La sous-traitance marocaine ne peut pas être remplacée du jour au lendemain par l’Inde
Publicité
Textile. “La sous-traitance marocaine n’est pas substituable du jour au lendemain par l’Inde” (Abderrahmane Atfi)
L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Inde pourrait modifier progressivement l’équilibre du marché textile européen. Si l’impact devrait rester limité à court terme pour le Maroc, la situation pourrait évoluer à moyen et long terme, ce qui appelle le pays à anticiper ces changements et à agir en conséquence.
Par
Badr Elhamzaoui
Le 5 février 2026 à 18h33
|
Modifié 5 février 2026 à
18h33
L'Union européenne et l’Inde ont conclu un accord de libre-échange ambitieux qui prévoit, à terme, l’élimination des droits de douane sur près de 90% des biens indiens exportés vers le marché européen, avec une extension à 93% en 7 ans.
À noter que cet accord n’est pas encore entré en vigueur et devrait être opérationnel au plus tard d’ici début 2027. Cependant, il constitue désormais un cadre de référence pour les opérateurs, les investisseurs et les stratégies industrielles.
Dans les faits, il installe une anticipation de libéralisation qui influence déjà les arbitrages commerciaux, en particulier dans les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre comme le textile.
Étant donné que la quasi-totalité des exportations textiles du Maroc sont destinées à l’Europe, il est légitime de s’interroger sur les implications, surtout que les exportations du secteur stagnent ces dernières années. En 2025, elles affichent un recul de 4,5% par rapport à 2024.
Quels impacts pour le Maroc ?
Les droits appliqués aujourd’hui aux exportations indiennes vers l’Union européenne avoisinent, selon Reuters, 12% pour les textiles et 4% pour l’habillement.
Leur passage à 0% modifierait mécaniquement l’équation prix, en renforçant la compétitivité des produits indiens sur un marché déjà extrêmement disputé. Moins de droits signifie des prix plus bas à l’entrée, donc une capacité accrue à capter des volumes, surtout dans les segments milieu et bas de gamme où la concurrence se joue à quelques centimes près.
Contacté par Médias24, Abderrahmane Atfi, industriel du secteur et ancien président régional de l’AMITH à Casablanca, estime que cette situation mérite une lecture nuancée.
"C’est évident. L'Inde va mécaniquement exporter davantage vers l’Europe, mais il faut tenir compte du fait que la part de marché du Maroc en Europe reste marginale, autour de 3%. Nous ne sommes pas un acteur dominant du marché européen du textile, donc l’impact existe, mais il ne faut pas le surdimensionner. L’accord ne pénalisera pas un pays en particulier, il affectera tous ceux qui détiennent une part de marché, petite ou grande, et le Maroc n’échappera pas à cette logique", explique-t-il.
"Il ne faut pas oublier que près de 65% des exportations textiles marocaines sont concentrées sur Inditex. Oui, l’Inde peut gagner du terrain, notamment sur les produits à base de coton, où elle est structurellement très forte, et cela peut se faire en partie au détriment du Maroc, mais de manière limitée".
Pour Abderrahmane Atfi, la concurrence indienne présente des limites, notamment sur le segment de la sous-traitance et des délais de production, des aspects que le Maroc maîtrise bien.
"Là où l’Inde ne peut pas rivaliser avec le Maroc, c’est sur la sous-traitance, la réactivité et la maîtrise opérationnelle. Le Maroc offre une proximité, une flexibilité et une capacité d’exécution que l’Inde n’a pas. En termes logistiques, une livraison depuis l’Inde peut dépasser un mois, alors qu’au Maroc les délais sont nettement plus courts et mieux maîtrisés".
Il y a aussi un élément important à prendre en considération. Inditex, qui capte une grande partie des exportations textiles marocaines, est étroitement intégré au processus de production au Maroc.
"Cela dépasse la relation classique avec un simple donneur d’ordres. Le groupe est directement impliqué, encadre certaines étapes et contribue, par son personnel et son savoir-faire, à structurer une large part de l’industrie de sous-traitance. Il s’agit d’un système qui ne se substitue pas facilement du jour au lendemain", explique notre interlocuteur.
Si l’impact devrait rester marginal à court terme, l’évolution à moyen et long terme reste incertaine, et le Maroc doit dès à présent anticiper et s’adapter.
"À moyen et long terme, la baisse des droits de douane peut changer l’équilibre du marché, et c’est ce moment-là que le Maroc devra anticiper. Il ne s’agit pas seulement de préserver les volumes actuels, mais d’aller chercher de nouvelles opportunités, notamment en approchant les opérateurs indiens et en les encourageant à investir au Maroc", souligne Abderrahmane Atfi.
"Le Maroc peut leur offrir une plateforme logistique performante, une proximité immédiate avec le marché européen et une main-d’œuvre qualifiée. Si le pays parvient à se positionner comme une base industrielle complémentaire pour les groupes indiens, alors l’accord de libre-échange peut devenir une opportunité plutôt qu’une menace", conclut-il.
À découvrir
Si vous voulez que l'information se rapproche de vous
Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Badr Elhamzaoui
Le 5 février 2026 à 18h33
à lire aussi
Quoi de neuf
Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.
TOURISME
Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.
Quoi de neuf
Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.
La séance du jour
Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.
Mines
Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.
Quoi de neuf
Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.