Produits pétroliers. Un approvisionnement maîtrisé, mais les stocks du Maroc suffisent-ils ?
Des rumeurs sur une perturbation de l’approvisionnement en carburants ont récemment circulé, suscitant des inquiétudes chez certains consommateurs. Les autorités, elles, assurent que la situation est maîtrisée. Mais elles reconnaissent des perturbations ponctuelles liées aux conditions climatiques et aux contraintes logistiques. Dans quelle ampleur ?
La reprise de ces informations par des "influenceurs" sur les réseaux sociaux a alimenté une certaine inquiétude chez une partie des consommateurs.
En réaction, le ministère de la Transition énergétique s'est exprimé le 5 février 2026, affirmant que la situation était maîtrisée et qu’il n’y avait pas de quoi s’inquiéter.
Cela étant, la crainte d’une pénurie peut, à elle seule, finir par la provoquer, en déclenchant des comportements d’anticipation et de stockage chez les consommateurs. La preuve, les messages alarmants sur les réseaux sociaux se sont traduits dans quelques cas isolés par de longues files d’attente dans certaines stations qui, par voie de conséquence, se sont retrouvées à court de carburant.
Par ailleurs, la communication du ministère n'a pas suffi à rassurer. De ce fait, le marché marocain risque-t-il d'être bel et bien en situation d'insuffisance de l'offre de carburant ?
Une situation normale, mais…
Contacté par Médias24, un professionnel du secteur de l’énergie au Maroc indique que la situation actuelle reste globalement "normale et maîtrisée".
"Chaque début d’année, notamment en janvier et en février, les conditions météorologiques et l’état souvent instable de la mer entraînent des perturbations ponctuelles dans les opérations de déchargement et d’approvisionnement. La situation observée actuellement n’a donc rien d’exceptionnel en soi, même si, cette fois-ci, les difficultés ont persisté un peu plus longtemps et se sont révélées plus marquées que d’ordinaire", explique-t-il.
"Actuellement, le port de Tanger fonctionne bien, mais sa capacité de stockage reste limitée. À l’inverse, Mohammédia dispose de capacités importantes, mais le port est plus exposé aux intempéries, tout comme Jorf Lasfar. L’approvisionnement dépend des conditions en mer, et les navires sont déchargés dès que la mer le permet", souligne notre interlocuteur.
"Il n’y a donc pas lieu de parler de pénurie ni de céder à la panique. Il s’agit de perturbations temporaires qui se produisent régulièrement, même si l’épisode actuel a été un peu plus long que d’habitude".
Toutefois, notre source indique que certaines stations-service situées dans les zones touchées par les inondations peuvent connaître des ruptures ponctuelles, liées principalement aux difficultés d’accès et d’acheminement des approvisionnements, "notamment lorsque des routes sont inondées ou que l’accès logistique devient temporairement compliqué".
"Dans ces cas-là, les tensions observées sont locales et liées à l’acheminement, pas à un manque généralisé de produits. En dehors de ces situations ponctuelles, l’approvisionnement reste normal", précise notre interlocuteur.
Des niveaux de stocks encore loin du seuil réglementaire
Dans son communiqué du 5 février, le ministre de la Transition énergétique a indiqué que les stocks disponibles de produits pétroliers dépassaient 617.000 tonnes.
L’expression "produits pétroliers" est fourre-tout. Elle renvoie, selon les propres indications du département de Leila Benali, au gasoil, à l’essence, au carburéacteur, au propane, au butane et au fuel oil, sans que le communiqué ne donne de ventilation exacte par produit.
Toutefois, le ministère met en ligne, de façon intermittente, des chiffres annuels de l'énergie. La dernière édition disponible date de 2021. Elle révèle que cette année-là, les ventes de produits pétroliers avaient atteint 11,2 millions de tonnes. En assimilant les ventes à la consommation, cela correspond à une consommation moyenne d’environ 31.000 tonnes par jour.
À titre purement indicatif, et en raisonnant sur la base de ce même rythme de consommation, un stock de 617.000 tonnes représenterait donc 19 à 20 jours de consommation. En pratique, la durée est sans doute plus courte, la consommation ayant augmenté depuis 2021 et susceptible aujourd’hui atteindre des niveaux plus élevés, proches de 42.000 tonnes par jour selon certaines bases de données internationales.
Par ailleurs, en l’absence d’information sur la répartition des 617.000 tonnes par type de produit, il n’est pas possible de déterminer avec précision le nombre de jours de consommation effective que ces stocks peuvent couvrir pour chaque carburant.
Il convient aussi de noter que le ministère a indiqué que des navires transportant plus d’un million de tonnes supplémentaires étaient en attente de déchargement, en raison de perturbations portuaires liées aux conditions climatiques.
Cela relance la question du niveau de stockage, qui joue un rôle déterminant dans ce type de situation. Des niveaux plus élevés auraient certainement permis d’amortir le choc et d’atténuer les tensions observées.
Au plan réglementaire, l'arrêté n° 393-76 du 17 février 1977 relatif aux stocks de sécurité des produits pétroliers prévoit la constitution de stocks de sécurité équivalents à environ 60 jours de ventes de produits pétroliers, généralement assimilés à la consommation. Or, le niveau de stock observé en situation normale reste presque toujours inférieur à 50% de ce que prévoit la réglementation.
Cette situation ne date pas d’aujourd’hui. Le rapport de la Cour des comptes sur les stocks de sécurité en 2016 relevait déjà des écarts préoccupants entre les stocks réels des produits pétroliers et les niveaux prévus par la réglementation, notamment pour le gasoil et l'essence.
Dans le même sens, selon le Conseil de la concurrence, qui se concentre sur le gasoil et l’essence, le stock moyen observé entre 2018 et 2021 s’établit autour de 25 jours pour le gasoil et de 28 jours pour l’essence. Soit nettement en deçà des niveaux réglementaires.
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