La nouvelle instruction de change apporte une avancée pour les startups
La nouvelle Instruction générale des opérations de change 2026 introduit plusieurs assouplissements en faveur des startups marocaines, notamment en matière d’investissement à l’étranger. Les professionnels espèrent que cette réforme sera ensuite étendue à l’ensemble des entreprises technologiques.
L’Instruction générale des opérations de change 2026 (IGOC 2026) publiée par l'Office des changes, marque une inflexion significative du cadre réglementaire des changes en faveur des jeunes entreprises innovantes (JEI). Cette évolution s’inscrit dans la stratégie 2025–2029 de l’Office des changes, qui vise à accompagner la transformation structurelle de l’économie nationale et à adapter la réglementation aux nouveaux modèles de création de valeur portés par l’innovation et le numérique.
Cette évolution a été précédée par un dialogue entre l'Office des changes et les acteurs institutionnels et professionnels, notamment les représentants de l’écosystème technologique, au premier rang desquels l’Association des Professionnels des Technologies de l’Information (APEBI). Les échanges menés ont mis en évidence la nécessité d’un cadre de change plus agile, capable d’accompagner la croissance internationale des startups marocaines sans compromettre la soutenabilité des équilibres extérieurs.
Selon nos sources, une étude d’impact a été menée en amont, permettant d’évaluer les effets potentiels de l’ouverture accrue à l’international des jeunes entreprises innovantes, tant sur leur développement que sur les équilibres extérieurs.
Un écosystème dynamique, encore faiblement projeté à l’international
Le tissu des jeunes entreprises innovantes connaît, ces dernières années, une dynamique soutenue. Dépassant les 560, les startups labellisées par l’Agence de développement du digital (ADD) enregistrent un taux de croissance annuelle moyen dépassant 10 %.
Par ailleurs, la majorité des JEI existent depuis trois années au minimum, ce qui leur confère une base opérationnelle solide. Mais cette maturité ne se traduit encore que marginalement par une présence à l’international : un nombre limité de JEI a engagé des démarches d’internationalisation, révélant un potentiel important en matière d’exportation de services et d’investissement à l’étranger.
Des échanges extérieurs structurellement excédentaires
Les résultats de l’étude d’impact font apparaître une balance des transactions avec l’étranger structurellement excédentaire pour les JEI sur les trois dernières années.
En 2022, les recettes en devises se sont élevées à plus de 115 MDH, contre des dépenses de près de 65 MDH, dégageant un solde positif de 50 MDH. Cette tendance s’est accentuée en 2023, avec un excédent de 134 MDH, avant de se maintenir à un niveau positif en 2024 (+74 MDH), malgré un repli des recettes.
En revanche, les investissements des JEI à l’étranger demeurent limités. Bien qu’en progression depuis 2022, ils atteignent 1,8 MDH en 2024, un montant modeste au regard de la taille et du potentiel du secteur.
Ces investissements sortants restent largement couverts par ceux entrants (40 MDH en 2024), traduisant une exposition extérieure globalement favorable et un risque macroéconomique maîtrisé.
Un dispositif ciblé, issu de la concertation
C’est dans ce contexte que l’IGOC 2026 introduit un dispositif ciblé en faveur de l’internationalisation des JEI. Les startups labellisées par l’ADD peuvent désormais investir à l’étranger jusqu’à 10 millions de dirhams par an, sans être soumises aux exigences antérieures de justification de trois années d’activité ou de certification des comptes par un commissaire aux comptes.
Parallèlement, en matière de commerce électronique, la dotation accordée aux startups est portée à 2 millions de dirhams, contre 1 million de dirhams auparavant, renforçant ainsi leur capacité à financer leur développement numérique et international.
Un impact macroéconomique maîtrisé
Les simulations réalisées dans le cadre de l’étude d’impact montrent que le relèvement du plafond d’investissement à l’étranger aurait un impact macroéconomique limité. En effet, il ne devrait pas dépasser 1% du niveau global des investissements directs marocains à l’étranger en 2026. Selon nos sources, cette réforme est "prudente et progressive".
Ce cadre de change adapté aux ambitions internationales des startups marocaines, considéré comme nécessairement progressif par l'Office des changes, peut-il aller plus vite?
