Le diktat de Pékin ou comment la Chine force la baisse des prix du fer
À contre-courant du marché des métaux, le minerai du fer entame une phase de repli sous l’impulsion de la Chine. Premier consommateur mondial, Pékin utilise désormais une stratégie pour contrôler les prix et stabiliser son approvisionnement, inversant ainsi le rapport de force traditionnel entre producteurs et acheteurs.
Contrairement à plusieurs métaux stratégiques, le cours du fer a enregistré une chute progressive en ce début d'année 2026, alimentée par les craintes d'une offre excédentaire. Cette baisse pourrait porter un coup dur aux principaux pays producteurs, notamment l’Australie où le secteur minier est principalement porté par les revenus d’exportation du minerai de fer.
La Chine, premier importateur de ce minerai, constitue le moteur de la demande mondiale en tant que premier producteur d'acier. Récemment, les volumes de ses stocks portuaires ont atteint des niveaux inédits alors que la production d’acier a baissé.
Une déstabilisation des prix du fer est prévue à partir de 2026
Depuis 2024 et jusqu'à la fin de 2025, le cours du minerai de fer est resté relativement stable, porté par une grande demande des aciéries chinoises. Cette stabilité n'a pas empêché des volatilités périodiques du cours de ce minerai, en baisse ou en hausse, mais celui-ci se situe généralement autour de 100 dollars la tonne (à plus ou moins 10 dollars près).
Cependant, comme pour tous les métaux stratégiques, des pénuries d'approvisionnement peuvent causer des flambées vertigineuses des prix, comme ce fut le cas en 2021 lorsque le cours du fer a doublé, dépassant le seuil de 200 dollars la tonne.
En 2026, les estimations de la plateforme Platts prévoient un cours du fer sur le marché de Singapour, en moyenne autour de 100 $/tonne sèche au début de 2026, avant de prévoir une diminution des prix de fer à teneur élevée en dessous de ce seuil au moins à partir du deuxième trimestre de l’année 2026.
De même, Bloomberg, qui a sondé plusieurs analystes du marché, estime que le cours en 2026 devrait passer d'une médiane de 100 dollars la tonne au premier trimestre 2026 à 90 dollars au deuxième trimestre 2027.
La Chine resserre la demande mondiale en fer
Par sa position, la Chine choisit d'exercer un contrôle sur les prix de ce métal. Depuis un certain temps, elle est en pourparlers avec plusieurs grands mineurs (BHP, Fortescue, Rio Tinto, Vale), à travers une stratégie qui devrait porter ses fruits dès 2026.
Cette stratégie stipule qu'une seule compagnie chinoise, China Mineral Resources Group, consolide le pouvoir de négociation des aciéries chinoises à travers des négociations contractuelles qu’elle entretient exclusivement avec les fournisseurs mondiaux du minerai de fer.
Sous la contrainte de perdre un marché important, la compagnie minière australienne BHP, qui possède l'une des plus grandes mines de fer à ciel ouvert au monde, a déjà accepté des prix inférieurs à ceux du marché, cédant aux pressions chinoises, bien qu'elle estime que ces mesures soient limitées et temporaires.
De son côté, la Chine estime que cette stratégie est légitime pour sécuriser à long terme ses importations, indispensables pour satisfaire ses besoins en ce métal dont elle dépend fortement pour son secteur sidérurgique, moteur de sa croissance industrielle.
Ainsi, contrairement aux autres métaux, le pouvoir de négociation dans le cas du fer se trouve exceptionnellement du côté du consommateur. Or, la Chine est la seule à pouvoir imposer ses conditions grâce à sa position sur le marché, représentant à elle seule une demande dix fois supérieure à celle de tout le marché européen.
En 2026, une offre excédentaire portée par l’entrée en production de la mine de Simandou (Guinée)
La force de négociation chinoise est portée par l’entrée en production de la grande mine de fer de Simandou en Guinée, qui constitue une alternative d’approvisionnement capable de livrer de grands volumes du minerai de fer de haute qualité. Une première livraison inaugurale de 200.000 tonnes a récemment été réceptionnée en Chine par voie maritime, alors qu’un deuxième minéralier est déjà en route pour assurer la seconde livraison.
Entrée en production en novembre 2025, cette mine est capable de produire 120 millions de tonnes du minerai de fer à haute teneur (65%) annuellement et devrait présenter un impact stratégique sur le prix du fer à mesure qu'elle intensifie ses opérations.
La Chine, qui s'approvisionne habituellement auprès des mines australiennes de Pilbara, ne pourrait se passer totalement du minerai australien, car la liaison maritime avec la Guinée dure environ 45 jours. Cependant, le rapport de force penche en faveur de Pékin depuis sa décision de centraliser les négociations d’achat, ce qui lui confère un pouvoir de négociation accru, d'autant plus que la Chine est le principal marché mondial, avec une demande en acier d’environ un milliard de tonnes de minerai par an, faisant du marché chinois le plus grand porteur de la demande en minerai de fer.
La Chine limite les exportations sur plusieurs types d’acier
À l'opposé, les mesures de restriction chinoises concernant les exportations de matériaux stratégiques (argent, phosphates, cuivre) concernent également plusieurs types d’aciers. Cette décision s’inscrit dans l’ambition de Pékin de mieux maîtriser les chaînes d’approvisionnement en amont de plusieurs industries clés, telles que celle des véhicules électriques.
D’autre part, un accident meurtrier survenu dans une aciérie chinoise située à Baotou en Mongolie intérieure devrait entraîner un renforcement des inspections dans l’ensemble des aciéries chinoises.
En 2025, la production d'acier en Chine s’est établie à environ 961 millions de tonnes en 2025 et devrait continuer sa baisse en 2026, au moins durant le premier trimestre de 2026. S’ajoutant aux négociations en cours sur le fer, cette vague de contrôles devrait ralentir la production et réduire temporairement la demande de minerai de fer, et ce malgré des stocks actuellement très élevés.
De son côté, la production marocaine de minerai de fer reste limitée à un seul gisement, situé dans la région d’Ouixane à Nador. L’entreprise chinoise China Railway Construction Corporation (CRCC) a réussi à redémarrer l’exploitation de ce gisement et a réussi à exporter vers la Chine environ 30.250 tonnes de minerai en 2024.
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