintien de l’activité agricole actuelle est important, bien qu'insuffisant pour la régénération rapide des ressources. Avec une réduction effective des superficies cultivées, sur des bases scientifiques, le processus de renouvellement de la nappe s’active, et ce, même dans les scénarios les plus extrêmes de réchauffement climatique.

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Le 12 janvier 2026 à 19h30

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