Ce qu'en pensent les professionnels
Tout en prenant acte de ces améliorations, les professionnels aimeraient que ces mesures soient étendues à toutes les entreprises technologiques.
Contacté par Médias24, Redouane El Haloui, président de la Fédération marocaine des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring, indique que l’IGOC 2026 constitue une avancée réelle du cadre de change marocain.
"Il s’agit avant tout d’une flexibilisation ciblée, pensée pour les startups labellisées. Elle gagnerait à devenir une réforme structurelle adaptée à l’ensemble de l’économie technologique", explique Redouan El Haloui.
Adopter le même régime pour les PME Tech
"Le Maroc ne doit plus raisonner à travers une opposition entre les startups d’un côté, les PME classiques de l’autre, en ignorant un segment pourtant stratégique, à savoir les PME Tech. Ces entreprises, déjà structurées, souvent exportatrices, gagneraient à être reconnues comme une catégorie économique spécifique. Le régime de change auquel elles sont soumises doit être adapté à leurs modèles (SaaS, services numériques, propriété intellectuelle, partenariats internationaux)", ajoute-t-il.
Selon lui, ce cadre réglementaire contraignant se traduisait concrètement par des blocages opérationnels.
"Avant l’IGOC 2026, les exigences d’ancienneté, de certification des comptes et les plafonds rigides bloquaient des opérations essentielles, dont la création de filiales à l’étranger, les investissements commerciaux, la structuration juridique ou le paiement d’outils numériques. La réforme corrige ces blocages pour les startups labellisées. Il faut intégrer les PME Tech dans ce dispositif", souligne notre interlocuteur.
S’agissant du relèvement des plafonds opéré par l’IGOC 2026, Redouan El Haloui estime que ces ajustements, bien que nécessaires, restent insuffisants.
"Le relèvement des plafonds est nécessaire, mais il est insuffisant s’il n’est pas accompagné. L’internationalisation ne se décrète pas par la réglementation seule. Elle suppose un accompagnement actif à la promotion internationale et une montée en compétence des dirigeants", précise-t-il.
Les conditions d’une réforme efficace
"L’APEBI, en coordination avec le Technopark, dispose des capacités pour accompagner les startups marocaines : missions business, accès aux marchés, mise en relation avec partenaires et investisseurs étrangers", poursuit notre source.
Mais les difficultés ne sont pas uniquement réglementaires. Elles sont aussi d’ordre humain et managérial.
"L’enjeu est aussi humain et managérial. Beaucoup de dirigeants de startups ne sont ni suffisamment formés ni suffisamment informés pour se vendre à l’international, comprendre les codes commerciaux étrangers, structurer une organisation scalable ou dialoguer avec des clients et investisseurs internationaux", explique Redouan El Haloui.
Dans ce contexte, une labellisation plus exigeante et mieux adaptée aux réalités de l’export est nécessaire.
"Dans cette logique, il serait pertinent d’aller plus loin et de créer un label “Export Tech”. Ce label ne certifierait pas seulement l’innovation technologique, mais aussi la capacité managériale, commerciale et organisationnelle d’une entreprise à opérer sur les marchés internationaux", indique notre interlocuteur.
Concernant les partenariats avec les investisseurs étrangers, notre source estime que la réforme apporte des avancées concrètes, mais qui doivent être généralisée à toute la Tech.
"Pour les startups labellisées, l’impact est tangible : facilitation des investissements à l’étranger, réduction des frictions opérationnelles et meilleure compatibilité avec les standards juridiques internationaux, notamment en matière de garanties lors des opérations de croissance ou de cession", explique Redouan El Haloui.
"Mais là encore, les PME Tech restent exclues, alors qu’elles sont souvent les plus attractives pour les investisseurs en phase de scale-up".
"Cette réforme n’est pas suffisante à moyen terme. L’IGOC 2026 est une étape intermédiaire. Si le Maroc veut bâtir une économie numérique exportatrice, il devra rapidement reconnaître officiellement les PME Tech, adapter le régime de change à la nature des flux numériques et articuler politique de change, politique industrielle et politique de compétences. À défaut, un nouveau palier d’assouplissement sera inévitable", conclut notre source.
Opérations de change. Ce qu’apporte la nouvelle réglementation
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