img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
AGRICULTURE

Eaux usées : 194 Mm3 rejetées sans valorisation chaque année

Le Maroc peine encore à exploiter pleinement ses eaux usées traitées et ses eaux pluviales, malgré les programmes lancés depuis plusieurs années pour faire face au stress hydrique et optimiser l’utilisation de ces ressources non conventionnelles. C’est ce qui ressort du dernier rapport de la Cour des comptes 2024-2025 sur la gestion de l’eau.

Eaux usées : 194 Mm3 rejetées sans valorisation chaque année
Eaux usées : 194 Mm3 rejetées sans valorisation chaque année
Par
Le 29 janvier 2026 à 15h58 | Modifié 29 janvier 2026 à 15h59

La réutilisation des eaux usées traitées est aujourd’hui considérée comme indispensable. Pourtant, sa mobilisation n’a été réellement programmée au Maroc qu’en 2019, dans le cadre du Programme national d’assainissement liquide mutualisé et de réutilisation des eaux usées traitées (PNAM 2019-2040).

Les stations de traitement au Maroc ont, pour la plupart, été construites avant 2005 sans tenir compte des besoins en réutilisation des eaux traitées. Par conséquent, la capacité de traitement tertiaire ne représente que 18% de la capacité totale de traitement de ces stations.

En l’absence de planification pour valoriser ces eaux, d’importantes quantités sont rejetées dans le milieu naturel, malgré le traitement tertiaire qui permettrait leur réutilisation, ce qui constitue un gaspillage des efforts de traitement, déplore la Cour des comptes dans son rapport 2024-2025, publié le 28 janvier.

Eaux usées : 84% de la capacité nationale de traitement reste inexploitée

D'après la Cour, en 2023, sur une capacité nationale de traitement tertiaire de 231 millions de m3 (Mm3) par an, 194 Mm3 ne sont pas valorisés, soit 84%. Seuls 37 Mm3 sont réellement réutilisés.

L’Office national de l'électricité et de l'eau potable (ONEE), par exemple, dispose d’une capacité de traitement tertiaire des eaux usées de 107 Mm3 par an, mais n’en utilise que 40 Mm3 pour la réutilisation. La quantité effectivement réutilisée et facturée n’a pas dépassé 4,1 Mm3 en 2024, car elle dépend de la demande réelle des utilisateurs.

Neuf projets sont actuellement en cours pour augmenter la capacité des stations de traitement des eaux usées de l’ONEE destinées à la réutilisation, disposant de traitement tertiaire, d’environ 17 Mm3. La capacité restante, estimée à 50 Mm3 par an, est destinée à la préservation des écosystèmes fragiles.

Les réseaux d'assainissement de 6 villes, dont Casa, sont conçus uniquement pour le rejet en mer

Le rapport de la Cour souligne également un problème majeur. "Les réseaux d’assainissement de six villes côtières (Casablanca, Rabat, Salé, Tanger, Tétouan et El Jadida) ont été conçus uniquement pour le rejet en mer", lit-on sur le document. La conception de ces réseaux ne permet donc pas la réutilisation des eaux traitées.

La capacité totale de rejet de ces villes représente 2,3 Mm3 par jour, soit 67% de la capacité nationale. Adapter ces réseaux nécessitera des investissements et des coûts de fonctionnement importants.

Auditionné par la Cour des comptes, dans le cadre de son rapport, le ministère de l’Intérieur a indiqué que des projets de réutilisation des eaux usées sont réalisés depuis 2008, même s’ils n’étaient pas intégrés dans les stratégies et programmes nationaux (Marrakech, Agadir, Bouznika, Tanger, Tétouan). Et depuis 2019, la réutilisation des eaux usées est intégrée dans le cadre du Programme national d’assainissement liquide et de réutilisation des eaux usées (PNAM), ainsi que dans le Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation (PNAEPI 2020-2027).

A la fin de l’année 2024, le Maroc réutilisait 52 Mm3 d’eaux usées par an, soit seulement 7% du total des eaux usées urbaines. A titre de comparaison, des pays comme la Jordanie atteignent 86%. Par conséquent, il est nécessaire de revoir l’objectif fixé dans le PNAM, qui consiste actuellement à atteindre un volume de 100 Mm3/an d’ici 2027, soit 13% seulement du total des eaux usées urbaines.

Plus de 50 projets sont en exploitation, principalement pour l’irrigation de terrains de golf, d’espaces verts et pour des usages industriels.

La collecte des eaux pluviales reste embryonnaire

Le rapport souligne également le retard dans la collecte et la valorisation des eaux pluviales. La capacité totale de stockage ne dépasse pas 53.000 m3, devant atteindre 70.000 m3 après achèvement des projets en cours.

Le Plan national de l’eau 2020-2050 prévoit de développer ce programme pour économiser 300 Mm3 d’eau potable par an, en orientant les eaux pluviales vers l’irrigation, certains usages domestiques et professionnels. Mais ce programme n’a pas encore été mis en œuvre, faute de priorité dans la mobilisation des ressources hydriques.

Le service dédié à la collecte et à la valorisation des eaux pluviales, créé en octobre 2020, n’a commencé à recevoir des crédits qu’en 2021. Ces financements limités ont conduit à la réalisation d’un nombre restreint de projets.

Le ministère de l’Eau a précisé que ce chantier ne relève pas uniquement de son secteur, mais implique aussi les ministères de l’Agriculture, de l’Intérieur et d’autres administrations. Les projets nécessitent une analyse complète à toutes les étapes (planification, réalisation et exploitation) pour identifier les lacunes institutionnelles et organisationnelles.

La Cour recommande ainsi la création d’une commission nationale de collecte des eaux pluviales regroupant tous les acteurs concernés, condition indispensable pour élaborer un programme intégré.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 29 janvier 2026 à 15h58

à lire aussi

La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Quoi de neuf

Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka

Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.

Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
TOURISME

Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance

Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.

Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
Quoi de neuf

Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca

En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.

Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
La séance du jour

Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026

L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.

La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
Mines

Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP

C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.

Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Quoi de neuf

Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial

Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité